Le jugement de Dieu (Raymond Bernard, 1949)

Au XVème siècle, Albert de Bavière épouse Agnès Bernauer contre l’avis de son père qui déclenche alors un procès en sorcellerie contre la roturière.

Ce film français fait très pâle figure face au chef d’oeuvre contemporain de Mizoguchi racontant une histoire très analogue: Les amants crucifiés. Sans attendre de Raymond Bernard un génie à la hauteur de celui de l’immense Nippon, on peut quand même constater ce qui grève lourdement son histoire d’amour fou: des interprètes principaux médiocres qui n’enlèvent jamais du spectateur l’idée qu’il assiste à un carnaval et un récit aussi mal construit que celui du Miracle des loups, un récit qui tarde à réaliser son unité dramatique et gère très mal (en fait, ne gère pas du tout) la coexistence des différents tons et des différents enjeux. A part ça, il y a quelques jolies images.

Rogues of Sherwood forest (Gordon Douglas, 1950)

Richard Coeur de Lion décédé, son frère le prince Jean reprend le pouvoir mais le fils de Robin des bois compte bien défendre la population opprimée.

C’est soi-disant une suite mais l’histoire reste identique: le fils de Robin s’appelle aussi Robin, il se réfugie dans la forêt de Sherwood pour combattre le prince Jean aux côtés des joyeux compagnons Frère Tuck, Petit Jean et Will l’Ecarlate et il convoite toujours une lady Marianne. Comment faire du vieux avec du neuf. A part ça, sans arriver à la cheville du chef d’oeuvre de 1938, cette quasi-série B de la Columbia est un film vif et coloré qui romance intelligemment la naissance de la magna Carta (seule innovation narrative de cette suite). John Derek n’est pas Errol Flynn mais ses talents de bretteur sont honorables, il y a pas mal d’action et Gordon Douglas, en plus d’être très concis dans son découpage, a le sens du détail cruel qui pimente les séquences de duel.

Brancaleone s’en va-t-aux croisades (Mario Monicelli, 1970)

Tout est dit dans le titre.

Cette suite directe de L’armata Brancaleone a le même type de structure que son prédécesseur. Elle le prolonge comme le ferait un nouvel épisode dans un feuilleton: signée des mêmes auteurs, l’écriture est (presque) d’égale qualité et on retrouve une analogue profusion de péripéties, mais, à l’exception de la confrontation avec la Mort qui introduit une dose de fantastique baroque dans le diptyque, l’effet de surprise a disparu. Le subtil équilibre du premier épisode fait place à un ton plus uniformément grotesque. De plus, avec la disparition de Gian Maria Volonte, on pourra regretter qu’il n’y ait plus de second rôle de taille à renvoyer la balle à Gassman. Bref, c’est moins bien même si ça reste bien.

L’armée Brancaleone (Mario Monicelli, 1966)

Ayant par hasard récupéré le titre de possession d’un fief, une bande de manants entraîne un chevalier désargenté dans une drôle d’équipée…

L’armata Brancaleone est peut-être le chef d’oeuvre de Mario Monicelli. Pour une fois, le ridicule de ses protagonistes n’apparaît pas comme une mesquine facilité. Est-ce dû au contexte temporel? Le fait est que le mélange de crudité démystificatrice et de fantaisie grotesque de la mise en scène donne une assez juste idée de l’époque représentée et fait de cette comédie un des meilleurs films sur le Moyen-âge. L’épisode de la croisade des gueux avec le leader halluciné qui ne parle qu’en criant est particulièrement bien senti.

Toutefois, L’armata Brancaleone ne serait pas un film très intéressant (ni très courageux) s’il se contentait de brocarder un obscurantisme millénaire. Au-delà de la verve satirique et burlesque qu’ils déploient avec une grande inventivité, Age, Scarpelli et Monicelli savent accorder à leurs personnages une dignité salvatrice. Ainsi Brancaleone, superbement interprété par Vittorio Gassman, est bête mais a le coeur noble. Il se comporte à plusieurs reprise tel Don Quichotte. D’ailleurs, ce récit picaresque qui entraîne les personnages dans différentes aventures -cocasses, effrayantes voire émouvantes- est sans doute le plus parfait équivalent cinématographique à l’absolu chef d’oeuvre de Cervantès (quoique sans la dimension réflexive de sa deuxième partie).

Derrière la dérision, le profond respect des auteurs pour leur matière est également tangible dans la façon dont ils restituent la campagne italienne: ses paysages, ses églises et ses villages ont, mine de rien, rarement été aussi bien filmés. L’équilibre pictural de plusieurs plans participe de la nature profondément classique de cette farce qui, entre autres rares plaisirs, donne l’occasion de voir Gian Maria Volonte nanti d’une coupe de douilles lui donnant des airs à la Régis Laspalès.

Le miracle des loups (Raymond Bernard, 1924)

Louis XI et Charles le Téméraire se disputent la France.

Seuls d’étonnants détails gores viennent épicer cette fresque académique dont le rythme narratif est particulièrement boiteux. A commencer par la scène éponyme, la platitude des morceaux de bravoure fait pâle figure face au lyrisme merveilleux d’un Stiller ou d’un Griffith.

Hrafninn flýgur (Hrafn Gunnlaugsson, 1984)

Pendant le haut Moyen-Age, un Irlandais chrétien va en Islande pour se venger des Vikings ayant massacré sa famille.

Ce titre majeur du cinéma islandais n’est guère plus qu’une succession de sanguinolentes tueries à l’arme blanche qu’une mise en scène pauvre et kitsch fait souvent pencher vers le ridicule. Si Tarantino connaissait Hrafninn flýgur (en Français: Le vol du corbeau), gageons qu’il le citerait à tout bout de champ.