Le bal des sirènes (Bathing beauties, George Sidney, 1944)

Après que sa fiancée l’ait plaqué devant l’autel suite à une machination de son commanditaire, un auteur de chansons intègre le pensionnat pour jeunes filles où elle travaille…

En dehors de l’avant-dernière séquence dans la chambre du héros où George Sidney pousse dans ses derniers retranchements l’art du vaudeville (et préfigure en cela Kiss me Kate), l’aspect comique du récit, bien que parti d’un postulat que n’aurait pas renié Blake Edwards, n’est pas très brillamment développé. Les numéros musicaux sont parfaitement décorrélés de l’intrigue tel qu’en en témoigne le titre du film n’ayant de rapport qu’avec le célèbre ballet final. Cependant, la virtuosité avec laquelle Sidney filme musiciens et danseuses, plus talentueux les uns que les autres, impulse un dynamisme des plus entraînants. Oeuvre composite, Le bal des sirènes s’avère, par la grâce d’une mise en scène enlevée et colorée, un divertissant tout à fait acceptable.

Les demoiselles Harvey (George Sidney, 1946)

Un groupe de jeunes filles arrive dans une ville du Far-West pour devenir serveuses dans un nouveau restaurant.

Entre western et comédie musicale, The Harvey girls ne convainc dans aucun des deux genres dans lesquels il s’inscrit: pas assez sérieux dramatiquement parlant pour un western, pas assez virevoltant pour une comédie musicale. Après un début qui promet grâce à ses couleurs chatoyantes, il a vite fait de s’étioler malgré l’allant du découpage de George Sidney dont les cadrages originaux et les mouvements de caméra amples et précis introduisent un dynamisme qui fait défaut à l’action, assez peu dansante.

Embrasse-moi, chérie (Kiss me Kate, George Sidney, 1953)

Un comédien met une scène une adaptation musicale de La mégère apprivoisée avec son ex-femme dans le rôle principal…

S’il n’était parfois ralenti par des tours de chants scéniques sans rapport avec la narration, Kiss me Kate se hisserait à la hauteur des meilleures comédies musicales parmi lesquelles figurent notamment Chantons sous la pluie et Tous en scène. Les auteurs ont repris une armature canonique du genre -le spectacle dans le film- qu’ils ont galvanisée dans une solution contenant tous les ingrédients d’une bonne comédie de remariage. L’entrain, la drôlerie et la vitalité du résultat sont irrésistibles. Ces qualités doivent beaucoup à la virtuosité des auteurs. D’abord, une virtuosité scénaristique transfigure le vaudeville à unité de temps et de lieu en démultipliant protagonistes et intrigues autour du couple principal. A l’instar du cocasse duo de mafiosi, chaque personnage secondaire a droit à son morceau de bravoure dans ce récit renoirien (on songe à French cancan sorti l’année suivante).

La virtuosité est ensuite plastique: George Sidney s’avère, plus que jamais, un des réalisateurs les plus doués pour filmer et restituer le mouvement; ce alors que sa mise en scène est soumise à des bornes spatiales très contraignantes. Salons minuscules, petites terrasses, loges et couloirs de théâtre sont en effet les décors qu’il doit se coltiner. En fait, ces  limites, exploitées par des danseurs extrêmement brillants, ont pour effet de redoubler l’intensité spectaculaire des numéros en concentrant leur dynamisme (à l’inverse de l’ampleur chorégraphique déployée dans d’autres chefs d’oeuvre du musical tel Pique-nique en pyjama). Il faut voir Ann Miller danser sur une table basse, encore plus éblouissante et sexy que Cyd Charisse, ou Tommy Rall faire des entrechats sur la rambarde du toit pour se rendre du compte de la géniale singularité de Kiss me Kate à l’intérieur du genre le plus enchanteur de l’âge d’or hollywoodien.

Escale à Hollywood (Anchors aweigh, George Sidney, 1945)

Deux marins en permission -un séducteur et un puceau- s’entichent d’une chanteuse…

L’entrain de Gene Kelly et Frank Sinatra ainsi qu’un numéro assez extraordinaire où Gene danse avec Jerry (de Tom et Jerry) n’empêchent pas que cette comédie musicale apparaît bien trop longue (143 min!) compte tenu du peu qu’elle raconte.

Melinda (On a clear day you can see forever, Vincente Minnelli, 1970)

En l’hypnotisant, un professeur fait prendre conscience de son ancienne vie à une étudiante…

Le récit est aussi alambiqué qu’ahurissant, la narration est excessivement bavarde, les chansons sont médiocres, la mise en scène est statique nonobstant les toujours larges mouvements d’appareil de Minnelli, les rares « morceaux de bravoure » sont pires que kitsch: Melinda est un vrai navet, possiblement le pire film de son auteur.

Toi c’est moi (René Guissart, 1936)

Un noceur envoyé par sa tante aux colonies pour travailler dans une plantation intervertit son identité avec celle de son meilleur ami…

Moins dynamique et plus attendue dans son déroulement que le merveilleux Dédé, cette nouvelle adaptation d’une opérette par René Guissart se distingue également par la grivoiserie de son esprit. Il faut voir Claude May montrer ses seins, Pauline Carton chanter l’éveil de ses sens sous les palétuviers ou Pills fuir un crocodile en plastique pour se rendre compte du degré de naturel dans la fantaisie (pour ne pas dire le n’importe quoi) que pouvaient atteindre les petits(?) maîtres de la comédie française des années 30. Si les suaves Pills et Tabet n’ont pas l’entrain d’un Albert Préjean, la bonne humeur des seconds rôles -en tête desquels le génial Saturnin Fabre- est communicative. Le découpage de Guissart sait se faire inventif, à l’exemple du long travelling découvrant l’appartement des deux amis fêtards. Tout ça pour dire que Toi c’est moi est un film très amusant.

Bagarres au King Creole (Michael Curtiz, 1958)

A la Nouvelle-Orléans, un jeune et brillant chanteur est harcelé par le caïd qui tient la quasi-totalité des cabarets de la ville.

Parce que Michael Curtiz, aidé par le grand Russell Harlan qui lui a concocté un noir&blanc aussi chiadé que du temps de la Warner, a su mêler pittoresque sudiste, réalisme social et archétypes du film noir avec son élégance et sa vivacité coutumières, parce que la dureté du marché du travail américain y est évoquée avec une précision surprenante, parce que, juste avant son fatal départ pour l’armée, Elvis y livre des interprétations chaudes, sensuelles et poisseuses de plusieurs chansons devenues des standards, parce que, autour de la star, la part belle est faite à d’excellents seconds rôles en tête desquelles figure Carolyn Jones qui incarne avec une stupéfiante justesse la nostalgie amère de la fille revenue de tout, Bagarres au King Creole s’avère un très bon film.