Les déchaînés (A private’s affair, Raoul Walsh, 1959)

Pendant leur entraînement, trois appelés aimant chanter sont repérés par un producteur de spectacle télévisé mais l’un d’entre eux perd sa voix et, abusant des médicaments pour la retrouver, s’endort et, à cause d’un échange de lits à l’infirmerie, est marié dans son sommeil à l’assistante du secrétaire d’état à la Défense.

C’est tout le génie de Raoul Walsh que de conférer à un échaufaudage narratif qui paraît aussi alambiqué sur le papier un naturel souverain grâce à sa maîtrise tranquille de la mise en scène: ampleur du Cinémascope qui évite de fragmenter les séquences, fluidité du ton, incarnation du récit à travers l’action, aisance des transitions, équilibre dans la caricature, invention des gestes qui insuffle une vérité nouvelle à une séquence aussi conventionnelle que celle où les recrues retrouvent leurs dulcinées à la plage. Pour brocarder l’absurdité de l’ordre militaire, le comique de répétition -ou plutôt de variation- est poussé dans ses ultimes retranchements.

Derrière la pochade courtelinesque,  le vieux maître porte un regard détaché sur la modernité sous ses différents aspects: assouplissement des règles de la caserne, femmes accédant aux postes à responsabilité, télévision, beatniks…mais l’administration est toujours aussi stupide et la soldatesque toujours en quête de femmes: « pour que rien ne change, il faut que tout change », Walsh aurait pu réaliser Le guépard. Ainsi, Les déchaînés n’est pas un film aussi mineur que son sujet et sa distribution, constituée par les jeunes premiers de la Fox, ne le laissent paraître.

Cupidon photographique (I love Melvin, Don Weis, 1953)

A New-York, un photographe un peu raté travaillant à Look tombe amoureux de la fille d’un épicier qui rêve de devenir vedette.

Dans la lignée de Chantons sous la pluie (on retrouve Donald O’Connor et Debbie Reynolds qui y forment un couple fort sympathique), I love Melvin est une petite comédie musicale dynamique, fraîche et enjouée où Don Weis pose un regard tendre et amusé sur les rêves et ambitions de ses divers personnages.

Let’s go native (Leo McCarey, 1930)

Une modiste endettée et son amoureux fils de bonne fuient vers l’Amérique du Sud mais échouent sur une île du Pacifique sud.

Une ineptie digne des nanars français des années 30. Le scénario est nul mais, de plus, la facture est piteuse quoique le film soit produit par Paramount. Il n’y a rien à sauver, pas même les chorégraphies signées Busby Berkeley.

Chants de tourtereaux (Masahiro Makino, 1939)

La fille d’un marchand de parapluies est amoureuse d’un samouraï courtisé par deux autres femmes…

Bien qu’il fut tourné en 15 jours, ce classique de la comédie musicale japonaise étonne par sa haute tenue formelle. Les images sont joliment composées, la caméra est mobile, le rythme est enlevé et il y a même un beau passage nocturne et fantastique qui paraît tout droit sorti de chez Mizoguchi. Les nombreuses chansons amènent de la variété et de la gaieté. Cette gaieté n’exclut pas quelques moments touchants; le caractère mélodramatique du sujet n’étant pas tout à fait escamoté par la mise en scène. Bref, Chants de tourtereaux allie la fantaisie d’un Jean Boyer à la maîtrise technique d’un George Stevens.

Chacun sa chance (Hans Steinhoff, 1930)

Un vendeur se faisant passer pour un baron et une marchande de chocolats déguisée en grande dame se rencontrent dans une loge de l’opéra…

Le premier film avec Jean Gabin est une ineptie qui, de par l’importance qu’il accorde à des « gags » nullissimes (l’échange du manteau), prend vraiment le spectateur pour un imbécile. Gabin lui-même imprime infiniment mieux la pellicule dans son film suivant Paris-béguin, bien qu’il n’y tienne qu’un second rôle.

T.A.M.I. Show (Steve Binder, 1964)

Concert filmé où se succèdent Chuck Berry, les Beach Boys, les Supremes, James Brown, les Rolling Stones…

Il y a bien sûr le plaisir de voir ces géants de la musique populaire quand ils étaient jeunes (la prestation de James Brown est particulièrement impressionnante) mais la mise en scène et le découpage sont très contestables. D’abord, les gesticulations grotesques des gogos danseur(se)s parasitent le spectacle. Ensuite, alors que les plans sur les filles hystériques du public s’accumulent, les musiciens autres que chanteurs n’apparaissent presque jamais seuls à l’écran. Le montage pendant le solo de Time is on my side en dit long sur la considération des fabricants du film pour la dimension musicale de leur projet. C’est comme si, en le présentant comme un truc de primaires gentiment débiles, ils avaient tout fait pour conforter certains parents dans leur préjugé contre le rock.

Great balls of fire! (Jim McBride, 1989)

Grâce à ses disques et concerts endiablés, le Killer est à deux doigts de détrôner le King mais son mariage avec sa cousine de 13 ans provoque un scandale…

L’interprétation outrancière de Dennis Quaid désarçonne avant de s’avérer au diapason d’une oeuvre joyeuse et colorée où Jim McBride reconstitue avec un enthousiasmant talent visuel le sud américain des années 50: ses bouges, ses églises, ses belles bagnoles, ses diners, ses collégiennes et, évidemment, son rock&roll qui est l’accompagnateur parfait de toutes les dépenses d’énergie libidinale (le sexe mais aussi la consommation matérielle tel qu’en témoigne le fabuleux travelling suivant Winona Ryder entrain d’essayer les lits).

Le lien entre prédication évangélique et musique du Diable est rendu évident par la discrète mise en parallèle de l’ascension du Killer avec les prêches de son cousin révérend. Le chromo est vivifié par des passages de pure comédie musicale et par les galvanisantes reconstitutions de concert où le génie de Jerry Lee Lewis, synchronisé en play-back avec un Dennis Quaid survolté, est éclatant (le film est clairement à la gloire de son objet).