Scarlet dawn (William Dieterle, 1932)


Lors de la révolution russe, un officier du tsar fuit avec sa servante. L’amour va naître entre eux.

Voici un artefact de l’époque lointaine dans laquelle le tout-venant des studios hollywoodiens pouvait témoigner d’une capacité sans cesse renouvelée à surprendre le spectateur. Début des années 30. Le cinéma parlant américain s’invente. Le code de censure Hays ne s’est pas imposé, les genres ne sont pas tous différenciés, l’esprit est à nouveau celui des pionniers. Ce qui nous gratifie de charmantes curiosités telles que ce Scarlet dawn. Dans cette fresque historique qui dure moins d’une heure, l’opulence de la direction artistique n’a d’égal que la rapidité de l’enchaînement des péripéties. Les narrateurs atteignent évidemment un remarquable niveau de concision. Certes, personnages et situations n’ont pas beaucoup d’épaisseur mais William Dieterle est un esthète et le soin qu’il apporte à ses images apporte un surcroit d’intérêt à un film dont le schéma dramatique reste, au fond, convenu.

L’aigle des frontières (Frontier marshall, Allan Dwan, 1939)

L’histoire de Wyatt Earp à Tombstone.

C’est en quelque sorte le « premake » de My darling Clementine vu qu’il a été réalisé par le même studio, la Fox de Zanuck. Moins digressif que le classique de Ford, Frontier marshall est d’une épure toute tragique: les affrontements avec les méchants sont subordonnés à l’évolution des sentiments des quatre personnages principaux que sont Wyatt Earp, Doc Holliday, la fiancée officielle et la fille de bordel. Par rapport à Ford, Dwan se focalise plus sur l’amitié entre les deux hommes. Il le fait à sa manière simple et d’une beauté primitive, manière qui anticipe celle du sublime Tennessee’s partner qu’il tournera à la RKO une quinzaine d’années plus tard. Le film avance par scènes. Son rythme est tranquille. La dimension morale (établissement du law and order) et la tragédie intime (la rédemption de doc Holliday) sont merveilleusement fusionnées dans un récit déroulé avec une netteté admirable. La mise en scène est d’un parfait classicisme, les images ne mentent pas, il n’y a pas de second degré, pas de différents niveaux de lecture. C’est Allan Dwan, c’est l’enfance du cinéma.

Patrouille en mer (John Ford, 1938)

Un fils de riche apprend la vie dans la marine. Le sujet est typiquement fordien et le film est réussi. Certes, la construction dramatique n’est pas parfaite, un rebondissement crucial n’est pas très crédible et le scénario s’éparpille entre deux enjeux (la formation de bleus écartée au profit de l’amourette) mais Patrouille en mer contient suffisamment de belles séquences, des séquences qui dispensent une chaleur humaine propre à leur immense metteur en scène, pour satisfaire l’amateur de John Ford.

Le brigand bien-aimé (Jesse James, Henry King, 1939)

1939 est peut-être la plus belle année de l’histoire du cinéma hollywoodien, une année où les classiques se comptent par dizaines, une année où certains cinéastes ont signé non pas un mais plusieurs chefs d’oeuvre.
Henry King est de ceux-là car il réalisait alors deux de ses meilleurs films pour la Fox, deux films qui se caractérisent par une extraordinaire limpidité narrative et visuelle: le sublime Stanley et Linvingstone et Le brigand bien-aimé donc. Un film où King filme le mythe Jesse James à hauteur d’homme. La narration est d’une admirable simplicité et la mise en scène est un modèle de classicisme. Pas un seul plan contemplatif alors que l’oeuvre est une splendeur de chaque instant, pas un seul plan qui ne s’intègre dans un ensemble parfaitement équilibré. Très peu de musique dans une bande-son qui en faisant la part belle au gazouillis des oiseaux et au tranquille ruissellement du fleuve s’allie merveilleusement aux images en Technicolor de la campagne américaine et insuffle une poésie pastorale à ce western. Cependant la violence de l’histoire n’est pas escamotée par le cinéaste capable de filmer des scènes d’action hallucinantes comme cette séquence où deux cavaliers en fuite sautent du haut d’une falaise dans un fleuve avec leurs chevaux.
Jesse James est montré comme un fermier plongé dans l’engrenage du banditisme après son légitime soulèvement contre la Compagnie des Chemins de fer de Saint-Louis. C’est que d’un point de vue politique, ce film est le vecteur d’une idée fondamentalement américaine, celle de la destruction d’un paradis individuel par les grandes organisations, destruction qui entraîne ici fin du foyer familial et déliquescence morale. Tyrone Power dans le rôle titre nous gratifie d’une de ses plus belles prestations. Des trucs d’une évidente simplicité comme les variations de sa barbe rendent pregnante son évolution de paisible fermier à bandit en cavale. Ses scènes avec Nancy Kelly qui joue la malheureuse épouse de Jesse James sont directes et émouvantes grâce notamment à la caméra d’Henry King qui utilise avec parcimonie mais judicieusement les gros plans. Enfin, la galerie de seconds rôles bien dessinés, d’Henry Fonda en grand frère à Randolph Scott en shérif intègre, permet de faire exister tout un contexte familial et social autour du couple central.