Driftwood (Allan Dwan, 1947)

Un médecin de campagne recueille une orpheline et son chien.

Driftwood est un film du genre « americana ». C’est à dire que son prétexte dramatique, exposé ci-dessus, permet de montrer les rapports sociaux d’une petite communauté provinciale. Simple, concis, varié et gentiment humaniste, Driftwood franchit parfois la ligne jaune de la mièvrerie (le procès du colley) et du larmoyant (les gros plans sur Natalie Wood enfant en larmes ou malade). Ce qui est assez étonnant de la part d’Allan Dwan que l’on a connu plus retenu dans ses effets. Plus superficiel et moins évocateur que Stars in my crown –sans doute le chef d’oeuvre du genre- , Driftwood est un film globalement mignon et parfois grand qui bénéficie d’une belle photo de John Alton et d’une excellente interprétation de l’ensemble des comédiens.

Bob & Carol & Ted & Alice (Paul Mazursky, 1969)

Deux couples de riches trentenaires américains voient leurs repère moraux vaciller suite au week-end de l’un d’entre eux dans une communauté hippie.

Comme le synopsis l’indique, c’est un pur film de société donc c’est assez daté. Néanmoins, le sujet est bien traité car la distance de l’auteur est juste. Bob & Carol & Ted & Alice n’est ni apologie ni condamnation de la liberté sexuelle mais subtile observation de personnages qui y sont confrontés. Il est intéressant et parfois drôle de voir ces trentenaires un peu trop vieux pour être au centre de la révolution sexuelle s’essayer à l’adultère consenti avec tout ce qu’il faut de bonne volonté avant de finalement buter devant le caractère absurde de cet oxymore: « amour libre ». Ce n’est cependant pas très passionnant car on les voit plus parler de leurs sentiments que les vivre effectivement (ainsi toutes les aventures ont lieu hors-champ). Vous pourrez me rétorquer que c’est aussi le cas chez Eric Rohmer, cinéaste souvent encensé sur ce blog. Seulement chez Rohmer, il y une science de la narration, un goût du suspense et une intelligence quasi-diabolique de la mise en scène à peu près absents ici. Bref, Bob & Carol & Ted & Alice brille essentiellement par sa justesse. Justesse des comédiens, justesse du déroulement des situations. C’est déjà pas mal et ça suffit à en faire un bon film.

Collines brûlantes (Suart Heisler, 1956)

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Un cow-boy poursuivi par une bande de méchants qui a tué son frère est aidé par une métisse dont le père a lui aussi été tué par ces méchants…

Le scénario est simpliste et nul. Enjeux dramatiques, péripéties et rebondissements sont fort peu nombreux et fort conventionnels donc Collines brûlantes, même s’il ne dure guère plus d’une heure et demi, apparaît fort longuet. Une ou deux petites idées (les bas de Natalie Wood qui étouffent le bruit des sabots et, si on veut être indulgent, le duel avec un crochet) sauvent le film de la banalité -et donc de l’absence d’intérêt- totale.

Son seul amour (One desire, Jerry Hopper, 1955)

Une entraîneuse de bar tente de refaire sa vie dans une ville de province avec son amant croupier mais la fille du banquier local tente de séduire ce dernier…

C’est un beau mélodrame produit par Ross Hunter, le collaborateur de Douglas Sirk à Universal. Anne Baxter est impliquée dans son rôle, le Technicolor est superbe, les péripéties romanesques sont bien agencées. Il n’y a simplement pas la profondeur des meilleurs films de Sirk parce que la cristallisation du mal dans un seul personnage simplifie l’oeuvre et annihile toute critique sociale en même temps que toute originalité psychologique.

Propriété interdite (Sidney Pollack, 1966)

Cher Raoul,

Comme promis, je te fais part de mes impressions concernant Propriété interdite maintenant que j’ai pris le temps de visionner ma k7.
Premier constat: Arte la putain dévoyée a diffusé le film en VF.
Deuxième constat -oui je précise bien deuxième constat car biberonné que j’ai été aux films du jeudi soir sur FR3, je ne considère pas qu’un doublage est mauvais par principe: cette VF est lamentable. Qu’à cela ne tienne, je me concentrerai plus sur ce qui se passe à l’image.

Le souci, c’est qu’il ne s’y passe pas grand-chose, à l’image. Sidney Pollack manque singulièrement de style et de toute évidence, le film est médiocre, lourdement pesé qu’il est par l’académisme de sa forme. Passons sur le fond d’une intrigue typiquement intello new-yorkaise qui brasse confusément préoccupations sociales, sexe et nostalgie américaine sans jamais approfondir quoi que ce soit. Bruce Springsteen, lui, en aurait fait une bonne chanson.

Mais il y a notre Natalie adorée. Natalie qui est un auteur plus intéressant que Sidney Pollack. Natalie qui, en vraie contrebandière hollywoodienne, marque tous ses films, même les plus formatés, de sa griffe. Qu’est ce donc que la griffe de Natalie Wood ? C’est le génie d’incarner la jeunesse dans ce qu’elle a de plus séduisant et donc de plus subversif. Dans tous les bons films de Natalie Wood, de La fièvre dans le sang à Love with the proper stranger en passant par La fureur de vivre il y a une séquence où elle se fritte avec ses parents, sa mère en général. Et c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans Propriété interdite: l’exposition sans fard de cette jalousie larvée, taboue mais éternelle, entre une mère et sa fille, la première refusant que la seconde ait droit au bonheur qu’elle n’a pas eu lors de sa prime jeunesse. Ha, cette séquence où la vieille maquerelle réveille sa progéniture au petit matin, Natalie nue sous son drap, ha les violentes disputes qui s’ensuivent, c’est vrai, ça renvoie directement au chef d’oeuvre de Kazan. Corrige moi d’ailleurs si je me souviens mal, lors de la scène analogue dans La fièvre dans le sang, Natalie était aussi à poil, dans son bain cette fois; ce qui est logique puisque c’est bien l’insolente beauté de ce corps qui est au centre du conflit mis en scène. Je retiendrai d’ailleurs Natalie d’abord en déshabillé blanc plutôt qu’en robe rouge. Et les couettes aussi. Ha, les couettes de Natalie Wood, tout un programme. Les couettes, le symbole de l’innocence qui peut stimuler la pire des perversions…

Enfin, j’espère ne pas avoir paru trop dur pour ce film parce qu’un film qui cite expressément One way passage ne mérite pas qu’on en dise trop de mal.

Bien amicalement,

Christophe

Diable au soleil (Kings go forth, Delmer Daves, 1958)

De la romance tourmentée sur fond de guerre, le tout saupoudré d’un message bien-pensant. Diable au soleil est un parfait archétype du film « de prestige » hollywoodien, genre d’entreprise impersonnelle taillée sur mesure pour les Oscars dont l’insupportable Tant qu’il y aura des hommes pourrait être considéré comme le parangon. Passer outre les clichés débités à la pelle (ça se passe en France donc je vous laisse imaginer…), les bons sentiments qui tiennent lieu de psychologie, la timide audace (l’héroïne métisse jouée par…Natalie Wood !), les rebondissements prévisibles (la réconciliation des rivaux sous le feu de l’ennemi) alors que le film ne cesse de se prendre au sérieux à coups de tirades lénifiantes comme quoi le racisme c’est pas bien demande une énorme dose de foi au spectateur. Alors bon, le filmage d’un Delmer Daves est moins sec que celui d’un Zinnemann, ses quelques gros plans, son noir et blanc soyeux font que ses séquences de baisers seront toujours plus érotiques que celles de son collègue autrichien -et sans les vagues s’il vous plaît- mais il n’empêche: le film reste médiocre. Pour un beau film sur l’armée américaine en garnison dans une ville européenne, on se tournera vers le moins connu mais nettement moins idiot A bell for Adano.

Une certaine rencontre (Robert Mulligan, Love with the Proper Stranger, 1963)


Merveilleux !
Un film qui, via un réalisme saisissant et des questions brûlantes abordées de front, régénère le pouvoir enchanteur du meilleur cinéma hollywoodien, pouvoir alors amenuisé par la fin de l’âge d’or des studios. En effet, le film démarre comme un drame intimiste avant de s’achever comme une comédie romantique sans que jamais le spectateur ne perçoive la transition. C’est que les clichés eux-mêmes sont des ressorts dramatiques puisque Une certaine rencontre peut être résumé comme la confrontation entre l’amour comme idéal formaté par les contes de fées et Hollywood et l’amour comme réalité sociale généralement contraignante (mariage…). Le film n’est ni plus ni moins que l’histoire d’une jeune femme à l’esprit indépendant (une femme « moderne » diront certains) qui va tenter de trouver sa voie entre le poids des traditions familiales et ses images d’adolescente qu’elle sait surannées mais qu’elle ne peut s’ôter de la tête. Ou comment composer avec la réalité pour trouver son bonheur. Le style de Robert Mulligan convient parfaitement à cette histoire à la fois crue et optimiste; c’est une parfaite synthèse entre acquis des nouvelles vagues (filmage dans la rue, ellipses audacieuses qui dynamisent la narration, représentation mature de la sexualité) et clichés utilisés avec justesse (la séquence dans le taxi de nuit, très hollywoodienne). Grâce à ce génie de la composition, le cinéaste arrive à de véritables miracles -tel, dans la séquence centrale de l’œuvre, la captation de la naissance du sentiment amoureux. De plus, la musique doucement lyrique d’Elmer Bernstein se marie à merveille aux images de Mulligan.
Enfin, il serait inconvenant de finir une chronique, si minime soit-elle, d’Une certaine rencontre sans parler du couple de vedettes. Steve McQueen est étonnant dans ce rôle à contre-emploi d’homme un peu terne dépassé par la situation.
Et, j’ai gardé le meilleur pour la fin, Natalie Wood est juste resplendissante dans ce petit chef d’œuvre. Comme j’espère vous en avoir convaincu, le film est excellent, mais Natalie est y tellement belle -ses yeux, son sourire, son corps, ses diverses coupes de cheveux, tout, tout, absolument tout concourt ici à l’élever au rang d’incarnation de la perfection féminine- qu’à elle seule elle justifie un coup d’oeil attentif sur cette oeuvre injustement méconnue du non moins injustement méconnu Robert Mulligan.

Une vierge sur canapé (Sex and the single girl, Richard Quine, 1965)



Tony Curtis travaille dans un magazine à scandales et décide de prouver que la ravissante Natalie Wood, brillante psychanalyste, est vierge en se faisant passer pour un patient…s’ensuit une série de quiproquos savamment agencés par Richard Quine, pygmalion de Kim Novak, partenaire de Blake Edwards et réalisateur aussi brillant que méconnu.
Les seconds rôles sont excellents, surtout le couple Fonda/Bacall. Parmi tous les plaisirs distillés par cette comédie, celui de voir Henry Fonda, l’incarnation hollywoodienne de la droiture puritaine, jouer un vendeur de bas rejeté par une épouse jalouse n’est sans doute pas le plus négligeable. Le reste, c’est à dire la musique jazzy, les yeux de Natalie Wood, le générique très pop, les jambes de Natalie Wood, la photo pastel, les robes de Natalie Wood, n’est que pur délice.