Je retourne chez maman (The marrying kind, George Cukor, 1951)

Devant la juge de divorce, deux époux retracent l’histoire de leur couple.

La comédie de remariage a ici gagné en précision sociologique ce qu’elle a perdu en loufoquerie. La vision d’un chimérique rêve américain qui broie le couple est aussi amère -mais moins féroce donc moins réjouissante- que les satires d’un Dino Risi contre la société de consommation italienne dans les années 60. Le film est peu drôle, aigre et touchant de par la finesse implacable qu’il déploie pour représenter l’évolution de l’amour face aux problèmes matériels et aux ambitions avortées. Un bémol toutefois: l’inopportune introduction dans le scénario d’un événement à la gravité hors de proportion avec le reste dont les résonances conjugales et métaphysiques auraient nécessité un Henry King pour être dignement traitées mais que George Cukor se contente d’expédier comme une péripétie simplement plus larmoyante que les autres. A noter que, contrastant avec un style globalement sans éclat, le jeu sur les deux voix-off commentant un même flash-back propulse le récit avec une originalité dont Martin Scorsese a du se souvenir lorsqu’il a réalisé Les affranchis, quarante ans plus tard.

The song of life (John M. Stahl, 1922)

Au soir de sa vie qu’elle a ratée, une mère qui a abandonné son enfant parce qu’elle était attirée par les lumières de la grande ville retrouve son fils fiancé à une femme qui a également envie d’évasion.

Grâce à la qualité de l’interprétation et à des détails sociologiques ou comiques qui enrichissent plusieurs scènes, cet apologue réactionnaire tissé dans l’étoffe mélodramatique fonctionne assez bien jusqu’à une dernière partie par trop délayée et rocambolesque pour que mes bonnes dispositions à son égard aient été maintenues.

Drôle de meurtre (Remains to be seen, Don Weis, 1953)

Dans un immeuble new-yorkais, le gérant découvre qu’un homme est mort tandis que la nièce de ce dernier arrive…

Les ressorts de cette comédie policière sont théâtraux mais la variété de l’histoire et la sympathie des acteurs font passer un bon moment.

 

Cupidon photographique (I love Melvin, Don Weis, 1953)

A New-York, un photographe un peu raté travaillant à Look tombe amoureux de la fille d’un épicier qui rêve de devenir vedette.

Dans la lignée de Chantons sous la pluie (on retrouve Donald O’Connor et Debbie Reynolds qui y forment un couple fort sympathique), I love Melvin est une petite comédie musicale dynamique, fraîche et enjouée où Don Weis pose un regard tendre et amusé sur les rêves et ambitions de ses divers personnages.

Copland (James Mangold, 1997)

Un shérif du New-Jersey un peu simplet est sollicité par l’IGS dans une enquête qui vise les nombreux policiers installés dans son comté.

Même si l’artifice de certaines ficelles dramatiques est sensible, le récit habile et la pléiade d’acteurs immenses font passer un très bon moment. L’hommage final à Rio Bravo est plaisant.

Rapport confidentiel (Report to the commissioner, Milton Katselas, 1975)

A New-York, l’enquête sur la mort d’une jeune policière infiltrée chez un trafiquant de drogue révèle les dessous d’un commissariat.

Les quelques artifices dramatiques de la dernière partie altèrent à peine la saveur réaliste de ce très bon polar où les rues du coeur de Manhattan sont restituées dans tout leur grouillement.  La complexité de l’intrigue évite l’univocité dans le pessimisme (car un polar américain des années 70 est forcément pessimiste).

L’inexorable enquête (Scandal sheet, Phil Karlson, 1952)

Un jeune et brillant journaliste enquête sur des meurtres commis par son patron.

A travers un journal à scandales et un bal pour « coeurs solitaires », la première partie offre un aperçu vif et bien senti de ce que la société américaine peut avoir de médiocre. Malgré une ou deux articulations de l’intrigue pas très crédibles, la suite plus directement policière est bien menée, servie qu’elle est par un noir & blanc chiadé, l’excellente interprétation de Broderick Crawford et la sécheresse de Phil Karlson qui n’encombre son découpage d’aucun plan superfétatoire. La violence hasardeuse du premier meurtre est terrible. Peut-être que l’auteur du roman original, Samuel Fuller, en aurait tiré un meilleur film mais en l’état, L’inexorable enquête est un bon film noir.