Les enfants de la chance/Laissez faire les femmes! (Paul Martin, 1937)

A New-York, un reporter se marie avec une vagabonde pour lui éviter la prison…

Si, en dépit de la relative habileté de son réalisateur, cet ersatz allemand de comédie américaine ne dispense pas le même plaisir que ses modèles, c’est d’abord à cause de ses acteurs. La jolie mais éteinte Lilian Harvey est à mille lieux de l’abattage d’une Jean Arthur ou d’une Katharine Hepburn, Willy Fritsh n’est en rien comparable à un Cary Grant et les seconds rôles ne sont pas plus que « sympathiques ». Par ailleurs, le rythme, si essentiel dans les screwball comedies, pèche par endroits. L’exposition et la séquence du tribunal qui s’ensuit, très molle, semblent durer des plombes. Enfin, tandis que Leo McCarey et Tay Garnett savaient pousser leurs séquences jusqu’à des paroxysmes délirants à force d’inventions comiques, la fantaisie demeure ici timide et velléitaire. D’où que cette histoire de mariage éclair et d’héritière enlevée, malgré ses rocambolesques rebondissements, laisse une impression de tiédeur.

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Les pirates du métro (The taking of Pelham 123, Joseph Sargent, 1974)

La phrase d’accroche de l’affiche est un parfait résumé du film.

Un divertissement sympatoche mais pas plus: les réactions de la police et de la mairie new-yorkaises sont ici tellement stupides qu’elles empêchent la prise au sérieux du récit (dont le ton est pourtant très sérieux à part deux ou trois blagues racistes au début).

Le policeman (Fort Apache, The Bronx, Daniel Petrie, 1980)

Dans un commissariat du Bronx, un vétéran fait équipe avec un jeune ambitieux tandis qu’un tueur de flics sévit…

Un excellent scénario qui mêle habilement intrigue criminelle, constat social, questionnement moral et intimisme (l’inévitable histoire d’amour est superbement traitée) ainsi que la présence magnifique et émouvante de Paul Newman, soutenu par des seconds rôles parfaits, font de The Bronx un très beau polar.

Ragtime (Milos Forman, 1981)

Dans l’état de New-York au début du XXème siècle, une famille de bourgeois est impliquée, par le truchement de sa domestique, dans le conflit d’un pianiste de ragtime avec la société qui l’a injustement traitée parce qu’il est noir.

De par sa folle ambition, Ragtime est comparable à d’autres mastodontes de son époque tel La porte du Paradis ou Il était une fois en Amérique. Il s’agit ni plus ni moins que de filmer l’entrée de l’Amérique dans le XXème siècle; sous l’effet de tensions raciales, culturelles et économiques, un ordre ancien s’effondre en même temps qu’une nouvelle bourgeoisie, juive et noire, émerge grâce au cinéma et au ragtime.

Une multitude de protagonistes et d’intrigues (ce n’est pas pour rien que l’adaptation du touffu best-seller de E.L Doctorow fut d’abord proposée à Robert Altman) évolue dans une somptueuse reconstitution de la Belle Epoque. L’ellipse a beau être parfois magistrale (voir le poignant raccord entre la promesse de mariage et l’enterrement), certains développements du récit semblent manquer à cause des coupes de Dino de Laurentiis.

Si la mise en scène de Milos Forman est dénuée de l’ampleur lyrique dont furent capables Sergio Leone et Michael Cimino, sa discrète ironie conjure le risque d’académisme inhérent à ce type de superproduction. J’ai particulièrement aimé la façon, très concrète, dont sont retranscrites les circonstances menant le joyeux héros, magnifiquement incarné par le regretté Howard E.Rollins, à une révolte raciale sans espoir de retour.

Bref, sous des dehors rutilants, l’essentiel de la beauté de Ragtime vient de l’empathie critique avec laquelle le réalisateur tchèque regarde ses différents personnages réagir à l’évolution de la société.