Paix et amour (Laurence Ferreira Barbosa, 1994)

A Nice en 1975, un jeune fan de rock embarque un copain dans ses velléités révolutionnaires.

Les années 80 sont fréquemment associées au mauvais goût mais une reconstitution comme Paix et amour permet de se rendre à l’évidence: les années 70 n’étaient pas mieux. Vêtements informes, cheveux démesurés, tentures cumulatrices d’acariens, silhouettes avachies par le shit…la décadence par rapport aux glorieuses 60’s était déjà consommée. Laurence Ferreira Barbosa suit un adolescent assez bête et antipathique dans ses solos de guitare imaginaire et ses dérisoires envies léninistes. Le ton est plutôt comique et certaines répliques sont vraiment drôles. Avec une certaine justesse, le dénouement auréole ce qui n’était qu’une inégale et inconséquente pochade d’un semblant de gravité. Pas mal.

Histoire de chanter (Gilles Grangier, 1947)

Pour se venger d’un ténor qui fait fondre sa femme, un chirurgien de la côte d’Azur échange les cordes vocales de ce dernier avec celles d’un épicier…

Soit Luis Mariano se retrouvant avec la voix de Carette et Carette se retrouvant avec la voix de Luis Mariano. Sujet de comédie en or malheureusement gâché par un scénario paresseux, délayant longuement l’exposition et n’exploitant guère le potentiel de son excellent argument. Roquevert et Carette assurent le service minimum et les nombreuses prises de vue en extérieur permettent de voir Nice avant que la côte d’Azur ne fût bétonnée.

La machine à découdre (Jean-Pierre Mocky, 1986)

Sur la côte d’Azur, un quêteur pour Médecins du monde qui a pété les plombs assassine un cafetier et prend un chômeur en otage.

Comédie noire dont la narration à la fois directe et surprenante, l’amertume joyeusement féroce du ton et les appas de la vedette féminine, généreusement dévoilés, compensent tant que faire se peut la désinvolture de la mise en scène.

L’enfant de Paris (Léonce Perret, 1913)

Une orpheline est envoyée à l’internat, s’échappe, est enlevée…

L’enfant de Paris est un feuilleton mélodramatique transfiguré par une épatante maîtrise cinématographique qui oblige celui qui le découvre aujourd’hui à repenser quelque peu l’histoire du septième art et ses jalons couramment admis. Le mystère de roches de Kador montrait déjà l’intelligence qui était celle de Léonce Perret quant à sa caméra. Réalisé un an après, L’enfant de Paris montre qu’un bond de géant a encore été franchi. Découpage à vocation dramatique, plans en plongée, surimpressions, panoramiques, éclairages sophistiqués, allongement de la durée des plans pour instaurer du suspense…En 1913, Perret a une large connaissance des possibilités de son art et s’en sert brillamment. Il n’y a qu’à voir l’évasion de l’orphelinat ou le retour de l’officier à la maison pour se rendre compte de l’avance -légère- que le réalisateur majeur de la Gaumont avait alors sur Griffith.

Ses acteurs sont d’une rare sobriété. Suzanne Privat dans le rôle de l’enfant insuffle une justesse émotionnelle aux situations de mélodrame les plus grossières. Si, cent ans après sa sortie, L’enfant de Paris n’a guère perdu de son pouvoir spectaculaire, c’est aussi parce que Léonce Perret a tourné en extérieurs, arpentant les rues de Paris et de Nice avec la souveraine gourmandise du créateur excité par les capacités d’un outil pas encore vingtenaire. Au cœur de ce feuilleton riche en péripéties, il y a ainsi, parfaitement décorrélée de l’action dramatique, une longue et fascinante errance dans Nice que n’aurait pas reniée Antonioni (né l’année du tournage de ce film). L’enfant de Paris est donc un très grand film qui, je pense, suffit à placer Léonce Perret parmi les réalisateurs fondamentaux de l’histoire du cinéma. Lewis J.Selznick, père de David, qui l’embaucha en 1917, ne s’y était pas trompé.

Quand tu liras cette lettre (Jean-Pierre Melville, 1953)

Sur la Côte d’Azur, une novice qui s’apprêtait à prononcer ses voeux sort du couvent pour s’occuper de sa jeune soeur car leurs parents viennent de décéder dans un accident.

Les péripéties de ce mélodrame réussissent le tour de force d’être à la fois de plus attendues et de plus en plus abherrantes. On se dit, « il ne vont pas oser »…et si, ils osent! Cela s’achève dans le ridicule le plus total. Inutile de dire que l’on ne retrouve rien (si ce n’est une certaine misogynie) de l’auteur du Samouraï dans ce très mauvais film qui fut la seule commande de sa carrière.