Coeur de hareng (Paul Vecchiali, 1984)

Dans le XVIIème arrondissement parisien, guerre entre deux proxénètes.

Cette commande de la télévision dans le cadre de la « Série Noire » est du pur Vecchiali. Couleurs saturées, folklore des années 50 et grands sentiments forment un cocktail chargé d’intentions esthétiques mais pas toujours très digeste.

Encore (Once more) (Paul Vecchiali, 1987)

De son divorce à son décès du SIDA, les dix dernières années de la vie d’un homme.

Si un gay passe dans le coin, il pourra confirmer ou infirmer mais c’est à ma connaissance le premier film français tourné sur le SIDA. Sans faire la morale d’aucune façon que ce soit, Paul Vecchiali montre le parcours d’un homme qui se libère de toutes sortes de jougs sociaux pour finir par assumer pleinement ses désirs, quitte à s’y brûler (l’amour ça fait mal). Le fait est que cette libération se fait sans excès de violence contre son milieu initial. S’il y a des scènes franches et dures de dispute conjugale, le personnage principal reste finalement lié avec sa famille, sans cependant leur raconter d’histoires. Malgré l’actualité brûlante du sujet et grâce à la franche audace du traitement, aucun discours militant ne vient plomber le film. Encore (once more) n’a rien à voir avec quelque chose comme Jeanne et le garçon formidable. C’est à une célébration pleine et entière de la vie, avec toute la douleur qui en découle, que s’est livré Vecchiali.

Pour ce faire, il s’est astreint à  l’emploi d’un dispositif  très contraignant: à l’exception de la séquence finale, le film est découpé en neuf plan-séquences, chacun représentant une année. Cela donne au film une stylisation très théâtrale qui l’empêche de verser dans le naturalisme sociologique. Plusieurs chansons de Roland Vincent ponctuent le film (Ducastel et Martineau n’ont décidément rien inventé). Il faut bien le dire cependant: cet artifice délibéré n’est pas toujours facile à admettre pour le spectateur. Ainsi, les ruptures de ton ou encore la bizarrerie de plusieurs protagonistes secondaires paraissent parfois trop arbitraires pour être féconds. Il y a néanmoins des instants magnifiques de justesse et de pudeur, tel celui où le héros malade retrouve son ancienne femme au mariage de leur fille. Et, toujours, le regard à la fois droit et empathique de Vecchiali sur son personnage.

Les belles manières (Jean-Claude Guiguet, 1978)

Un jeune ouvrier entre au service d’une grande bourgeoise. De troubles rapports s’établissent.

Le sexe, les classes sociales, la mort. C’est la matière d’un mélodrame mais le style affecté et maniéré de Guiguet freine l’implication du spectateur. Une solennité du ton trop constante pour être honnête fait apparaître comme un exercice de style un peu vain ce qui aurait pu (du?) être un drame déchirant mâtiné d’une violente critique sociale. Les belles manières est une sorte de Violence et passion du pauvre.

Humeurs et rumeurs (Paul Vecchiali, 2007)

Dans une villa du Var, une metteuse en scène qui a réuni des amateurs divers et variés essaye de monter une pièce de Corneille.

Humeurs et rumeurs est d’abord la suite de Corps à coeur puisqu’on y retrouve le personnage de Nicolas Silberg trente ans plus tard, hanté par sa passion de jeunesse. Néanmoins, il n’est ici qu’un personnage parmi d’autres, chacun avec ses drames, ses histoires, son histoire. Le film est hanté par la mélancolie de son auteur. Autoproduit dans la villa du cinéaste, Humeurs et rumeurs est vecchialien jusqu’au bout des ongles. On y retrouve le goût de l’auteur pour les surprises dialectiques (les retournements finaux), son refus du champ-contrechamp, des intermèdes chantés concoctés avec le fidèle et toujours aussi inspiré Roland Vincent et des citations d’Achard/Ophuls. Mais par rapport aux productions Diagonale, Humeurs et rumeurs apparaît théorîque, froid, désincarné. Le statisme de la mise en scène, l’abondance de dialogues, le jeu anti-naturel des acteurs (certes pas nouveau chez Vecchiali) créent une impression de fausseté et d’arbitraire. L’histoire d’amour centrale n’est guère rendue sensible en dehors certes de quelques fulgurances stylistiques tel ce sublime mouvement de caméra sur le port de Saint-Tropez. A noter aussi que la lumière du Var est magnifiquement captée.

Corps à coeur (Paul Vecchiali, 1978)

Un mécanicien trentenaire tombe fou amoureux d’une pharmacienne quinquagénaire qui se refuse à lui…

L’amour est inexpliqué, posé d’emblée. Il ne s’appuie sur aucun préalable narratif  (de ce point de vue, le retour chez l’ex-femme apparaît comme une inutile digression). Ce parti-pris l’empêche d’être réduit à de quelconques conventions psychologiques, cela lui donne un caractère d’absolu. Le risque est que le spectateur ne voit ici que l’arbitraire du créateur et non la vérité d’un sentiment, aussi exceptionnel soit ce sentiment. L’intérêt d’une progression narrative est justement de faire croire à l’exceptionnel en préparant la fameuse suspension d’incrédulité.

C’est d’autant plus difficile ici de croire à l’amour fou que le fade Nicolas Silberg peine à rendre la passion qui anime son personnage et que les envolées ne fonctionnent pas toujours du fait d’une mise en scène assez approximative (le délire devant les badauds de la pharmacie est plus saugrenu qu’autre chose). En effet, le choix de Paul Vecchiali d’ancrer une situation de mélodrame dans la grisaille banlieusarde pour faire « réalisme poétique »  (le film est dédié à Jean Grémillon) n’est guère probant. Il ne suffit pas de coiffer ses acteurs de casquettes pour réanimer la mythologie de Carné et Gabin. Il ne suffit pas de mettre la musique de Fauré à fond pour insuffler du lyrisme à des images ternes. Ceci étant, le film contient des idées de montage simples et judicieuses qui occasionnellement donnent de la profondeur émotionnelle à un personnage. Au final, l’amour s’exprime tout de même d’une façon plus littérale (beaux dialogues) que concrète. Il est plus théorique qu’incarné.

Cependant, Corps à coeur ne manque pas d’intérêt. C’est qu’il prend une toute autre dimension dans sa dernière demi-heure. Il se focalise alors sur le personnage d’Hélène Surgère. Et c’est très beau. Quand on y réfléchit deux secondes, son comportement n’est pas moins invraisemblable que celui du mécanicien mais il est poétiquement plus juste car Vecchiali assume enfin le caractère mélodramatique de son film; ce qui lui permet de se montrer aussi inventif et aussi juste que les auteurs de L’invraisemblable vérité.