Par la porte d’or (Hold back the dawn, Mitchell Leisen, 1941)

Au Mexique, un Français séduit une jeune institutrice en voyage scolaire pour acquérir la nationalité américaine en l’épousant.

La fusion entre le riche arrière-plan sociopolitique (belle galerie de seconds rôles français) et l’histoire d’amour n’est pas parfaite mais l’évolution dialectique de personnages finement interprétés fait de Par la porte d’or un bien beau film.

A chacun son destin (Mitchell Leisen, 1945)

A Londres pendant la seconde guerre mondiale un soir de jour de l’An, une Américaine se rappelle comment elle a fini seule…

Pourquoi, en dépit de rebondissements ridicules, ce mélodrame intéresse continûment et émeut parfois? Réalisée en France à la même époque, cette rocambolesque histoire de fille-mère aurait certainement donné lieu à un naveton façon Léonide Moguy ou Jean Stelli. Ce qui fait le prix de A chacun son destin, c’est la vérité dans le détail: qualité des reconstitutions, finesse des dialogues, richesse de la caractérisation des seconds rôles (impeccable personnage du troisième homme), bonne gestion de l’arrière-plan historique, sens de la litote qui paradoxalement redouble l’émotion (l’irrésistible réplique finale) et, surtout, excellence de l’interprétation: dans un rôle à la Bette Davis, Olivia de Havilland a heureusement gardé son désarmant naturel.

Le fier rebelle (Michael Curtiz, 1958)

Note dédiée à Frédéric

En cherchant un médecin pour son fils muet, un ancien confédéré rencontre une propriétaire terrienne aux prises avec un éleveur qui veut la chasser.

Le plaisir de retrouver Olivia de Havilland, toujours belle, chez le réalisateur qui fit d’elle une star, quelques notations touchantes (une vieille fille se regardant à nouveau dans la glace, un enfant chagriné arrachant son faux col…), la cruauté surprenante révélée par le tirage des ficelles larmoyantes (enfant+animal=cocktail explosif) et la virtuosité plastique de Michael Curtiz qui se sert de la lumière vespérale avec autant de maestria qu’il se servait du Noir&blanc dans les années 30 facilitent l’indulgence face aux ressorts éculés pas toujours bien articulés du récit. En particulier, le conflit avec les voisins apparaît comme une convention mal digérée par le reste de l’oeuvre. Ça reste mieux que Shane.

L’héritière (William Wyler, 1949)

Un beau jeune homme sans le sou fait la cour à une héritière…

Hauteur de vue et fluidité font que le style suprêmement classique de William Wyler n’est ici pas très éloigné de celui du grand Otto Preminger. L’écriture est suffisamment subtile et dialectique pour ménager le mystère autour des intentions et motivations de chacun des protagonistes du drame. Tous sont interprétés avec justesse, sans caricature ni cabotinage. Le réalisateur assume parfaitement les origines théâtrales du huis-clos qu’il met en scène et la pertinence de chaque cadrage montre l’intelligence spécifique du cinéma qui pouvait être la sienne.

Double énigme (The dark mirror, Robert Siodmak, 1946)


Un médecin est tué dans son appartement. Les soupçons s’orientent rapidement vers deux jumelles…

Malgré l’apparente originalité de l’idée de départ (la gémellité), le déroulement de l’enquête est ennuyeux et convenu.  Comme c’était souvent le cas à l’époque, l’utilisation de la psychanalyse à des fins dramatiques est naïve et lourdingue. Bref, Double énigme est un film noir qui sans être franchement mauvais (la double prestation d’Olivia de Havilland y est remarquable) s’avère oubliable.