Les bleus du ciel (Henri Decoin, 1933)

Pour séduire une aviatrice, un mécano tente d’apprendre à piloter.

Ce premier long-métrage de l’ancien aviateur qu’était Henri Decoin souffre de faiblesses techniques mais séduit un peu grâce à l’originalité de son intrigue qui renverse les stéréotypes et à la légèreté du ton, plusieurs chansons étant introduites dans l’action: une opérette avec des avions, c’est rare.

Ihre Hoheit befiehlt/Princesse, à vos ordres (Hanns Schwarz, 1931)

Une princesse tombe amoureuse d’un de ses cavaliers.

Que Billy Wilder ait participé au scénario n’empêche pas ce dernier d’être d’une nullité exceptionnelle. Je n’avais jamais vu un film avec une répétitivité aussi laborieuse des scènes « comiques ». Les mouvements de caméra de Hanns Schwartz sont parfois impressionnants mais ne constituent ici qu’un enrobage inapte à relever la saveur d’une insipide opérette.

Chacun sa chance (Hans Steinhoff, 1930)

Un vendeur se faisant passer pour un baron et une marchande de chocolats déguisée en grande dame se rencontrent dans une loge de l’opéra…

Le premier film avec Jean Gabin est une ineptie qui, de par l’importance qu’il accorde à des « gags » nullissimes (l’échange du manteau), prend vraiment le spectateur pour un imbécile. Gabin lui-même imprime infiniment mieux la pellicule dans son film suivant Paris-béguin, bien qu’il n’y tienne qu’un second rôle.

Trois valses (Ludwig Berger, 1938)

Note dédiée à Tom Peeping

Trois générations de comédiennes tombent amoureuses de trois générations de nobles.

Le concept de ce véhicule du couple Yvonne Printemps/Pierre Fresnay est pour le moins fumeux mais un charme superficiel émane des chansons et du découpage dont la saillante mobilité est, dans les deux premiers sketchs, digne de Max Ophuls. Le dernier segment, qui joue la carte du cinéma dans le cinéma, est plus laborieux.

La fiancée vendue (Max Ophuls, 1932)

Dans un village tchèque, la fille du bourgmestre promise au fils de riches paysans s’échappe avec un cocher tandis que son fiancé initial s’entiche d’une artiste de cirque.

Le livret est prévisible de bout en bout mais la légèreté, la tendresse et la vivacité avec lesquelles Max Ophuls filme l’opéra de Smetana, ainsi que la musique et la belle voix de Jarmila Novotna, font de La fiancée vendue un spectacle plaisant même si fort désuet (on reste loin de l’ironie grivoise d’un Lubitsch lorsqu’il met en boîte La veuve joyeuse).

Un soir de réveillon (Karl Anton, 1933)

Pendant les fêtes de fin d’année, un riche noceur s’entiche d’une jeune fille surveillée par son chauffeur.

Il y a quelques traits amusants, Meg Lemmonier est mignonne mais Karl Anton n’a aucun sens du rythme. D’où que sa comédie est trop longue d’au moins une demi-heure, jusqu’à se déliter dans un final aussi dispendieux que filandreux.

Les 28 jours de Clairette (André Hugon, 1933)

Capture

Apprenant qu’elle est trompée, l’épouse d’un réserviste rejoint celui-ci dans sa caserne…

Un vaudeville troupier vulgaire à bien des endroits (les seconds rôles en roue libre) mais assez efficace. André Hugon fait preuve d’une relative inventivité stylistique (les nombreux travellings, le plan sur les soldats de plomb) qui ne rehausse guère l’intérêt de la pochade mais qui contribue à me le rendre encore plus sympathique.

 

Toi c’est moi (René Guissart, 1936)

Un noceur envoyé par sa tante aux colonies pour travailler dans une plantation intervertit son identité avec celle de son meilleur ami…

Moins dynamique et plus attendue dans son déroulement que le merveilleux Dédé, cette nouvelle adaptation d’une opérette par René Guissart se distingue également par la grivoiserie de son esprit. Il faut voir Claude May montrer ses seins, Pauline Carton chanter l’éveil de ses sens sous les palétuviers ou Pills fuir un crocodile en plastique pour se rendre compte du degré de naturel dans la fantaisie (pour ne pas dire le n’importe quoi) que pouvaient atteindre les petits(?) maîtres de la comédie française des années 30. Si les suaves Pills et Tabet n’ont pas l’entrain d’un Albert Préjean, la bonne humeur des seconds rôles -en tête desquels le génial Saturnin Fabre- est communicative. Le découpage de Guissart sait se faire inventif, à l’exemple du long travelling découvrant l’appartement des deux amis fêtards. Tout ça pour dire que Toi c’est moi est un film très amusant.

Tcheriomouchki, quartier des cerises (Gerbert Rappaport, 1962)

En URSS, de jeunes couples s’installent dans un nouveau quartier…

Adaptation cinématographique de la seule opérette de Chostakovitch. Il y a des chansons entêtantes mais comment ne pas être atterré devant cette conception du « rêve soviétique »: des cités d’immenses blocs de béton dont l’architecture a inspiré nos trop fameux grands ensembles. Le décalage entre le film et le spectateur est accentué par une mise en scène kitschissime: couleurs hideuses et transparences encore plus visibles que chez Hitchcock.

Dédé (René Guissart, 1934)

L’épouse d’un marchand de chaussures en difficulté tombe dans les bras d’un riche noceur pour que celui-ci rachète le magasin de son mari…

C’est l’axe central autour duquel les auteurs ont, avec adresse et élégance, noué une kyrielle d’intrigues, faisant se croiser mauvais garçons, bourgeois, danseuses, fils à papa et petites employées. Ce vaudeville est de surcroît alimenté par une multitude de trouvailles fantaisistes, tel ce tapeur transformé en gérant qui a l’idée d’employer des danseuses des Folies-Bergères pour vendre ses chaussures. Le rythme vif sans être épuisant, l’abattage d’Albert Préjean, la verve vacharde des dialogues, l’humour des seconds rôles, l’ampleur quasi « busby-berkeleyienne » des chorégraphies (trait assez extraordinaire dans le cinéma hexagonal) et, bien sûr, la gaieté entraînante des chansons font déjà de Dédé un réjouissant archétype de comédie française des années 30, le genre où la richesse d’invention ne le cédait en rien à l’efficacité du spectacle. Mais il y a une cerise sur la gâteau: c’est la franche gaillardise qui accommode adultère et happy end, c’est l’érotisme égrillard qui montre Danielle Darrieux, alors tout juste nubile, en guêpière transparente. Cette liberté de ton augmente encore la puissance de l’euphorisant Dédé jusqu’à l’apparenter à un véritable antidépresseur.

Le chemin du Paradis/Die drei von der Tankstelle (Wilhelm Thiele, 1930)

Mis à la porte par leur bailleur, trois amis ouvrent une station-service.

Incommensurable nullité de cette comédie musicale allemande qui non seulement est dénuée de toute consistance dramatique, déroulant laborieusement un semblant de récit archi-prévisible, mais qui est de surcroît mise en scène avec une rigidité qui coupe court à toute velléité d’entrain. Fred Astaire a définitivement ringardisé cet immense succès des débuts du parlant et ce n’est que justice.

Enlevez-moi (Léonce Perret, 1933)

Un homme qui croit refiler sa maîtresse à un ami lui refile en fait sa soeur.

La désuétude de cette opérette n’empêche pas une certaine liberté de ton. Il y a de la fantaisie mais le travail de Léonce Perret est routinier.   Le surjeu des comédiens et les facilités de l’intrigue empêchent toute forme de vraisemblance mais Arletty jeune (et jolie) est déjà remarquable. Comme le montre le final où l’équipe technique est filmée, personne n’est dupe dans cette entreprise. Enlevez-moi n’est pas franchement nul mais sa portée est tout de même limitée.

Ciboulette (Claude Autant-Lara, 1933)

Comme une voyante le lui avait prédit, une jeune employée des Halles devant se marier trouve son promis sous un tas de choux…

Ciboulette est l’adaptation par Jacques Prévert d’une opérette de Reynaldo Hahn se déroulant sous le second Empire. C’est aussi le premier long-métrage réalisé par Claude Autant-Lara. La virtuosité du cinéaste est déjà éblouissante. Il faut voir l’aisance avec laquelle sa caméra bouge dans les superbes décors de Meerson et Trauner pour se rendre compte de l’avance qu’il avait alors par rapport à ses contemporains. La magnifique ouverture avec un plan à la grue sur les Halles reconstituées en studio annonce celle de son chef d’oeuvre, Douce. On est ici nettement plus proche du Mariage de Chiffon voire, comme l’a justement remarqué Vecchiali dans son dictionnaire, de La ronde de Max Ophuls  que de L’auberge rouge ou Le rouge et le noir. Sans la faire oublier, les auteurs du film ont transcendé l’évidente désuétude du livret par une bonne dose d’ironie, un léger soupçon de mélancolie (le personnage de Duparquet) et, surtout, une fantaisie (parfois trop) débridée. Charmant.

Cossacks in exile (Edgar G.Ulmer, 1939)

Opprimés par Catherine de Russie, des cosaques ukrainiens s’exilent en Turquie.

Cossacks in Exile est un film américain tourné en langue ukrainienne de la même façon que des petits studios new-yorkais produisaient des films yiddish. Evidemment, le budget n’est pas énorme mais en adaptant un opéra-comique de Semyon Artemovsky, Edgar G.Ulmer et Vasile Ayramenko ont réussi à évoquer la nostalgie des déracinés. Sans se focaliser sur des drames individuels, la première partie raconte comment le peuple en est venu à s’exiler. La succession d’images de désolation reliées par les lamentations d’un barde a une certaine force pathétique. Les beaux plans nocturnes sont parfois agrémentés de couleurs au pochoir. Dans sa deuxième partie, le film se focalise sur les pitreries d’un cosaque porté sur la bouteille. Pour ces raisons (exil, nostalgie, alcoolisme joyeux, plans hérités de Murnau, ruptures de ton), Cossacks in Exile est peut-être le film le plus fordien d’Ulmer. Il est dommage que la fin soit confuse au point que deux personnes qui m’accompagnaient à la projection n’ont pas mieux compris que moi le dénouement. Peut-être que l’absence de sous-titre sur certaines chansons n’a pas aidé pas.

Louise (Abel Gance, 1938)

Contre ses parents, une jeune fille est amoureuse d’un artiste.

L’ostentatoire virtuosité d’Abel Gance ne saurait réhausser l’irrécupérable platitude de l’opérette de Gustave Charpentier. Celui qui fut le plus grand poète lyrique du cinéma français ne s’accommode pas d’un sujet aussi léger, à savoir l’opposition entre une jeune fille et ses parents. Le surjeu des comédiens accentue le simplisme de l’ensemble.

Parade d’amour (Ernst Lubistch, 1929)

La reine d’une pays imaginaire épouse un de ses ambassadeurs déchu pour ses frasques sexuelles.

Premier film parlant de Lubitsch, Parade d’amour souffre de quelques problèmes de rythme. Les chansons ralentissent trop souvent la narration alors qu’elles la stimuleront dans les opérettes suivantes du maître (Une heure près de toi, La veuve joyeuse…).
Ceci étant, le film est déja purement lubitschien. On retrouve ce regard intelligemment biaisé sur les choses, cette maîtrise de l’allusion, cette prédilection pour la suggestion, cette complicité avec le public, cette perpétuelle dérision. En témoigne un début endiablé qui voit Maurice Chevalier s’adresser au public (Lubitsch « invente » le regard-caméra vingt ans avant Bergman, trente ans avant Godard…). Le couple Chevalier/MacDonald fonctionne à merveille. C’est la première de leurs quatre merveilleuses collaborations. Derrière la fantaisie point une réflexion assez fine sur la place des sexes à la maison, le besoin de la femme d’être dominée à un moment ou à un autre.
Bref, Parade d’amour est une bonne comédie bien qu’en ces tout débuts du cinéma parlant, le style du réalisateur soit encore mal dégrossi.

Love me tonight (Rouben Mamoulian, 1932)

Un tailleur parisien séduit des princesses dans l’entourage d’un aristocrate ruiné qui lui doit de l’argent.

Merveilleuse opérette Paramount dans la veine des meilleurs Lubitsch de l’époque. On retrouve le délicieux couple formé par Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald. Les ingrédients sont les mêmes mais en terme de style, la désinvolture aristocratique de Lubitsch est remplacée par quelque chose de plus imposant. Le découpage de Mamoulian est très sophistiqué et son film contient nombre de morceaux de bravoure mettant remarquablement en valeur la musique entraînante de Rodgers et Hart. On est plus proche de la véritable comédie musicale que dans Une heure près de toi, le chef d’oeuvre de Lubitsch avec Chevalier et MacDonald qui sortait la même année, ne serait-ce que parce que la mise en scène a ici un côté chorégraphique qu’elle n’a pas chez le maître berlinois. D’une manière générale, Love me tonight est un film extraordinairement dynamique. Jouant brillamment avec les archétypes (l’ouverture à Paris est un fabuleux condensé des clichés sur les Français dans les comédies hollywoodiennes de la grande époque), Love me tonight est une oeuvre parmi les plus drôles, les plus joyeuses, les plus éblouissantes de son temps.

Le lieutenant souriant (Ernst Lubitsch, 1931)


Brillante comédie basée sur une opérette de Leopold Jacobson et Felix Dormann. C’est drôle, pétillant et plein de métaphores sexuelles. C’est du pur Lubitsch. Il faut voir la séquence qui lance l’intrigue, où des regards mal perçus entraînent les quiproquos. Le comique nait d’un montage magistral. Maurice Chevalier est particulièrement à son aise dans le rôle de ce lieutenant jouisseur. Son jeu, basé sur une perpétuelle complicité avec le public, est comme une ébauche de son travail sur le chef d’oeuvre tourné l’année suivante: Une heure près de toi, où ses adresses à la caméra sont restées dans les annales.
Enfin, la fantaisie laisse poindre une émotion inattentue lorsqu’à la fin, les auteurs se servent des impératifs conventionnels pour magnifier le personnage de Claudette Colbert et approfondir le récit. L’élégance de ce Lieutenant souriant est décidément infinie.

Monte-Carlo (Ernst Lubitsch, 1930)

Durant toute sa première partie, Monte-Carlo est frivole, léger, drôle et brille par l’inventivité de sa mise en scène; inventivité qui se manifeste d’abord dans les gags. Le comique est typique de Lubitsch, jouant magistralement des ellipses et des métaphores (à ce titre, le moment du shampoing/plaisir sexuel est particulièrement gratiné). Une séquence, au début, suffit à comprendre l’esprit de cette charmante opérette: Jeanette MacDonald à la fenêtre de son train chante une chanson, Beyond the blue horizon qui deviendra son tube; elle est alors reprise en choeur par les ouvriers dans les champs. Ce passage fait montre d’une fantaisie débridée mais pas ostentatoire, il fait montre d’une confiance tranquille dans le pouvoir enchanteur du cinéma. Cette confiance fait d’autant plus plaisir à voir qu’à cette époque (début du parlant), les producteurs n’osaient guère les séquence musicales qui n’avaient pas pour cadre la scène.
On regrettera simplement qu’à sa fin, la délicieuse opérette épicurienne sombre dans la guimauve conventionnelle. De plus, Jack Buchanan est un élégant jeune premier mais il est loin d’être aussi à son aise que Maurice Chevalier, acteur génial dont le jeu ironique et malicieux était en parfaite symbiose avec le style de Lubitsch. Nous y reviendrons.