Une aussi longue absence (Henri Colpi, 1961)

Une femme retrouve un homme qui avait été envoyé dans les camps.

Artificiel, lourd, prétentieux, mortellement ennuyeux à force de lenteur affectée, encore plus ridicule qu’un sketch des Inconnus sur le cinéma d’auteur. L’occasion de vérifier:
1. que l’engouement d’un temps (ce navet reçut la palme d’or et le prix Louis-Delluc) n’est pas toujours destiné à passer à la postérité. Les snobs qui se croient fins en portant aux nues des impostures telles que Weerasethakul ou Sokourov feraient bien d’en prendre de la graine.
2. que Marguerite Duras, qui a écrit le film et qui a marqué chaque dialogue de son navrant sceau, est peut-être ce qui est arrivé de pire au cinéma.
Reste la chanson composée par Delerue et chantée par Cora Vaucaire. Elle est jolie mais elle se passe très bien du film.

La méprise (Alan Bridges, 1973)

Une jeune veuve de l’aristocratie anglaise retrouve le goût de la vie grâce à un chauffeur…

Cela commence comme une jolie bluette mais c’est en fait un mélodrame très cruel parce que ce qui était promis par le début n’adviendra pas. Sarah Miles est excellente, comme toujours lorsqu’elle tient ce genre de rôle. C’est sans doute la relative platitude de la mise en scène d’Alan Bridges qui a empêché cette palme d’or de passer à la postérité. Pas indigne mais pas génial non plus.

4 mois, 3 semaines, 2 jours (Cristian Mungiu, 2007)

Dans la Roumanie de Ceaucescu, le périple de deux jeunes filles pour avorter l’une d’entre elles.

Vous connaissez tous déjà, je pense, la fameuse palme d’or roumaine. Que dire si ce n’est que ce filmage en plans-séquences, que ce perpétuel nez dans le guidon est à la fois la force et la limite du film? Coller aux héroïnes permet de se centrer sur l’action, de faire ressentir les choses d’une façon directe sans passer par le discours. Mais l’absence de toute mise en perspective limite la portée de l’oeuvre.  Ainsi, on aperçoit beaucoup de pistes intéressantes durant la sordide équipée des deux filles mais aucune n’est jamais vraiment traitée faute d’une vision d’ensemble englobant le sujet. Mungiu embrasse beaucoup mais n’étreint pas. Pourquoi d’ailleurs avoir placé cette histoire sous Ceaucescu? Finalement, le cinéaste ne montre rien de spécifique à une dictature. En définitive, la ligne directrice de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, son sujet profond, est peut-être à chercher dans le sens de l’amitié qui motive l’héroïne.

Ces messieurs dames (Pietro Germi, 1965)

Trois sketches sur l’hypocrisie des Italiens qui n’en ratent pas une pour tromper leur conjoint.

Caricature de comédie italienne. On peut lui faire les mêmes reproches qu’à certains films français d’après-guerre, tel Occupe toi d’Amélie: noirceur de pacotille, complaisance dans la bassesse, cynisme qui tient plus de la paresse morale que des enseignements d’Antisthène, jeu d’acteur réduit à de vaines gesticulations, absence de finesse et de subtilité. Heureusement, Virna Lisi illumine le film. Ses fossettes, ses yeux, la courbe de ses hanches, d’une beauté si singulière et si évidente, constituent la plus éclatante des parades au frelaté de cette représentation de pantins qui se prétend étude de moeurs. Virna Lisi est un ange que l’esprit des auteurs, aussi étriqué et vil soit-il, ne peut pas atteindre.

Que ce film justement tombé dans l’oubli ait été palmé à Cannes alors que les chefs d’oeuvre antérieurs de Risi (Le fanfaron), Monicelli (La grande guerre) ou Comencini (La grande pagaille) avaient été purement et simplement ignorés par le comité de sélection n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’inanité des jugements de cette réunion de pingouins qui trop souvent a préféré les ersatz aux authentiques bons films.

Yol, la permission (Y?lmaz Güney et ?erif Gören, 1982)

Un panorama de la société rurale turque à travers l’histoire de cinq détenus en permission. L’auteur kurde, Y?lmaz Güney, sait de quoi il parle puisqu’il a dirigé le film en donnant des indications à son assistant, ?erif Gören, depuis sa cellule avant de s’évader pour le monter clandestinement. L’oeuvre ne se limite pas à un pamphlet contre le régime en place pusique l’oppression sociale vient d’abord de traditions ancestrales montrées dans toute leur horreur. Nombre des intrigues déroulées par le scénario tournent autour des crimes soi-disant d’honneur. Yol est un film âpre dont l’intérêt va au-delà de l’exotisme de la culture dont il est issu. La vision fondamentalement humaniste qui le traverse donne lieu à une poignée de séquences déchirantes.