Le gouffre aux chimères (Ace in the hole, Billy Wilder, 1951)

Waouh !
Un des pamphlets parmi les plus violents, les plus percutants jamais réalisés à Hollywood. A travers cette histoire de journaliste qui fabrique ses scoops en jouant avec la vie d’un homme, Wilder le moraliste pourfend l’ensemble d’une société avide, désœuvrée, et surtout profondément malade. Le scénario brillant montre les multiples conséquences sociales de l’évènement à travers une galerie de personnages dont l’arrivisme est révélé au fur et à mesure du film; chacun -à quelques exceptions près- va chercher à tirer parti de la situation dramatique. Et c’est la crédibilité et la rigueur avec laquelle les motivations de chacun sont exposées qui rend le film aussi fort. Ce qui fait la beauté de l’oeuvre, c’est que tout en étant une fable, elle nous montre des personnages profondément humains y compris et surtout s’ils sont antipathiques. Ainsi, à la fin de chaque journée le journaliste boit un verre. Seul. Cet alcoolisme quotidien montre, subtilement mais clairement, bien avant le retournement final, que malgré son cynisme, il est le premier miné par sa mirifique combine. Hallucinant Kirk Douglas qui trouve ici un rôle à la pleine mesure de son talent expressif. Tour-à-tour séducteur, avide, violent et finalement meutri. Ce comédien -à la filmographie exceptionnellement riche en chefs d’oeuvre divers et variés- trouve ici son plus grand rôle. Enfin, la sécheresse de la mise en scène rend les séquences chocs d’autant plus percutantes. Billy Wilder -auteur de Assurance sur la mort– a mis en images Le gouffre aux chimères comme un film noir « hard-boiled ». Le plan final est d’ailleurs un des plus mémorables de l’ensemble de son oeuvre.