Police judiciaire (Maurice de Canonge, 1958)

Au 36 quai des orfèvres, le quotidien de la police judiciaire.

La volonté documentaire se traduit par le refus de la dramatisation, l’absence de caractérisation individuelle des personnages et, si celle-ci est intentionnelle, la grisaille de la photo mais cela n’empêche pas l’artifice du montage alterné, destiné à montrer que différentes affaires sont traitées en même temps, de se faire lourdement sentir. Over-chiant.

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Les cousins (Claude Chabrol, 1959)

Pour ses études, un provincial débarque chez son cousin parisien et quelque peu décadent.

Que l’opposition entre le naïf fils à sa maman et le cynique gosse de riches est caricaturale! Le provocateur détachement des auteurs par rapport aux dérives fascistes de ce dernier ne diminue en rien la pesanteur de l’expression d’un pessimisme pas moins facile que celui de Bost et Aurenche; l’examen de fin d’année est un deus ex machina des plus risibles. Les séquences de fête sont particulièrement ennuyeuses de par leur redondance même si on y décèle une utilisation signifiante de la caméra par le jeune Chabrol (voir ce plan où les invités apparaissent comme dans un aquarium). Le summum du grotesque est atteint avec l’homicide final sur fond de Liebestod.

La dilettante (Pascal Thomas, 1998)

Après avoir plaqué son dernier mari, une femme débarque à Paris et retrouve ses deux enfants…

Où Pascal Thomas et Jacques Lourcelles ont-ils voulu en venir? Ce portrait féminin manque d’unité. La faute en incombe d’abord à la construction narrative: plusieurs séquences sont redondantes (l’héroïne qui annonce à trois personne différentes qu’elle est amoureuse d’un prêtre) tandis que certaines ellipses apparaissent comme des facilités (les collégiens qui nettoient leur bahut dans la joie et la bonne humeur). Le temps d’un flash-back inattendu ou d’une crise de nerfs dans un parloir, on discerne bien les déséquilibres induits par une existence de « dilettante » mais le traitement du drame, notamment la relation avec la fille, demeure aussi superficiel que le personnage.

Pourtant, en dépit de ces lacunes, La dilettante est un des derniers vrais bons films de Pascal Thomas. Il y a d’abord cette qualité de regard propre à l’auteur des Zozos. Aussi à l’aise à Pantin qu’à Neuilly, il filme la France de son époque sans vouloir-dire sociologique mais avec un décalage léger et douillet (pour ne pas dire doucereux). Après Les zozos mais avant Le grand appartement, la distance entre patrie rêvée et patrie réelle reste supportable et stylisation n’est pas encore mise sous cloche. Dialogues ciselés, loin de tout naturalisme, et comédiens typés (merci d’avoir été dégoter Odette Laure!) participent de cette tendre ironie. Enfin, l’accord entre Catherine Frot et son personnage relève du miracle. C’est la raison principale pour laquelle La dilettante demeure un film à voir.

Mimi Pinson (Robert Darène, 1958)

Une jeune fille habitant une chambre mansardée sur l’île Saint-Louis est menacée d’expulsion mais le représentant de la société propriétaire tombe amoureux d’elle.

Pas si nul qu’on aurait pu l’imaginer. D’abord, il y a le plaisir de voir les quais parisiens et les Halles dans les années 50. Robert Darène filme ça sans génie mais respectueusement des lieux et des personnes. Il évite les raccords superflus. Ensuite, en mettant en scène une jeune fille préférant habiter dans un studio peu fonctionnel mais charmant du centre de Paris plutôt qu’un confortable appartement moderne en banlieue, cette transposition auto-réflexive de la pièce de Musset effleure le sujet éternel mais assez peu traité au cinéma de la jeunesse bohème (aujourd’hui on dirait « bobo »). Le style un peu terne de Darène empêche une véritable célébration de l’anticonformisme solaire de son héroïne mais c’est mignon sans être tout à fait niais.

Le valet de coeur (A gentleman of Paris, Harry d’Abbadie d’Arrast, 1927)

La complicité entre un noceur parisien et son domestique s’effrite lorsque ce dernier se rend compte que son maître a aussi séduit son épouse.

Une comédie américaine au ton tout à fait exceptionnel. Bien sûr, le décor parisien, la présence du grand Adolphe Menjou et le classicisme parfait de la mise en scène rappellent L’opinion publique; cette analogie est d’autant plus facile à déceler si on se rappelle que Harry d’Abbadie d’Arrast fut l’assistant et le grand ami de Chaplin. Bien sûr, les personnages mondains et la maîtrise du hors-champ gaguesque évoquent Lubitsch. Toutefois, A gentleman of Paris est à ma connaissance la seule comédie hollywoodienne où la relation entre un aristocrate et son domestique vient alimenter et parasiter le sempiternel jeu du désir et de la convention sociale. Cette relation est dépeinte avec une élégante lucidité et un génial sens de l’ironie dont je ne connais d’équivalent que dans les films de Sacha Guitry.

 

P’tit con (Gérard Lauzier, 1984)

Agé de 18 ans, un fils de bourgeois pétri d’idées gauchistes quitte le domicile de ses parents…

Peut-être le meilleur film de Gérard Lauzier. D’abord, le satiriste est en verve et le spectateur se marre bien. Ensuite, son éternel cynisme n’empêche pas une certaine tendresse pour les personnages d’affleurer ici et là. Enfin, pour une fois, le récit va jusqu’au bout de sa logique et les contradictions soulevées ne sont pas artificiellement escamotées à la fin. Bref, la justesse et la fantaisie l’emportent sur le prêt-à-penser réac.