Sergil chez les filles (Jacques Daroy, 1952)

A Marseille, l’inspecteur Sergil enquête sur le meurtre de la femme de chambre d’un hôtel de passes.

Quelques prises de vue des rues autour de Notre-Dame de la Garde sont tout ce que l’on peut trouver de vaguement intéressant dans ce bas de panier de la série B franchouille où Daroy se montre certes moins nul que Dally. Même Paul Meurisse est sous-employé.

Bethsabée (Léonide Moguy, 1947)

Dans un poste militaire d’Afrique du Nord, l’arrivée de la fiancée d’un officier trouble le mess en réveillant des passions enfouies.

Une intrigue aussi inextricable que celle de Bethsabée aurait nécessité un traitement plus distant de façon à tirer le film vers la tragédie mais la vulgarité totale et veule de Léonide Moguy, qui va jusqu’à ôter à Danielle Darrieux sa grâce naturelle, l’abaisse dans une mièvrerie impossible.

La dame d’onze heures (Jean Devaivre, 1947)

Un explorateur accueilli chez des amis riches enquête sur des lettres anonymes puis des meurtres…

Polar baroque et échevelé à l’inventivité formelle et narrative assez exceptionnelle dans le cinéma français des années 40. Les trouvailles commencent dès le tout-début puisqu’en lieu et place du générique, le spectateur a droit à une version abrégée et commentée du film qu’il va voir, ce qui le propulse dans une atmosphère de mystère comme le ferait le quatrième de couverture d’un roman policier anglais. Tout ça est assez superficiel -les auteurs usent de moyens compliqués pour raconter des histoires convenues- mais plaisant d’autant que les acteurs -en tête desquels Paul Meurisse, dégingandé et alerte émule de Rouletabille- sont parfaits.

L’assassin connaît la musique (Pierre Chenal, 1963)

Un musicien père d’une belle jeune fille cherchant à épouser une riche veuve catholique se découvre un don pour le meurtre.

Une réjouissante petite comédie policière. L’humour noir et absurde peut rappeler les Anglais de Ealing mais le sens de la caricature légère, la pointe de burlesque et les notations (auto)parodiques me font plus penser au Goscinny du Viager ou des Gaspards. Le jeu sur les voix-off, le détachement de Paul Meurisse, le cabotinage de Maria Shell, la belle galerie de seconds rôles et le cynisme particulièrement inspiré des vannes sont franchement savoureux. L’irrésistible confrontation entre Meurisse et Noël Rocquevert vaut à elle seule l’intégrale des films de Michel Audiard. On saura gré aussi à l’auteur de maintenir la logique dans le déroulement de son intrigue, de ne jamais complètement sacrifier celle-ci à la dérision, sachant maintenir entre la composante « comédie » et la composante « policière » de son film un indispensable équilibre. Tout cela ne se prend pas au sérieux et reste modeste mais de plus grands cinéastes ont plus mal fini leur carrière que le décidément estimable Pierre Chenal.

L’affaire des poisons (Henri Decoin, 1955)

L’histoire, brodée autour de faits historiques, de madame de Monstespan qui alla voir une alchimiste pour retrouver les faveurs du Roi amouraché d’une gamine de 17 ans…

Ce genre de sujet qui aurait ravi un Riccardo Freda (le film est une coproduction avec l’Italie) ne sied guère au respectable Henri Decoin. Il y a bien quelques scènes de tortures assez impressionnante mais ce film foncièrement académique est à l’image de son Technicolor: falot. Le scénario est de plus assez mal construit: le drame, celui de ces femmes vieillissantes et jalouses, ne s’amorce véritablement que dans le dernier quart du film, le reste pouvant être considéré comme une exposition longuette mâtinée de scènes folkloriques ridicules et dispensables; ainsi de ce qui a trait aux messes noires. En ces conditions, la distribution d’actrices, a priori éblouissante, ne brille guère.

Macadam (Marcel Blistène, 1946)

Un voyou sanguinaire s’installe dans un bouge dont il a autrefois connu la tenancière…

Jacques Feyder à la direction artistique, la sympathique gouaille de Françoise Rosay, la présence du jeune Paul Meurisse ainsi que de la trop rare Andrée Clément et le dénouement immoral ne compensent ni la grossière accumulation de poncifs qui tient lieu de scénario ni la parfaite nullité de la mise en scène.

La tête contre les murs (Georges Franju, 1959)

Un bourgeois fait interner son fils asocial à l’hopital psychiatrique.

La tête contre la murs vaut surtout pour sa mise en scène qui nimbe le film d’une aura irréelle, sans être vraiment fantastique. Sans ostentation, sans volonté trop affichée de paraître original, Georges Franju arrive à donner une impression de neuf. Songeons à la séquence de vol du début, qui n’a rien d’une séquence de vol grâce entre autres à la musique de Maurice Jarre (paix à son âme) qui fait un judicieux contrepoint à l’image. D’une manière générale, le travail sur le son dans La tête contre les murs est fabuleux mais la poésie se manifeste à tous les niveaux de la mise en scène, des seconds rôles mémorables (Aznavour) à la photographie d’Eugène Schufftan en passant par le visage et le corps d’Anouk Aimée. Cette élégante étrangeté de la forme remet en cause les repères habituels entre folie et respectabilité sociale. Certes, tout n’est pas complètement réussi dans le film. La dérision facile et inadéquate insufflée par le style décalé aux scènes d’évasion montre que Franju n’est pas très à l’aise dans l’action. Le manichéisme incarné dans les deux docteurs opposés est également regrettable, il ramène l’oeuvre  du côté du film à thèse, altérant un peu sa grâce. La tête contre les murs n’en reste pas moins un très beau film.