Ladies of leisure (Frank Capra, 1930)

Un jeune peintre issu d’une famille riche fait d’une noceuse son modèle…

Ce film de 1930 est assez significatif de la régression artistique qu’a entraîné, durant les quatre ou cinq ans qui ont souvent été nécessaires aux cinéastes pour maîtriser la nouvelle technique, l’invention du parlant. Alors que Frank Capra avait sur un thème analogue réalisé des comédies muettes merveilleuses de vitalité, cette nouvelle variation autour des chercheuses d’or et des fils de bonnes famille n’est pas convaincante. Cette adaptation d’une pièce de théâtre pèche d’abord par manque de rythme dans la narration. Après une bonne exposition, l’intrigue stagne pendant à peu près une heure. De plus, ce sont désormais les dialogues, dits lentement comme c’était la règle à l’époque, et non les idées visuelles qui racontent l’histoire. Le découpage est bien moins précis qu’il n’a pu l’être auparavant chez Capra.

Par ailleurs, les acteurs n’ont visiblement pas  intégré l’idée que l’arrivée de la parole permet de jouer d’une façon plus nuancée. Ainsi de la scène où Barbara Stanwyck éclate en sanglots à la table de son amoureux. C’est quelque chose qui aurait pu être émouvant dans un film muet, dont la mise en scène est d’ordinaire plus schématique que celle d’un parlant. En l’espèce, ses pleurs sonnent faux et exagéré, à l’image de l’ensemble du film. Ladies of leisure est donc un Capra pour le moins oubliable mais notre homme allait très vite, plus vite que nombre de ses collègues, apprendre à nous livrer des pépites parlantes.

L’enquête de l’inspecteur Morgan (Blind date , Joseph Losey, 1959)

Se rendant à un rendez-vous galant avec une femme de la haute-société, un jeune peintre est accusé du meurtre de sa maîtresse. Pour tenter de se disculper, il raconte leur histoire à l’inspecteur de police…

Blind date est un bon polar dans lequel apparaît la thématiques chère à Losey des désirs sexuels venant s’immicer dans la bonne marche des rapports de classes. Compte tenu de l’acharnement de la police contre le jeune homme, on aurait pu craindre un discours gauchiste un peu lourd mais les personnages s’éloignent de leurs archétypes dans la dernière partie du récit et rendent du coup le film plus subtil qu’il n’en avait l’air. Le jeu de Hardy Kruger dans le rôle principal paraît affecté mais Micheline Presle est superbe.

Age of consent (Michael Powell, 1969)


Un peintre en exil sur une île australienne rencontre une très jeune fille qui y habite avec sa grand-mère, jeune fille dont il va faire sa modèle…
L’avant-dernier film de Michael Powell n’est pas inoubliable. De fait: dans l’oubli il est plus ou moins tombé. La faute d’abord à un scénario médiocre dont l’indigence éclipse les quelques attraits de l’œuvre. Le film reste en surface de ce qu’il aborde. La piste narrative principale, la plus intéressante, la relation entre le peintre et sa modèle, est parasitée par l’amourette de l’ami du peintre qui n’a strictement aucun intérêt. Heureusement, Age of consent est interprété par de bons comédiens qui parviennent malgré tout à faire exister leurs personnages. James Mason en Robinson volontaire qui porte beau la barbe en impose et la semi-sauvageonne jouée par Helen Mirren, sorte de cousine éloignée de la renarde, a droit à quelques unes des plus belles séquences du film, notamment celle où elle prend conscience dans sa chambre du potentiel de séduction de son corps. Oui, Age of consent est aussi le film d’un vieux monsieur libidineux et c’est ce qui le sauve de l’inintérêt total. Helen Mirren est magnifiquement filmée. De plus, s’il a perdu Pressburger, le cinéaste n’a pas perdu son talent de coloriste qui se manifeste toujours dans la composition des plans, le choix des accessoires; il use et abuse de ces décors naturels édéniques: les plages australiennes.
Bref, comme il n’a pas grand-chose à raconter, Powell se fait plaisir en filmant ce qui lui plait: les animaux, les panoramas de carte postale, le corps bronzé et charnu d’Helen Mirren, les fonds-sous marins, voire les deux à la fois (Helen Mirren qui plonge toute nue)…d’où malgré la pauvreté narrative de l’ensemble, un charme ténu mais certain.