Lilith (Robert Rossen, 1964)

Un jeune homme se fait engager dans un asile et tombe amoureux d’une schizophrène.

Le montage alambiqué et esthétisant qui abuse des surimpressions peine à masquer l’indigence du récit (on est très loin de La toile d’araignée). Reste le plaisir de contempler deux acteurs sublimes dont les visages sont magnifiquement photographiés par Eugene Shuftan: Jean Seberg et Warren Beatty.

 

L’envoûtement (Split Image, Ted Kotcheff, 1982)

Un brillant étudiant américain est happé par une secte…

Une série B « engagée » qui fait penser à du Fuller d’entrée de gamme. Il y a des scènes grossières mais une certaine honnêteté permet aux auteurs d’aborder franchement les contradictions dialectiques de leur sujet. Ainsi, le dégoût de son milieu qui a poussé l’étudiant a rejoindre la secte n’est ni éludé ni artificiellement résolu.

Larry le dingue, Mary la garce (Dirty Mary Crazy Larry, John Hough, 1973)

Deux hommes qui viennent de dévaliser une épicerie sont pris en chasse par la police de l’état et une fille s’est incrustée dans leur voiture…

Personnages et intrigue sont réduits à portion congrue au profit de dantesques courses-poursuites. C’est un peu ennuyeux à la longue mais ça rappellera de chouettes parties à ceux qui ont joué à Driver sur Playstation.

L’or de la vie (Ulee’s gold, Victor Nuñez, 1997)

Un vétéran du Viet-Nam apiculteur élève ses petites-filles après que son fils ait braqué une banque et sa bru sombré dans la drogue. Un jour, le fils renoue le contact avec son père depuis sa prison…

Avec Jardins de pierre de Coppola, Ulee’s gold est le film contemporain le plus fordien qu’il m’ait été donné de voir. On y voit un homme attaché aux valeurs traditionnelles qui, pour préserver sa famille, est forcé de se coltiner une réalité sociale plus ou moins lamentable que, jusqu’ici, il préférait nier. Evidemment, le fait que ce soit Peter Fonda qui joue cet homme appuie la réminiscence.  L’intrigue est simple mais le prétexte dramatique est plus important et plus conventionnel que dans Ruby in Paradise. On peut regretter la présence de méchants au caractère unidimensionnel. Ceci dit, c’est également le cas dans plusieurs chefs d’oeuvre de Ford même s’ils n’y sont pas soumis à de regrettables facilités dramatiques. De plus, de la même façon que son héros se coltine les cas sociaux, Nuñez se coltine les conventions policières et les détourne intelligemment au profit de ses personnages. Voir par exemple la façon inattendue mais tellement logique dont Ulee neutralise la menace des méchants dans le marais.

L’intrigue est donc simple mais le récit est plein de ramifications. Le film est fait de petites touches, de séquences impressionnistes qui donnent la part belle aux divers personnages ainsi qu’aux paysages de Floride (Ulees’ gold s’ouvre et se clot sur de superbes plans de marécages balayés par une lumière mordorée). En dehors d’une musique parfois plombante, la réalisation est très simple, dénuée de tout ornement plastique.  Ce qui compte, c’est la vérité de personnages ancrés dans leur réalité géographique et sociale. Ainsi, une des bonnes idées du scénario est de faire intervenir les ennuis d’Ulee au moment de son pic d’activité annuel en tant qu’apiculteur. Cela donne lieu à de belles séquences sur son lieu de travail, au milieu des fameux tupelos chantés par Van Morrisson, mais cela affecte aussi la narration puisque le vieil homme s’en trouve affaibli lorsque le moment vient d’affronter les malfrats. Le corps usé de ce vétéran boiteux est particulièrement important pour sa caractérisation puisqu’en fait de psychologie, les auteurs se contentent du strict minimum nécessaire à la compréhension des motivations des personnages.

Bref, sans discours, sans vouloir-dire mais en prenant le temps de raconter une belle histoire, Nuñez montre les choses telles qu’il les voit dans le pays qui est le sien.