Du haut en bas (G.W. Pabst, 1933)

Tranche de vie dans un immeuble aux habitants divers et variés.

Du haut en bas est une chronique hétérogène dotée d’une distribution exceptionnelle où chacun joue parfaitement sa partition habituelle: Gabin en jeune premier gouailleur, Michel Simon en marginal ruiné et désinvolte, Milly Mathis en truculente cuisinière, Pauline Carton en charitable couturière, Peter Lorre en mendiant inquiétant…Tout ceci bien sûr n’est guère original et les velléités sociales manifestées par les intrigues de domestiques maltraités ou de locataires expulsés ont vite fait de s’estomper devant les conventionnelles romances mais c’est vivant, habilement mené et donc sympathique.

Crime et châtiment (Josef Von Sternberg, 1935)

Un étudiant en criminologie tue une vieille usurière avant d’être accablé par le remords.

Il ne faut pas s’attendre à retrouver les longs dialogues, les multiples personnages secondaires, les dissertations hallucinées sur Dieu et l’environnement particulièrement sordide du fort peu cinégénique chef d’oeuvre de Dostoïevski dans un film américain des années 30. Passé ce deuil, on peut se rendre compte que cette adaptation hollywoodienne n’est pas franchement mauvaise. Les dilemmes moraux d’une portée inouïe dans le roman sont évidemment largement simplifiés mais vous aurez beau édulcorer un bon café italien, il restera toujours une trace de la saveur originelle…Ben c’est pareil avec Dostoïevski.

Bien que théâtral et trop verbeux, le film de Josef Von Sterberg a plusieurs qualités au premier rang desquels figure la belle photographie signée Lucien Ballard. Les contrastes sont marqués, il y a un remarquable travail sur les ombres qui pourra paraître vain à certains mais qui sauve le film de la platitude plastique. Edward Arnold est un excellent Porphyre, peu sympathique mais discrètement tenace. Peter Lorre est trop vieux pour incarner l’étudiant Raskolnikov mais il exprime bien les tourments du personnage.

Reste que l’esthète Von Sternberg n’était sans doute pas le cinéaste le plus apte à retranscrire la folie du romancier russe à l’écran et que son film manque d’émotion, que les quelques scènes pathétiques sont sans intérêt. Adapter Dostoïevski implique de ne pas avoir peur de plonger la tête la première dans le mélo (c’est ainsi que Rocco et ses frères est le plus grand chef d’oeuvre de cinéma dostoïevskien). D’où un film raté malgré ses indéniables qualités.

Intrigues en Orient (Background to danger, Raoul Walsh, 1943)

Un agent américain contrecarre les plans des nazis visant à ce que la Turquie déclare la guerre à l’URSS.

Ce rocambolesque film d’espionnage est un produit typique de la Warner à l’époque de son firmament. On retrouve Sydney Greenstreet en salaud nazi et Peter Lorre en fourbe. Certaines péripéties aberrantes montrent que le scénario a dû être écrit à l’arrache mais ces 80 minutes sont suffisamment mouvementée, rythmées et fantaisistes pour constituer un agréable divertissement.

L’homme perdu (Der Verlorene, Peter Lorre, 1951)

Difficile en regardant cette unique réalisation de Peter Lorre de ne pas songer à M le maudit. Le film plonge dans le passé d’un médecin assassin travaillant dans un camp de réfugiés. La déliquescence morale liée au nazisme est évidente dans la mesure où désormais, le tueur n’est plus traqué mais protégé par le pouvoir. Pour peu qu’il reste docile. Même si l’influence de Lang est évidente, le style de Lorre cinéaste est plus baroque: les contrastes sont très marqués, la musique dramatisante et les gros plans nombreux.
Un poème morbide que l’absence totale -et éprouvante pour le spectateur- d’optimisme rapproche des films que Lang allait tourner trois ou quatre ans après (L’invraisemblable vérité par exemple).