Tous peuvent me tuer (Henri Decoin, 1957)

Après avoir dérobé des bijoux, des malfaiteurs se font volontairement emprisonner pour un délit mineur de façon à avoir un parfait alibi. Pendant leur détention, ils meurent un à un…

La fumeuse résolution de l’intrigue trahit le manque d’ambition des auteurs mais Henri Decoin découpe ça avec une efficacité plastique digne des films noirs de Hathaway et son film se suit avec plaisir. La mise en scène (découpage, éclairage, direction d’acteurs) peut même transmettre une certaine poésie: ainsi de la scène du parloir, presque géniale. Les acteurs sont biens, en particulier Francis Blanche et le jeune et déjà savoureux Jean-Pierre Marielle.

Les rayons de la mort du docteur Mabuse (Hugo Fregonese, 1964)

Un agent secret anglais est chargé de contrer un diabolique professeur qui a mis au point une arme redoutable.

Comme son résumé le laisse entendre, ce tardif opus de la série initiée par Fritz Lang est très influencé par James Bond qui faisait alors fureur. Des jolies filles en petite tenue, le décor agréablement touristique de l’île de Malte, l’arme surpuissante symbolisant évidemment la bombe atomique…Tout ceci est mis en scène avec ce qu’il faut de distance ironique pour rester amusant malgré l’évidente débilité de l’histoire racontée. Ajoutons au crédit du film qu’il y a des hommes-grenouilles. Les rayons de la mort du docteur Mabuse est donc une plaisante série B.

Le diabolique Dr Mabuse (Fritz Lang, 1960)

La police enquête sur le Docteur Mabuse qui serait de retour dans un grand hôtel.

Pour son ultime film, Fritz Lang retrouve le docteur Mabuse. Ce dernier opus est peut-être le meilleur des quatre épisodes qu’il réalisa. En quarante ans, le cinéaste a beaucoup progressé dans le sens de l’épure. Le diptyque muet n’était ni plus ni moins que du Fantomas avec des décors bizarres (autant dire que le regarder en entier aujourd’hui nécessite une bonne dose d’indulgence) et le suivant avait une forme nettement plus rigoureuse et concise mais souffrait tout de même d’une lenteur incertaine liée aux débuts du parlant.

A mesure qu’elle tend vers l’abstraction, la mise en scène de Fritz Lang  met à nu la mécanique diabolique du docteur, ce qui autorise de la part du spectateur les interprétations les plus variées (totalitarisme, crise financière, métaphore de la mise en scène, vidéo-surveillance…). C’est en ça que Mabuse se distingue du vulgaire feuilleton à la Fantomas (qui, comme Mabuse, revenait d’ailleurs en ce début des années 60) et c’est ce qui rend les deux derniers films de la série intemporels. Tout, dans ce dernier film, respire la perfection. Il n’y a pas de graisse. Les décors sont neutres, la photo est d’une blancheur rigoureusement impersonnelle, la musique est quasi-absente, le lieu est unique et surtout l’intrigue, colonne vertébrale du film, est impeccable. Il y a aussi une légèreté du style qui tranche d’avec la pesanteur des tragédies que le cinéaste réalisa auparavant à Hollywood.

Fritz Lang pouvait-il aller plus loin dans l’épure, dans l’effacement de sa personnalité au service du matériau? Dans Le diabolique Dr Mabuse, il atteint un point de non-retour. Tout effet de signature est absent alors que sa présence derrière chaque plan est évidente. Les qualités de précision de sa mise en scène notamment ne peuvent appartenir qu’à un vieux maître de son acabit.