L’homme du large (Marcel L’Herbier, 1920)

En Bretagne, un pêcheur voit son fils mal tourner à force d’avoir été complaisant avec lui.

La nouvelle de Balzac a été affadie par l’ajout d’un personnage de grande soeur et par le plaquage du happy end. De plus, les fioritures visuelles de Marcel L’Herbier altèrent l’âpreté de la représentation. Toutefois, la haute tenue technique (les variations d’échelle de plan pendant la séquence de fête m’ont même paru inédites pour 1920) rend l’oeuvre digne d’intérêt car ainsi, on ne s’ennuie pas trop.

Les fruits de l’été (Raymond Bernard, 1955)

Pour ne pas entraver la carrière de son haut-fonctionnaire de mari dont elle est séparée depuis 10 ans, une mère laxiste entreprend de recadrer sa fille de 18 ans, complètement débauchée.

Derrière ses allures, racoleuses et moralisatrices, de « film français des années 50 sur les jeunes filles », Les fruits de l’été s’avère un vrai bon film grâce à l’équilibre entre les tons que parvient à maintenir Raymond Bernard: la loufoquerie de Jeanne Fusier-Gir et le ludisme lubitschien du passage en Allemagne n’entravent pas la prise au sérieux d’un récit tordu et soigné qui fait son miel de la vanité masculine comme de la rouerie féminine. Edwige Feuillère est d’une classe resplendissante.

El Dorado (Marcel L’Herbier, 1921)

En Espagne, une danseuse dont le fils est malade essaye de retrouver son ancien amant, un riche notable qui marie sa fille.

On voit bien que la narration est le cadet des soucis de l’esthète avant-gardiste Marcel L’Herbier tant son scénario accumule les poncifs sans la moindre rigueur dramatique. Le récit fait cohabiter deux lignes directrices (l’histoire de la mère et l’histoire de la fille) sans grand souci d’harmonie ou de cohérence. Quatre-vingt-treize ans après sa réalisation, ces lacunes dans l’écriture handicapent considérablement un film qui fit pourtant sensation à sa sortie et qui demeure intéressant à bien des égards.

Outre les flous délibérés de l’image qui peuvent paraître aujourd’hui un peu volontaristes, force est de constater l’inventivité dont Marcel L’Herbier fit preuve dans la technique du découpage. Cette inventivité n’est pas toujours formalisme stérile. Ainsi, la multitude et la variété des angles de prises de vue immergent le spectateur dans les scènes d’une façon encore plus poussée que chez Griffith (par exemple). C’est très sensible dans l’introduction.

Le travail sur le montage et la durée des plans préfigure quant à lui les grands cinéastes soviétiques. Si le suicide final n’a rien perdu de son intensité dramatique, il le doit, outre au jeu d’Eve Francis plus convaincante ici que dans les films de son mari Louis Delluc, au génie rythmique d’un cinéaste très influencé par l’impressionnisme musical. La musique de Marius-François Gaillard, symphonie en symbiose avec les images, contribue aussi aux reliquats de fascination qui peuvent émaner aujourd’hui de El Dorado. Cette musique aurait d’ailleurs été la première à être intégralement composée en fonction d’un film (d’après L’Herbier dans son entretien aux Cahiers du cinéma en 1968, Saint-Saens se serait contenté de sortir une partition d’un de ses tiroirs pour accompagner L’assassinat du duc de Guise en 1908).

Divine (Max Ophuls, 1935)

Une fille de province monte à Paris dans l’espoir de travailler au music-hall…

Un mélodrame ultra-conventionnel que la touche de Colette (scénariste dont la contribution est mise en avant par le générique à une époque où Max Ophuls n’avait pas la réputation qu’il a aujourd’hui) vient épicer un peu. Cette touche se résume en deux mots: saphisme et stupéfiants. Soit les ingrédients de la débauche qui guette la jeune et candide provinciale. Autant dire que, Colette ou pas Colette, l’histoire n’en reste pas moins balisée de bout en bout. Max Ophuls, lui, ne révèle sa présence derrière la caméra qu’en de rares intermittences.  Il y a une poignée de beaux mouvements d’appareil, notamment un fabuleux panoramique à 360 degrés qui révèle les coulisses du théâtre avec toutes les actrices en train de se préparer. La sophistication de la forme n’est pas vanité mais célèbre la vie, le travail. Ceci étant, Divine reste un film franchement mineur dans l’oeuvre du cinéaste.