Zig Zag story/Et la tendresse ! Bordel!… 2 (Patrick Schulmann, 1983)

Un peintre habitant avec un photographe obsédé sexuel tombe amoureux d’une animatrice de radio…

Ce deuxième volet officieux (Zig zag story fut renommé par son opportuniste éditeur vidéo) permet de mieux cerner la singularité de Patrick Schulmann qui s’avère un anarchiste réac, aussi sarcastique vis-à-vis de l’ordre bourgeois et policier que mélancolique face au manque d’amour vrai après la libération sexuelle.

D’ailleurs, plus que dans le premier opus, le titre est ici justifié par ce qui nous est raconté: une magnifique histoire où un grave accident fait naître des sentiments entre deux amants. Un peu comme dans Elle et lui. Les rebondissements surprenants, la frontalité de la narration et l’absence totale d’inhibition quant à toute notion de « mauvais goût » confèrent une grande force à cette histoire d’amour.

L’inventivité de la mise en scène est aussi bien burlesque que formelle: de savants enchaînements de catastrophes font avancer le récit et l’image est triturée dans tous les sens; ce qui n’est pas un jeu gratuit mais une source de gags divers et variés. Fils spirituel de Reiser et de Bunuel (géniale intervention des nonnes), Patrick Schulmann avait de la fantaisie à revendre, bien plus que les volontaristes du culturellement chic.

Son seul problème était de manquer de rigueur dans le dessein d’ensemble. Autour du couple central, Fabrice Lucchini interprète avec son habituelle finesse un personnage d’autant plus drôle qu’il est parfaitement univoque car mu uniquement par sa libido mais ce qui tourne autour de l’enlèvement de l’enfant ne fait que parasiter l’intrigue principale.

P’tit con (Gérard Lauzier, 1984)

Agé de 18 ans, un fils de bourgeois pétri d’idées gauchistes quitte le domicile de ses parents…

Peut-être le meilleur film de Gérard Lauzier. D’abord, le satiriste est en verve et le spectateur se marre bien. Ensuite, son éternel cynisme n’empêche pas une certaine tendresse pour les personnages d’affleurer ici et là. Enfin, pour une fois, le récit va jusqu’au bout de sa logique et les contradictions soulevées ne sont pas artificiellement escamotées à la fin. Bref, la justesse et la fantaisie l’emportent sur le prêt-à-penser réac.

Mes meilleurs copains (Jean-Marie Poiré, 1989)

A l’occasion du concert de leur chanteuse devenue une vedette, d’anciens membres d’un groupe de rock se retrouvent dans la maison de campagne de l’un d’eux.

Ce film nostalgique est l’occasion pour Jean-Marie Poiré de romancer sa jeunesse avec les Frenchies et Chrissie Hynde. Les flashbacks gentiment satiriques, propulsés par une voix-off très bien écrite, constituent le meilleur du film. La scène maoïste est particulièrement savoureuse. De Christian Clavier à Jean-Pierre Darroussin, les acteurs sont excellents. Cependant, en terme de mise en scène, l’ample prédominance des gros plans par rapport aux plans d’ensemble interroge. En découpant à la hache, Jean-Marie Poiré échoue à faire ressentir l’intimité des lieux, ce qui est, depuis La règle du jeu, un des grands plaisirs dispensés par les films français se déroulant dans une maison de campagne. Au rayon des bizarreries formelles, on note aussi le dernier mouvement d’appareil dont l’ostentation est contre-productive. C’est dommage car une mise en scène plus rigoureuse et plus attentive au cadre aurait peut-être introduit le naturel qui manque à un scénario s’avérant plutôt convenu et ne faisant jamais sortir les personnages de leur petites cases sociologiques. Mes meilleurs copains est donc un film amusant mais qui n’a pas la profondeur des grands films de potes tel Nous nous sommes tant aimésNous irons tous au Paradis ou Vincent, François, Paul et les autres.