La nuit des généraux (Anatole Litvak, 1967)

En Pologne puis en France occupée, enquête sur des meurtres sadiques de prostituées commis par un général allemand.

J’ai rarement vu un « whodunit » aussi prévisible mais le film, superproduction sans personnalité mais non dénué d’une intelligence minimale notamment dans le point de vue sur l’attentat du 20 Juillet, se suit quand même agréablement. Les sauts de la narration et la prestigieuse distribution y sont pour beaucoup. J’ai découvert que Omar Sharif pouvait avoir du charisme. Un effet de son uniforme bien coupé?

Noyade interdite (Pierre Granier-Deferre, 1987)

Pour y enquêter sur une série de meurtres, un inspecteur revient dans une station balnéaire où il a vécu.

L’intrigue policière est un peu incompréhensible mais les nombreux personnages de cette ville côtière assurent un certain tissu romanesque et les filles -Elisabeth Bourgine, Marie Trintignant, Gabrielle Lazure -sont jolies.

 

L’étoile du Nord (Pierre Granier-Deferre, 1982)

A Charleroi dans les années 30, après un crime sordide, un homme s’installe dans une pension de famille après avoir rencontré la fille de la tenancière en Egypte…

L’exposition semble alambiquée mais à partir de l’installation de monsieur Edouard chez madame Baron, L’étoile du Nord prend toute sa dimension mélancolique. Le film se focalise alors sur les diverses répercussions de l’insertion d’un voyageur hanté par des souvenirs plus ou moins fantasmés dans un milieu où tout est réglé par la cadence de l’habitude. En particulier, le réveil chez la tenancière des tendres regrets de la jeunesse est évoqué avec une admirable finesse. Ce dernier rôle au cinéma permit à Simone Signoret une sortie digne de son talent. Nostalgique, lunaire, bonhomme et inquiétant, Philippe Noiret a trouvé ici une des plus belles occasions de rappeler quel grand acteur il est. L’ambiance douillette et un brin rance de cette pension de famille est parfaitement restituée grâce notamment à des seconds rôles consistants, une jolie musique de Philippe Sarde et une bonne photographie de Pierre-William Glenn. Avec Le chat, cette nouvelle adaptation de Simenon serait-elle le plus beau film de l’inégal Granier-Deferre?

 

Cyrano et D’Artagnan (Abel Gance, 1964)

Au XVIIème siècle, Cyrano de Bergerac et D’Artagnan montent à Paris, l’un pour servir la reine l’autre pour servir le cardinal.

Le dernier « véritable » film d’Abel Gance ne dépare pas au sein de la filmographie de son auteur. Il est aussi mal fichu qu’attachant. Certes, le temps glorieux des expérimentations géniales est depuis longtemps révolu ; les quelques travellings accélérés ne font guère illusion : filmage et montage sont globalement sages. Il n’empêche : la liberté du créateur se manifeste pleinement dans ce film qui détonne franchement au sein de la production de son époque. Il y a d’abord le scénario, un des plus baroques, un des plus composites qu’on puisse imaginer. Puisant chez Rostand, chez Dumas aussi bien que dans l’Histoire de France, Cyrano et D’Artagnan n’en est pas moins du pur Abel Gance. C’est comme si, ne sachant brider son enthousiasme tout en se sachant au terme de sa carrière, le cinéaste avait voulu caser plusieurs films dans un seul. Ça commence comme un roman initiatique, ça continue comme un film de cape et épée, ça se poursuit comme une comédie galante…ça s’achève comme une fable de La Fontaine. Chacun de ces segments est autonome par rapport aux autres. L’amitié entre Cyrano et D’Artagnan sert de fil conducteur mais des ellipses qui échappent à l’entendement du spectateur ramollissent cette ligne dramatique.

Abel Gance s’attache en fait au portrait du bretteur-poète-rêveur-inventeur qu’était Cyrano, personnage dans lequel il se projette certainement. Les Trissotin pourront facilement moquer son éternelle naïveté mais ce n’est pas le moindre des mérites du vieux cinéaste que d’avoir su exprimer, par exemple dans la scène du duel contre la gigantesque horde de spadassins qui annonce Mon nom est Personne, quelque chose de la fascination du petit garçon en face du héros. La foi d’Abel Gance dans ce qu’il raconte, son indéfectible premier degré, la sincérité de son admiration pour les grands humanistes, lui permettent ainsi de faire partager au spectateur l’émerveillement de d’Artagnan lorsqu’il découvre le magnétophone créé par son ami,  insérant, au passage, des bouts de science-fiction dans son film de cape et épées. Sûr de son génie, le cinéaste dédaigne la vraisemblance et ne rend de comptes qu’à la Beauté: en témoignent également les magnifiques dialogues en vers. La photo rougeoyante et la beauté grave de la musique de Michel Magne accentuent le lyrisme de la mise en scène.

Le film est particulièrement bien distribué. José Ferrer insuffle une humanité mélancolique au héros tandis que Jean-Pierre Cassel est un parfait freluquet. Sylva Koscina et Daliah Levi en courtisanes Grand Siècle montrent qu’Abel Gance n’a pas perdu son goût pour les jolies jeunes femmes. Certains seconds rôles sont éminemment savoureux: l’ouverture avec Michel Simon en père handicapé de Cyrano conquiert d’emblée le spectateur.

Tout ça pour dire que, filmé par Abel Gance, Cyrano a mille fois plus de panache que filmé par Jean-Paul Rappeneau.

Chouans! (Philippe de Broca, 1987)

En 1793, un révolutionnaire et un noble, élevés par le même homme, se déchirent pour une femme.

Comparée à une superproduction hollywoodienne, la mise en scène de Philippe de Broca peut manquer de souffle mais cette lacune est compensée par la vivacité du rythme. Jamais Chouans! n’est lourd et la légèreté bienveillante du style fait que le film se suit avec un plaisir constant. La version courte est peut-être préférable à la version longue (destinée à la télévision) qui a certes le mérite de développer les personnages mais où la facilité de plusieurs ficelles romanesques a le temps d’apparaître aux yeux du spectateur. Ce d’autant plus que des acteurs aussi limités que les jeunes Lambert Wilson et Stéphane Freiss peinent à incarner les clichés qu’ils sont censés incarner.

Néanmoins, la représentation de la révolution française ne manque ni de justice ni de justesse. Exemple: la scène où, sommé par la femme qu’il aime, Kerfadec provoque le sinistre baron de Tiffauges en duel après avoir affiché son joyeux mépris pour la politique. Ici, de Broca saisit une certaine essence de l’aristocratie. On a connu Georges Delerue plus inspiré et les dialogues de Daniel Boulanger sont savoureux même s’ils versent parfois dans le mot d’auteur. Il y a aussi quelques apogées dramatiques joliment gérées (le couple de cavaliers qui se jette de la falaise!). En définitive, Chouans! est un film aimable dont la mauvaise réputation apparaît injustifiée.

Mes chers amis (Mario Monicelli, 1975)

Cinq amis partent en virée et font des farces.

En dépit de son extraordinaire succès public dans la péninsule, Mes chers amis ne saurait être considéré comme un chef d’oeuvre de la comédie italienne. Regarder des quinquas cyniques se foutre de leur environnement s’avère à la longue assez ennuyeux d’autant que les gags ne volent généralement pas très haut. Le style de Monicelli (comme celui de Germi qui fut l’instigateur du projet avant de le refiler à son pote pour cause de maladie) est nettement plus grossier que celui des véritables maîtres du genre (Risi ou Comencini) chez qui la précision de la satire pouvait aller de pair avec une attention profonde aux personnages et à leurs relations. Les gags avec Bernard Blier, savoureux quoique s’éternisant quelque peu, sont tout de même à retenir.

L’Africain (Philippe de Broca, 1983)

Pour le compte du Club Med, une femme part au fin fond de l’Afrique avec l’intention de construire un hôtel. Là-bas, elle va retrouver son ancien mari.

Comédie d’aventures dans la grande tradition de Broca. La partie « aventures » est convenue mais la partie « comédie » est délicieuse. L’Africain n’est ni plus ni moins que la meilleure comédie de remariage française. J’ose d’autant plus l’affirmer qu’il n’est pas loin d’être seul dans sa catégorie. Que ce soit lors des échanges piquants du début ou au moment de la danse au milieu de la brousse – moment suspendu dans le temps typique de de Broca qui permet à l’auteur de donner une profondeur sentimentale à ses personnages typés et brinquebalés par l’intrigue- l’alchimie entre Catherine Deneuve et Philippe Noiret emporte le morceau. La vérité de leur couple est celle du film.

Avec un tel sujet, on aurait pu craindre le message tiers-mondiste ou lénifiant mais il n’en est rien. Philippe de Broca, qui a été pilote dans la brousse, a l’intelligence d’éviter tout pêchi-prêcha et reste focalisé sur son couple de héros sans occulter les contradictions qui font leur singularité. L’ensemble est enlevé et on retrouve, en filigrane, le regard tendre et amusé de de Broca sur les « intellectuels de gauche ». Un film éminemment sympathique.

Les caprices de Marie (Phillippe de Broca, 1969)

Note dédiée à Arnaud

A Anchevine, petit village français tranquille, la très jolie Marie, choyée par l’ensemble de la communauté, rêve d’évasion. Lorsqu’un milliardaire américain de passage dans la région décide de l’épouser…

Le film est difficilement résumable en deux lignes tant ses enjeux dramatiques sont nombreux. C’est d’ailleurs une de ses limites que de n’en privilégier aucun, que de bifurquer en cours de route sans avoir exploité correctement les pistes esquissées auparavant. La superficialité narrative qui caractérise souvent les films de Philippe de Broca est ici un vrai défaut dans la mesure où elle n’est palliée ni par une intrigue parfaitement huilée (comme dans Le diable par la queue) ni par une mise en scène en état de grâce (comme dans Le roi de coeur et Le diable par la queue). Les personnages se réduisent à des figures, affreusement caricaturales (l’Américain qui court dans tous les sens) ou franchement  sympathiques  (Marielle en maire socialo grande gueule!), mais dont l’épaisseur dépasse rarement celle d’une feuille de papier à cigarettes. D’une façon analogue, plusieurs bonnes idées de gags sont gâchées à cause de la grossièreté du trait comique.  

Pourtant, de Broca permet parfois à un personnage d’aller au-delà de son stéréotype, le temps d’une scène. C’est par exemple Marielle qui, dans la cave à vins, demande à sa fille de bien réfléchir avant d’accepter de se marier tout en rendant hommage à son épouse qui le supporte depuis vingt ans. Les trois personnages principaux sont confrontés à un conflit entre leurs rêves et la réalité. Que ce soit l’instituteur joué par Philippe Noiret incapable d’aborder l’objet de son désir, Marie qui rêve de gloire dans de minables élections de miss ou même l’Américain qui en tombant amoureux laisse tomber son empire, tous auront à surmonter une mélancolie qui les éloigne du monde.  Les caprices de Marie est raté dans la mesure où ce beau sujet n’est pas traité sous une forme évidente et synthétique. Cela n’empêche pas la touche de de Broca et Daniel Boulanger de fonctionner par intermittences, d’esquisser des beautés éparses, telle une charmante célébration de la paresse à la française (pétanque, anisette et parties de pêche qui font oublier ses affaires à l’homme d’affaires américain). Le magicien Delerue, soutenu ici par la grande Cora Vaucaire, aide beaucoup encore une fois.

On a volé la cuisse de Jupiter (Philippe de Broca, 1980)

Le couple improbable mais attachant formé à la fin de Tendre poulet par le professeur de Grec ancien et la commissaire énergique passe sa lune de miel en Grèce. Lune de miel qu’il va voir contrariée par des voleurs de statues antiques…
Cette suite est moins réussie que le film précédent. L’intrigue est faiblarde et il n’y a pas assez de scènes avec Philippe Noiret et Annie Girardot (dont l’alchimie était l’intérêt principal de Tendre poulet) pour compenser ça. L’idée  de confronter les héros à un jeune couple aurait pu être intéressante mais n’est au final qu’à moitié convaincante. Même si Catherine Alric, sosie de la jeune Catherine Deneuve en plus lubrique est pour le moins affriolante, le potentiel comique de ces nouveaux personnages s’essouffle rapidement.  Restent la jolie lumière naturelle de la Grèce ensoleillée et la tendresse nostalgique du regard de l’auteur sur ses héros masculins, de grands enfants charmants,  mais notre amour pour Philippe de Broca nous force à constater qu’On a volé la cuisse de Jupiter est un film franchement moyen.

Tendre poulet (Philippe de Broca, 1978)

Alors qu’elle enquête sur une série de meurtres de parlementaires, une femme commissaire de police retrouve un amour de jeunesse, devenu professeur gauchiste.

Une comédie sentimentalo-policière ancrée dans son époque qui s’amuse du gauchisme, du féminisme et d’autres mots en -isme. Le ton est léger, il y a les dialogues d’Audiard qui sont une force en même temps qu’une limite du film à cause de leur apparence parfois surécrite. Heureusement, les acteurs les font généralement sonner d’une façon naturelle. On n’est pas dans le bon mot pour le bon mot. L’intrigue policière n’est pas très bien ficelée mais on y  retrouve la gentillesse foncière de de Broca, sa tendresse pour les doux rêveurs mélancoliques fussent-ils des assassins. Tendre poulet fut une commande bouclée en attendant de pouvoir réaliser Le cavaleur mais on y retrouve sans peine la personnalité de son auteur.
Ce qui rend ce film éminemment sympathique, c’est la relation entre Annie Girardot et Philippe Noiret. C’est finalement rare au cinéma les histoires d’amour entre personnes, disons, « mûres ». Du coup, on pense d’emblée  à Sur la route de Madison; ce qui est évidemment très -trop- flatteur pour un film aussi modeste. Il n’en reste pas moins que les deux vedettes forment un très beau couple, un couple si attachant que Philippe de Broca tournera une suite à leurs aventures sur laquelle nous reviendrons très prochainement. Pour finir, un mot sur la musique de Delerue qui insuffle ce qu’il faut de nostalgie à la comédie.