Le bel Antonio (Mauro Bolognini, 1960)

A Catane, l’impuissance d’un soi-disant séducteur met en péril son mariage arrangé avec une fille sublime.

La satire du patriarcat sicilien recèle des moments amusants dont le meilleur est l’ellipse de la mort du père, sommet d’humour noir. La mise en scène de Mauro Bolognini met bien en valeur les jolis décors intérieurs mais elle est un peu amidonnée. Assumer pleinement le genre comique en insufflant plus de mordant et de vivacité n’eût pas nui à la force dramatique. Les acteurs -en particulier Pierre Brasseur- sont très bons mais on ne voit pas assez Claudia Cardinale (alors qu’on voit beaucoup Marcello Mastroianni).

Un oiseau rare (Richard Pottier, 1935)

Suite à un concours de publicité, le fils d’une oiseleuse et un riche héritier se retrouvent dans un hôtel des Alpes où leurs identités sont confondues.

En tant que scénariste, Jacques Prévert est surestimé car son manque de rigueur l’empêchait de construire correctement les récits. Les branlantes fondations d’oeuvres aussi diverses que Lumière d’été, Les visiteurs du soir et Sortilèges en témoignent. Face à Un oiseau rare, il y avait lieu d’avoir d’autant plus d’appréhension que la comédie, selon le lieu commun, « demande plus de travail que le drame ». Et il est vrai que Un oiseau rare ne brille pas par son ossature. Des coïncidences plus ou moins abusives font office de narration.

Pourtant, le visionnage s’avère franchement plaisant. Pour l’occasion, la « poésie » de Prévert se fait loufoquerie et, si elle eût gagné à plus de développements, l’intuition comique pallie le manque de fermeté narrative. La fantaisie n’est pas gratuite car elle nourrit une satire contre la veulerie face aux puissants, une satire que la désinvolture de l’auteur maintient toutefois bien inoffensive. La multitude de personnages instaure des enjeux dont la variété empêche l’attention du spectateur de complètement s’évaporer.

Enfin, sans étinceler, la distribution fait oublier l’absolue platitude de l’image. Madeleine Guitty ne vaut pas Pauline Carton, Pierre Brasseur bien que moins insupportable que d’habitude reste Pierre Brasseur mais revoir Jean Tissier est toujours un plaisir et Max Dearly s’avère bon comique de cinéma.

Lucky Jo (Michel Deville, 1964)

A sa sortie de prison, un gangster malchanceux se retrouve soupçonné d’un braquage commis par ses anciens complices.

Le mariage entre la fantaisie mélancolique de Michel Deville et la série noire fait merveille. Le cadre du genre canalise l’inspiration du réalisateur et refrène ce sentiment d’arbitraire artificiel qui émane de la majorité de ses films. En dehors d’un ou deux raccourcis, le déroulement du récit garde une certaine logique. Eddie Constantine parfait en gangster fatigué, la musique de Delerue, des trouvailles de mise en scène comme le chien errant et des digressions où l’amitié est filmée comme dans Touchez pas au grisbi sont autant de qualités qui contribuent à faire de Lucky Jo un polar crépusculaire bien plus attachant que les films que Sam Peckinpah a ensuite tournés sur des thèmes analogues.

Vive Henri IV…vive l’amour! (Claude Autant-Lara, 1961)

Pour mieux pouvoir la séduire, Henri IV arrange la mariage de mademoiselle de Montmorency avec le prince de Condé…

Le cabotinage des uns et des autres peine à enlever une mise en scène désolante d’académisme. Dommage, le récit, habilement inspiré d’une des anecdotes les plus piquantes du règne du Vert galant, aurait pu donner lieu à une savoureuse comédie historique.