L’argent de la banque (The silent partner, Daryl Duke, 1978)

Note dédiée à Pascal

Un employé de banque qui détournait des fonds se fait harceler par un braqueur s’estimant lésé…

Un astucieux polar canadien dont la variété de tons surprend. La narration qui avance par méandres autour d’un personnage ambivalent préfigure les films de Robert Duvall. Ce détachement nimbé de discrète empathie, auquel s’accorde idéalement la présence nonchalante de Elliot Gould, n’empêche pas certaines séquences, telle celle quasi-horrifique du premier coup de fil, d’être dramatiquement très intenses. Des déficiences occasionnelles de la mise en scène, tel le découpage ne restituant pas les enjeux des regards dans la séquence où la fille jouée par la sublime Céline Gomez se fait assassiner, n’empêchent pas The silent partner de s’avérer un des polars les plus attachants de sa décennie.

 

Noyade interdite (Pierre Granier-Deferre, 1987)

Pour y enquêter sur une série de meurtres, un inspecteur revient dans une station balnéaire où il a vécu.

L’intrigue policière est un peu incompréhensible mais les nombreux personnages de cette ville côtière assurent un certain tissu romanesque et les filles -Elisabeth Bourgine, Marie Trintignant, Gabrielle Lazure -sont jolies.

 

Ça va barder (John Berry, 1955)

Un aventurier est chargé de récupérer la cargaison d’armes d’un armateur…

La netteté du découpage est digne d’un bon film noir américain (et pour cause…) mais l’intrigue est aussi incompréhensible qu’inintéressante. Plusieurs péripéties évoquent plaisamment Tintin. On se demande souvent si on est devant une parodie ou devant une vraie série noire sans que jamais ce mélange bizarre d’outrance caricaturale et de sérieux n’atteigne un quelconque équilibre.

 

Menaces dans la nuit (He ran all the way, John Berry, 1951)

Après avoir commis un braquage qui a mal tourné, un jeune homme rencontre une jeune fille et prend en otage sa famille.

Même si il a été écrit et réalisé par des membres de la fameuse liste noire, Menaces dans la nuit n’est pas très communiste dans l’esprit. Ce n’est pas une attaque en règle contre la société américaine comme peut l’être Le rôdeur sorti la même année et scénarisé par la même paire Butler-Trumbo. C’est un pur film noir, dans lequel l’origine du mal n’est pas essentiellement sociale. Le méchant, excellemment interprété par John Garfield, a des troubles psychologiques sans pour autant être un psychopathe. La beauté du film réside dans cet entre-deux qui caractérise l’anti-héros, son mélange de candeur sentimentale et de dangereuse paranoïa. Voir le déroulement impeccable de la magnifique scène du « dîner imposé ». Cette singularité du personnage fait passer l’illogisme parfois manifeste de sa conduite au second plan. La mise en scène n’appuie pas mais évoque avec précision. L’efficacité du découpage, où il n’y a pas un plan en trop, est digne de Anthony Mann. Bref, Menaces dans la nuit n’a pas volé sa réputation de pépite du film noir.

Avant l’aube (Raphaël Jacoulot, 2011)

Dans les Pyrénées pendant les fêtes de fin d’année, le directeur d’un hôtel aide son fils à cacher un cadavre mais est surpris à son retour par un de ses employés…

L’absence de logique dans la conduite des personnages nuit grandement à l’efficacité du polar et à la pertinence de la « critique sociale ». De plus, au lieu de se focaliser uniquement sur les rapports entre le directeur (impeccable Bacri qui permet au film d’être regardé sans trop d’ennui) et l’employé (monocorde Vincent Rottiers), la narration ménage faussement des mystères sans intérêt. Bref, c’est pas terrible du tout.

Des jeunes femmes disparaissent (Jean-Claude Brisseau, 1976)

Deux jeunes femmes, dont l’une a des problèmes avec son mari qui refuse de coucher avec elle, sont épiées par des tueurs en série.

Jean-Claude Brisseau a réalisé trois versions de ce court métrage. En 1973, il l’a tourné en 8 mm noir et blanc, en 1976, il réalise une deuxième version en Super 8 couleur sonore et en 2014, il a bouclé un remake en relief. C’est la deuxième version que j’ai vue. Si la corrélation entre les meurtres et le drame du couple demeure énigmatique, on peut constater que, malgré l’extrême modicité de ses moyens, le metteur en scène parvient à instaurer suspense et horreur grâce à une inventivité sans cesse renouvelée. Un brillant exercice de style.