Menaces dans la nuit (He ran all the way, John Berry, 1951)

Après avoir commis un braquage qui a mal tourné, un jeune homme rencontre une jeune fille et prend en otage sa famille.

Même si il a été écrit et réalisé par des membres de la fameuse liste noire, Menaces dans la nuit n’est pas très communiste dans l’esprit. Ce n’est pas une attaque en règle contre la société américaine comme peut l’être Le rôdeur sorti la même année et scénarisé par la même paire Butler-Trumbo. C’est un pur film noir, dans lequel l’origine du mal n’est pas essentiellement sociale. Le méchant, excellemment interprété par John Garfield, a des troubles psychologiques sans pour autant être un psychopathe. La beauté du film réside dans cet entre-deux qui caractérise l’anti-héros, son mélange de candeur sentimentale et de dangereuse paranoïa. Voir le déroulement impeccable de la magnifique scène du « dîner imposé ». Cette singularité du personnage fait passer l’illogisme parfois manifeste de sa conduite au second plan. La mise en scène n’appuie pas mais évoque avec précision. L’efficacité du découpage, où il n’y a pas un plan en trop, est digne de Anthony Mann. Bref, Menaces dans la nuit n’a pas volé sa réputation de pépite du film noir.

Avant l’aube (Raphaël Jacoulot, 2011)

Dans les Pyrénées pendant les fêtes de fin d’année, le directeur d’un hôtel aide son fils à cacher un cadavre mais est surpris à son retour par un de ses employés…

L’absence de logique dans la conduite des personnages nuit grandement à l’efficacité du polar et à la pertinence de la « critique sociale ». De plus, au lieu de se focaliser uniquement sur les rapports entre le directeur (impeccable Bacri qui permet au film d’être regardé sans trop d’ennui) et l’employé (monocorde Vincent Rottiers), la narration ménage faussement des mystères sans intérêt. Bref, c’est pas terrible du tout.

Des jeunes femmes disparaissent (Jean-Claude Brisseau, 1976)

Deux jeunes femmes, dont l’une a des problèmes avec son mari qui refuse de coucher avec elle, sont épiées par des tueurs en série.

Jean-Claude Brisseau a réalisé trois versions de ce court métrage. En 1973, il l’a tourné en 8 mm noir et blanc, en 1976, il réalise une deuxième version en Super 8 couleur sonore et en 2014, il a bouclé un remake en relief. C’est la deuxième version que j’ai vue. Si la corrélation entre les meurtres et le drame du couple demeure énigmatique, on peut constater que, malgré l’extrême modicité de ses moyens, le metteur en scène parvient à instaurer suspense et horreur grâce à une inventivité sans cesse renouvelée. Un brillant exercice de style.

Mafioso (Alberto Lattuada, 1962)

Un ingénieur sicilien émigré à Milan revient dans le village de son enfance pour présenter sa femme et ses filles à sa famille mais aussi au Don local…

La sympathie de Alberto Sordi aidant, la satire de l’archaïsme sicilien est drôle sans lourdeur. Le surprenant virage policier est négocié avec une habileté telle qu’il apparaît tout à fait naturel. Ce film brillant, qui a la noirceur des comédies de Zampa sans leur côté démonstratif, n’appelle qu’une seule réserve: la longueur un peu excessive de sa partie new-yorkaise.

L’Ennemi public (Baby face Nelson, Don Siegel, 1957)

Le sanglant itinéraire de Baby Face Nelson.

La trame canonique est sertie dans une mise en scène à l’impeccable sécheresse: parfaite concision du découpage, gestes stylisés des comédiens, contrastes tranchants du noir et blanc, éclatante dureté de la violence. Certes, ces qualités relèvent plus de la perfection d’une usine à polars (la Columbia des années 50) que de l’originalité d’un auteur mais Mickey Rooney, excellent, et Carolyn Jones, bizarrement sexy, insufflent ce qu’il faut d’humanité déréglée au film pour que celui-ci ne se réduise pas une mécanique. Evidemment, le lien entre la violence du psychopathe et son complexe d’infériorité virile reste suggéré, latent, à l’opposé de la lourdeur explicite du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn.

 

Les granges brûlées (Jean Chapot, 1973)

Un juge d’instruction de Besançon enquête dans une ferme reculée du Jura près de laquelle s’est déroulée un meurtre.

Intrigue policière ficelée à la va-comme-je-te-pousse, raideur des stéréotypes, clichés sur les bonnes vieilles valeurs de la terre qui ne ment pas, absence d’épaisseur des personnages secondaires, prestation caricaturale de Signoret, découpage dénué de point de vue (et pour cause!)…c’est complètement raté.