L’Ennemi public (Baby face Nelson, Don Siegel, 1957)

Le sanglant itinéraire de Baby Face Nelson.

La trame canonique est sertie dans une mise en scène à l’impeccable sécheresse: parfaite concision du découpage, gestes stylisés des comédiens, contrastes tranchants du noir et blanc, éclatante dureté de la violence. Certes, ces qualités relèvent plus de la perfection d’une usine à polars (la Columbia des années 50) que de l’originalité d’un auteur mais Mickey Rooney, excellent, et Carolyn Jones, bizarrement sexy, insufflent ce qu’il faut d’humanité déréglée au film pour que celui-ci ne se réduise pas une mécanique. Evidemment, le lien entre la violence du psychopathe et son complexe d’infériorité virile reste suggéré, latent, à l’opposé de la lourdeur explicite du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn.

 

Les granges brûlées (Jean Chapot, 1973)

Un juge d’instruction de Besançon enquête dans une ferme reculée du Jura près de laquelle s’est déroulée un meurtre.

Intrigue policière ficelée à la va-comme-je-te-pousse, raideur des stéréotypes, clichés sur les bonnes vieilles valeurs de la terre qui ne ment pas, absence d’épaisseur des personnages secondaires, prestation caricaturale de Signoret, découpage dénué de point de vue (et pour cause!)…c’est complètement raté.

Du sang sur la Tamise (The long good friday, John Mackenzie, 1980)

A Londres à la fin des années 70, un caïd entend profiter de l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun pour devenir respectable mais une série de morts violentes altère ses plans.

Un bon polar qui mêle habilement stylisation plastique et saupoudrage documentaire. La nervosité de la caméra, l’inventivité des scènes de violence, une certaine sensibilité de coloriste et l’emphase de la musique vivifient un récit aux enjeux variés. Les docks londoniens ont rarement été aussi bien filmés. Scorsese a dû voir The long good friday avant de réaliser Les affranchis.

Diamant noir (Arthur Harari, 2016)

A la mort de son père évincé de la famille, un petit cambrioleur renoue avec ses cousins diamantaires à Anvers dans le but de le venger.

Bon premier film à la James Gray. La narration n’est pas aussi précise et rigoureuse que celle du maître américain, du volontarisme shakespearien détourne parfois de l’essentiel (compte tenu de son importance dans l’intrigue, le cousin épileptique a peut-être trop de scènes), le rendu visuel est ingrat mais les acteurs sont bons et le milieu diamantaire s’avère un écrin aussi original qu’intéressant pour renouveler le traitement des thèmes éternels du film noir (qui sont ceux de la tragédie).

Lucky Jo (Michel Deville, 1964)

A sa sortie de prison, un gangster malchanceux se retrouve soupçonné d’un braquage commis par ses anciens complices.

Le mariage entre la fantaisie mélancolique de Michel Deville et la série noire fait merveille. Le cadre du genre canalise l’inspiration du réalisateur et refrène ce sentiment d’arbitraire artificiel qui émane de la majorité de ses films. En dehors d’un ou deux raccourcis, le déroulement du récit garde une certaine logique. Eddie Constantine parfait en gangster fatigué, la musique de Delerue, des trouvailles de mise en scène comme le chien errant et des digressions où l’amitié est filmée comme dans Touchez pas au grisbi sont autant de qualités qui contribuent à faire de Lucky Jo un polar crépusculaire bien plus attachant que les films que Sam Peckinpah a ensuite tournés sur des thèmes analogues.

Cet homme est dangereux (Jean Sacha, 1953)

Un agent du FBI infiltre un réseaux de malfaiteurs qui opère en France.

L’intrigue est effroyablement compliquée mais la violence brutale, le montage vif et les cadrages relativement inventifs étonnent agréablement de la part du réalisateur du morne Fantômas. L’absence totale d’arrière-plan social comme de vraisemblance psychologique fait que cette série noire fonctionne uniquement en circuit fermé, le circuit des codes du polar; ce qui lui donne, malgré sa dureté, une dimension parodique et vaine qui préfigure James Bond. D’ailleurs, dans le genre cogneur macho buveur d’alcool fort, Eddie Constantine vaut bien Sean Connery. Et Jean Sacha s’avère ici plus talentueux que Terence Young ou Guy Hamilton.