Un flic (Maurice de Canonge, 1947)

Après la Libération, un résistant opportuniste rentre dans des trafics louches, au grand dam de son beau-frère policier au quai des orfèvres.

L’importante présence du décor parisien et une ample séquence d’assaut final constituent les plus-values les plus significatives de ce polar plutôt banal et mou.

Miroir (Raymond Lamy, 1947)

Un notable mène une double vie: père de famille et chef d’un gang.

Pâle ersatz de L’étrange monsieur Victor avec Jean Gabin en lieu et place de Raimu. Le problème est que le drame met très longtemps à s’instaurer et que les scènes platounettes, tout juste épicées par la gouaille de la distribution marseillaise, se succèdent pendant les trois quarts du métrage sans unité profonde. Je me suis longtemps demandé ce que ce film, ni drôle ni vraiment dramatique, racontait.

Le syndicat du crime 3 (Tsui Hark, 1989)

En 1975, deux cousins qui veulent fuir Saïgon pour Hong-Kong s’allient à une belle et mystérieuse trafiquante.

Rien à voir avec les deux précédents opus qui étaient signés John Woo. Ici, le sens de l’Histoire et la présence du féminin permettent de concrétiser l’ambition lyrique. Là où, indifférent à tout contexte, Woo engluait ses personnages dans un sentimentalisme outrancier sans même assumer l’homosexualité sous-jacente, la hauteur de vue de Tsui Hark est tangible dans le plan, bref et poignant, où les héros se rendent compte que l’hôpital où ils ont emmené leur amie agonisante est déjà rempli d’enfants blessés. L’éducation sentimentale frottée à la tragédie historique -tragédie restituée avec un sens de l’urgence à l’opposé de tout académisme- engendre un romanesque à la David Lean.

L’excellent trio d’acteurs, au milieu duquel rayonne une Anita Mui sublimée, permet au côté Jules et Jim de l’histoire de très bien fonctionner. Les fusillades, plus gracieuses car moins sanguinolentes et plus dansantes que chez John Woo, alternent avec des instants de pur bonheur. C’est un des privilèges du cinéma de Hong-Kong de ces années-là que d’avoir pu ranimer des archétypes et des sentiments simples grâce au contexte de la fin de la guerre du Viêt-Nâm et des exils afférents, permettant de réactiver les grands récits épiques à base de terres promises et de rêves de nouveaux départs avec la candeur des premières fois. Même la musique synthétique, sans être géniale, est nettement plus variée et touchante que celle, très agaçante, du précédent épisode.

Le bancal de certaines articulations de scénario visant à maintenir une opposition dramatique tout le long du récit n’empêche pas Tsui Hark d’emporter le morceau avec une fin déchirante où l’émotion se passe de mots. Magnifique découverte.

 

Le syndicat du crime (John Woo, 1986)

A sa sortie de prison, un caïd des triades retrouve son ami devenu éclopé après une fusillade et est confronté à son jeune frère devenu policier.

Classique fondateur d’un genre inepte mais classique fondateur quand même. La sentimentalité mélodramatique alliée à la violence chorégraphique des fusillades impose un ton, qui verse parfois dans la mièvrerie. La musique horrible et répétitive altère les ambitions lyriques et visuellement, c’est laid mais Chow Yun-Fat ne manque pas de charisme. Pas étonnant qu’il soit devenu une star après ce film.

Tueur de flics (The onion field, Harold Becker, 1979)

En mars 1963, deux malfrats enlèvent deux policiers qui voulaient contrôler leur voiture…

Chronique d’un fait divers et de ses répercussions où, encore une fois, après Les flics ne dorment pas la nuit et Bande de flics, le réalisme empathique de Joseph Wambaugh fait merveille. Tous les interprètes excellent. Partagé entre criminels procéduriers et victimes traumatisées, le récit tarde à trouver son unité mais c’est pour finalement accéder à une sérénité surprenante, quoique non dénuée de mélancolie. La séquence du déjeuner près du lac est un des plus purs instants de bonheur, de réconciliation avec le monde, montrés par le cinéma.

Le cap de l’Espérance (Raymond Bernard, 1951)

La patronne d’un bar est courtisée par un policier qui recherche les auteurs d’un hold-up parmi lesquels figure son amant.

La présence de Edwige Feuillère et Jean Debucourt et la fluidité du découpage de Raymond Bernard ne sauvent pas ce film noir à la Française, excessivement mal écrit, de la pire médiocrité.

Le tueur s’est évadé (The killer is loose, Budd Boetticher, 1956)

Un caissier complice d’un hold-up s’évade de prison et veut se venger du policier qui tua accidentellement son épouse lorsqu’il fut arrêté.

Malgré l’artifice de certains rebondissements sans lesquels le film se serait conclu aux deux tiers de sa durée, l’impression de concision demeure. Les séquences n’ont pas un plan en trop, ça file vite mais l’épaisseur humaine est préservée grâce à la formidable densité de la mise en scène qui occasionne de surprenantes mais cohérentes ruptures de ton. Les acteurs sont excellents et la photo de Lucien Ballard marie impeccablement la crudité documentaire à la stylisation contrastée. Sans être aussi virtuose que La chute d’un caïd, Le tueur s’est évadé est donc une pépite du film noir de série B.

The black marble (Harold Becker, 1980)

A Los Angeles, une policière est mise en équipe avec un ancien de la brigade des homicides devenu alcoolique. Les deux doivent enquêter sur le rapt d’un chien.

Faux polar, vrai film d’amour illuminé par Paula Prentiss, toujours superbe quinze ans après Le sport favori de l’homme. La tendresse du regard, les doux méandres de la narration, le sens de la rupture de ton et de la digression et la grande sympathie du couple central rendu crédible par la justesse des longues séquences consacrées au premier rencart font de The black marble un film très attachant.

L’étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968)

Au début des années 60, la police de Boston chercher à retrouver un criminel qui étrangle des femmes.

Suremployé, le split-screen a tout d’un gadget fatigant. La narration ne privilégiant aucun point de vue, le spectateur ne sait pas vraiment pourquoi les auteurs se sont piqués de faire un film de ces faits divers monstrueux: l’adresse finale fait office de note d’intention plus que de conclusion. Heureusement, il y a Henry Fonda (le jeu de Tony Curtis est trop chargé).

L’énigme du Chicago-express (The narrow margin, Richard Fleischer, 1952)

Un policier est chargé de protéger une témoin-clé d’un procès contre la mafia dans le train qui l’amène au tribunal.

Un titre emblématique des qualités techniques de la série B américaine policière du début des années 50 : sécheresse, concision, dureté. L’inventivité formelle de Richard Fleischer se manifeste dans l’importance dramatique des reflets mais c’est bien le seul trait qui singularise son film, exercice de style habile mais dénué de toute profondeur morale, psychologique, documentaire ou politique.

Empreintes digitales (Big brown eyes, Raoul Walsh, 1936)

Après une dispute avec son fiancé policier, une manucure est engagée dans un journal où elle enquête sur la même affaire criminelle que son ex.

Alors que ses films réalisés dans les années 30 sont majoritairement décevants, cela fait plaisir de retrouver le rythme vif, les ruptures de ton surprenantes mais logiques et le populisme de bon aloi (les clients du coiffeur qui font office de choeur tragique!) propres à Raoul Walsh dans un bon film. Cette comédie policière, non dénuée de gravité, bénéficie de dialogues vachards, de l’amoralisme du style qui détourne la convention et d’un Cary Grant plus plébéien qu’à l’accoutumée mais non moins spirituel; son couple avec Joan Bennett fonctionne bien.

 

New-York deux heures du matin (Fear city, Abel Ferrara, 1984)

Les deux patrons d’une agence de strip-teaseuses enquêtent sur des agressions sadiques visant leur cheptel.

Polar s’inspirant clairement de M le maudit et de L’homme tranquille mais ruiné par la désinvolture de l’écriture et, dans une moindre mesure, par la médiocrité de l’interprétation. A part ça, le New-York nocturne est bien restitué.

The racket (Lewis Milestone, 1928)

Un policier intègre tente de lutter contre un caid qui a corrompu plein d’officiels.

Le pessimisme politique qui transfigure le manichéisme dramatique, la vivacité d’une narration qui fait varier le décor au rythme des coups de téléphone, le contrechamp humoristique introduit par les journalistes faisant le pied de grue au commissariat et, surtout, un découpage emblématique de la haute qualité expressive des dernières années du cinéma muet américain (notamment une séquence d’assassinat où le temps est aussi dilaté que dans un western de Sergio Leone) font de The racket une pépite du film policier intrinsèquement supérieure à des classiques plus célébrés tels Les nuits de Chicago ou Scarface.

Clockers (Spike Lee, 1995)

A Brooklyn, un jeune dealer noir est soupçonné d’un meurtre dont son frère, père de famille rangé, s’est accusé.

Le noeud de l’intrigue est invraisemblable mais peu importe car il n’est qu’un prétexte à un petit film choral sur les Noirs face au trafic de crack à Brooklyn au début des années 90. La virtuosité de Spike Lee insuffle de la vie, de la tension et de l’émotion. Les rapports de Harvey Keitel avec son suspect apportent une certaine grandeur.

La femme en ciment (Gordon Douglas, 1968)

Ayant découvert une femme encimentée lors d’une partie de plongée, le détective Tony Rome est à nouveau entraîné dans une sale histoire…

La désinvolture devient du laissez-aller. C’est patent dans la conduite de l’intrigue. Il reste des dialogues toujours aussi amusants et des filles sexy, en tête desquelles Raquel Welch.