Les étoiles de la gloire (The unknown love, Léonce Perret, 1919)

Une marraine de guerre tombe amoureuse d’un soldat sans famille.

Film où tout est soumis à la propagande la plus niaise. Aucun intérêt.

 

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Magirama-J’accuse (Abel Gance & Nelly Kaplan, 1956)

En 1956, avec l’aide de sa fidèle Nelly Kaplan, Abel Gance a remonté son J’accuse de 1938 dans une version d’une heure en utilisant le procédé de polyvision qu’il avait inventé en 1927 pour son célèbre Napoléon. Trois courts-métrages et des extraits de Napoléon ont été adjoints au programme qui fut exploité huit semaines au Studio 28 sous le nom de Magirama. Le CNC et Serge Bromberg ont restauré la partie « J’accuse » du Magirama qui a ainsi été montrée pour la première fois depuis 60 ans mercredi soir à la Cinémathèque de Bercy (à quelques projections exceptionnelles près telle celle à l’Exposition universelle de Bruxelles).

Première chose à préciser: pour ne plus s’encombrer du complexe appareillage nécessaire à la triple-projection, le support du film a été numérisé. Pratiquement, on a maintenant le DVD d’un film en Cinémascope avec du noir en haut et en bas de l’image pour maintenir la juste proportion entre hauteur et largeur dans le cas où trois plans s’affichent simultanément. De ce fait, et également du fait que la projection a eu lieu dans la salle de taille moyenne Georges Franju*, j’ai eu l’impression de voir un timbre-poste s’animer et, quand l’oeuvre passe en « mode polyvision », trois timbres-postes juxtaposés. L’effet de gigantisme souhaité par Abel Gance en a pris un coup.

Toutefois, je ne pense pas que ces limitations techniques soient les principales responsables de ma déception. J’ai eu la triste impression d’un poète à bout de souffle, recyclant une énième fois ses morceaux de bravoure (la fameuse résurrection des morts de Verdun) sans que son nouveau moyen d’expression n’ajoute quoi que ce soit à la splendeur funèbre de la version précédente. Au contraire. D’abord, le nouveau montage d’une heure réduit le récit à une succession de vignettes uniformément plaintives, en dehors d’une scène gentiment comique. Ensuite, les panneaux latéraux sont désormais pléonasmes plus que contrepoints. Est-ce parce qu’ils sont soumis à l’expression d’un message? Le fait est que, perpétuellement englués dans la litanie pacifiste, ils forment une surenchère (d’images macabres) et non une polyphonie telle que la séquence de la campagne d’Italie dont j’ai un souvenir sublime d’abstraction.

* parce que la Cinémathèque française a préféré réserver son plus grand écran à L’aventure intérieure de Joe Dante qui, ne passant guère plus d’une fois par semaine sur les chaînes de la TNT, est aussi un film très rare

Peau de pêche (Jean Benoît-Lévy & Marie Epstein, 1928)

Un orphelin de Montmartre restitue un bijou à une riche dame qui l’avait perdu lors de son mariage…

Ainsi commence le récit de l’enfance et de la jeunesse de cet orphelin surnommé « Peau de pêche » en raison de son teint. Un des attraits de ce récit est qu’il bifurque dans des directions très variées, déjouant rapidement les appréhensions que pouvait provoquer un début façon conte de fées à deux balles. En effet, l’impact direct de sa rencontre avec la grande dame sera plus important dans la mémoire du gamin que dans son quotidien. Ainsi Benoît-Lévy & Epstein restituent bien les broderies d’un enfant autour d’un joli souvenir.

De nombreuses scènes n’ont qu’un rapport ténu avec le fil directeur de l’intrigue mais frappent par leur justesse. Je pense à cet instant où, ayant été placé à la campagne, Peau de pêche imite Maurice Chevalier pour évoquer Paname à ses nouveaux camarades d’école. Je pense aussi au moment merveilleux de tendresse et d’humanité qui montre l’ensemble des villageois se réunir autour de l’unique poste de T.S.F pour écouter les nouvelles du monde. Benoît-Lévy & Epstein filment les champs de Picardie avec autant d’attention et de sens plastique que les rues de Montmartre. La grandeur simple des séquences dans la ferme près du front préfigure La maison des bois.

Cette vérité de l’instant va de pair avec une poésie symboliste insufflée par un montage particulièrement inventif. Le souffle militant et lyrique de certaines séquences, telle l’émouvante succession de travellings sur les fenaisons et les tombes, est digne des grands Soviétiques. On peut considérer Peau de pêche comme un récit à la Feyder mis en images par un émule d’Eisenstein. Un mièvre retour final à la convention romanesque n’empêche pas qu’il puisse être considéré comme un des films français majeurs de la fin du muet.

Le héros de la Marne (André Hugon, 1938)

Grâce à la guerre, un père de famille se réconcilie avec toute sa famille.

Rocambolesque mélodrame qui mêle très grossièrement et très platement Dieu, la famille et la patrie. C’est de surcroît découpé n’importe comment (mais peut-être cette impression est-elle due au lamentable état de la copie, le négatif ayant été détruit par les Allemands). Une ou deux jolies images de la moisson et quelques plans d’intérieur éclairés avec une surprenante sophistication n’empêchent pas que Le héros de la Marne soit globalement nul.

Civilization (Reginald Barker, Thomas H. Ince et Raymond B. West, 1916)

Le cas de conscience d’un officier à qui l’on a demandé de torpiller un paquebot avec des civils l’amène à rejoindre les militants pacifistes.

Préfigurant Cecil B. DeMille, Thomas Ince et ses collaborateurs ont réussi à marier l’allégorie la plus générique au drame le plus intimiste pour réaliser leur grande oeuvre pacifiste et chrétienne. C’est la richesse d’invention dans le détail qui évacue le risque d’assèchement induit par l’abstraction d’un tel programme. Que ce soit dans le sentimentalisme mélodramatique des scènes de départ à la guerre, le lyrisme photographique des plans de la révélation faite aux bonnes soeurs ou encore l’inspiration dantesque des rêveries du héros entre la vie et la mort, la variété et la qualité de la mise en scène sont telles que la force expressive des séquences prime perpétuellement sur la littéralité de l’ahurissant scénario qui a procédé à leur élaboration. Ainsi, même si le spectateur a vu des centaines de film sur « l’horreur de la guerre », il ne peut qu’être frappé par ces deux plans où un cheval fait rouler le cadavre de son cavalier avec son sabot. Rarement dans l’histoire du cinéma, symbolisme et réalisme ont été aussi intimement mêlés, l’un décuplant la force de l’autre. Face à ce film essentiel et enthousiasmant qu’est Civilization, l’honnêteté me conduit tout de même à formuler une réserve: il y a quelques longueurs dans la redondante prise de conscience de l’Empereur.

Châtiment (The despoiler, Reginald Barker, 1915)

En Turquie, un officier allemand s’allie à des Kurdes sanguinaires pour mater le peuple arménien…

La version que j’ai vue -la seule ayant survécu- est un remontage français qui, en coupant des séquences et en changeant des intertitres, appuie la charge contre les empires centraux et fait par là même de Châtiment un des premiers films sur le génocide arménien. Dans l’oeuvre initiale, les nationalités étaient plus vagues, ce qui concorde avec le fait que, en 1915, les Etats-Unis ne s’étaient pas encore engagés dans la Première guerre mondiale. Même travesti par les services français de propagande, The despoiler demeure un des plus beaux témoignages de la maîtrise avancée de Thomas Ince et de ses sbires de la Triangle en matière de cinéma. C’est en effet un chef d’oeuvre de ligne claire où, en plus de manifester un goût très sûr pour la composition des plans, Reginald Barker emploie une grande variété de techniques savantes sans ostentation ni grandiloquence, toujours au service de la dramaturgie. Clair-obscur et montage parallèle déploient un récit furieux qui articule épopée collective et tragédie intime avec l’évidente simplicité des anciens classiques. Grand.