Les demoiselles Harvey (George Sidney, 1946)

Un groupe de jeunes filles arrive dans une ville du Far-West pour devenir serveuses dans un nouveau restaurant.

Entre western et comédie musicale, The Harvey girls ne convainc dans aucun des deux genres dans lesquels il s’inscrit: pas assez sérieux dramatiquement parlant pour un western, pas assez virevoltant pour une comédie musicale. Après un début qui promet grâce à ses couleurs chatoyantes, il a vite fait de s’étioler malgré l’allant du découpage de George Sidney dont les cadrages originaux et les mouvements de caméra amples et précis introduisent un dynamisme qui fait défaut à l’action, assez peu dansante.

Quand la poudre parle (Law and order, Nathan Juran, 1953)

Un shérif venant de démissionner pour s’installer avec sa fiancée reprend du service pour protéger ses frères.

Les thématiques habituelles du western que sont l’instauration de la loi, la vengeance ou encore le puissant appel de la retraite dans un ranch sont exploitées sans grande originalité mais avec suffisamment d’attention et d’intelligence de la part des auteurs pour maintenir l’intérêt du spectateur pour le récit durant 80 minutes. De plus, Ronald Reagan est tout à fait crédible en héros de premier plan. En somme, cette troisième version de Law and order respire l’amour du travail bien fait.

Révolte à Dublin (The plough and the stars, John Ford, 1937)

Le soulèvement dublinois de 1916 vu à travers les yeux d’un jeune couple.

L’adaptation de la pièce de Sean O’Casey The plough and the stars fut un des rares projets personnels du militant de l’IRA qu’était John Ford. Le cinéaste allait d’ailleurs filmer la biographie du célèbre dramaturge irlandais en 1965 (Le jeune Cassidy, son avant-dernier film). Pourtant, Révolte à Dublin s’avère un véritable ratage. Est-ce dû à la crise personnelle que le réalisateur traversait alors (sa liaison impossible avec Katharine Hepburn le rendait plus alcoolique que jamais)? Est-ce dû aux conditions de production de la RKO qui -à l’exception notable de Barry Fitzgerald- refusa d’engager la troupe de l’Abbey theatre demandée par Ford et imposa sa distribution? Toujours est-il que jamais le film ne se dépare de la pire des théâtralités: le spectateur sent en permanence que l’idée précède la réalité.

Révolte à Dublin est essentiellement une dialectique entre l’engagement pour l’émancipation de son pays et l’amour d’une épouse or la mise en scène peine à incarner ce raisonnement. Le film est lourdement handicapé par la fausseté de la reconstitution de Dublin dans les studios de la RKO, les batailles filmées sans progression dramatique et le mépris des notions les plus élémentaires de topographie. Un exemple: l’épouse traverse Dublin pour rejoindre son époux derrière les barricades. Eh bien jamais son parcours n’interfère avec les combats se déroulant tout autour d’elle. Du coup, son déplacement dans une ville à feu et à sang ne revêt guère plus d’importance aux yeux du spectateur qu’une promenade de santé.

La seule chose qui importe aux auteurs, ce sont les dialogues entre elle et son mari. Des dialogues sentencieux et pesants faits de tirades généralistes sur l’amour, les femmes, les hommes, l’Irlande. Des dialogues qui évidemment ne contribuent pas à faire exister les personnages. D’ailleurs, Révolte à Dublin est l’occasion de voir la grande Barbara Stanwyck mauvaise. Sans la moindre nuance, elle ne fait que geindre tout le long du film. Il faut dire que son rôle est à sens unique et dénué de toute complexité humaine.

Reste tout de même, au sein de cette fausseté permanente, une séquence d’exécution sublime qui révèle toute la grandeur du metteur en scène.

La grande nuit (Joseph Losey, 1951)

Un adolescent mal dans sa peau qui a vu son père se faire tabasser décide de le venger.

Le dernier film américain de Joseph Losey est médiocre. C’est une série B handicapée par la lourdeur de son scénario à base de traumatisme. L’acteur principal, fils de John Barrymore et père de Drew, montre que le fameux talent héréditaire des Barrymore est un mythe. La séquence d’introduction, percutante comme il faut, permet de retrouver un metteur en scène à la hauteur de sa réputation mac-mahonienne mais c’est bien le seul éclat de ce film croulant de toutes parts sous les intentions morales et signifiantes.