Le château de verre (René Clément, 1950)

L’épouse d’un juge suisse est séduite par un Parisien…

Quelques scènes d’un esthétisme artificiel et glacé préfigurant L’année dernière à Marienbad et de fumeuses coquetteries de narration  (flashforward) ne sauraient insuffler un quelconque intérêt à un récit d’une perpétuelle fausseté, plein de lourdeurs d’écriture (le procès en parallèle) et desservi par des acteurs déplacés. Jean Marais en homme à femmes, il eut mieux valu en rire! Mais le sérieux est ici pesant et constant.

La neige était sale (Luis Saslavsky, 1953)

Le fils d’une prostituée fait fortune sous l’Occupation.

Concentré des pires tares de la « qualité française »: tout réalisme de contexte est éludé au profit d’une psychologisation de l’origine du Mal des plus conventionnelles, les nuances sont absentes et la noirceur est aussi appuyée que déconnectée de toute sorte de vérité. Tout est lourd, faux, détestable de bassesse et de stupidité.

Bagarres (Henri Calef, 1948)

Après avoir fui deux prétendants, une femme se fait embaucher dans une ferme et séduit le maître de maison.

Bagarres cristallise ce que François Truffaut fustigeait à juste titre dans « une certaine tendance du cinéma français »: déroulement programmatique d’un récit sans vie, épaisseur du trait provoquée par l’artifice de l’écriture et la fausseté des théâtreux, dialogues prétentieux mais ineptes et laideur des sentiments trop généralisée pour être honnête.

Un homme marche dans la ville (Marcel Pagliero, 1949)

Au Havre, un docker subit les avances de l’épouse d’un collègue mis au placard par le directeur.

Cette tentative de néo-réalisme à la Française, mise en scène par un scénariste de Rossellini, est honorable quoique velléitaire. En effet, le décor du Havre, alors en cours de reconstruction, n’est pas aussi présent que Berlin dans Allemagne année zéro ou Rome dans Rome, ville ouverte. Ce qui compte avant tout, c’est l’intrigue passionnelle, charpentée comme une pièce de théâtre. Cette impression d’artifice théâtral est accentuée par la surabondance des dialogues, l’importance du café dans le déroulement du récit et le jeu d’acteurs frisant parfois la caricature (Robert Dalban). La dramaturgie s’articule autour d’un personnage de garce, bien interprétée par Ginette Leclerc et emblématique de la misogynie du cinéma français d’alors. Heureusement, la fin, belle et sourdement audacieuse dans son amoralité, justifie quelque peu la conduite caricaturale de son personnage. Par ailleurs, il y a quelques plans, tel la remontée du cadavre, qui impressionnent sans affectation.

Les eaux troubles (Henri Calef, 1949)

Dans un village près du Mont Saint-Michel, une femme revient dans sa famille suite à la mystérieuse mort de son frère…

Les velléités d’originalité de la mise en scène (nombreuses scènes muettes) ne font pas illusion longtemps sur la nature de ce recyclage appliqué de trucs pseudo-expressionniste. Le caractère fondamentalement académique de ces Eaux troubles est également trahi par une direction d’acteurs pataude. Un Jean Grémillon aurait fait ressentir les lieux et les âmes de ce drame breton avec autrement plus de puissance. En l’état, ce drame consiste essentiellement en une énigme à deux balles artificiellement entretenue pendant une heure et demi. Notons enfin qu’une musique répétitive et envahissante propulse plusieurs séquences aux limites de l’insupportable.

Meurtres? (Richard Pottier, 1950)

Un brave homme euthanasie sa femme en phase terminale et fait alors scandale dans sa famille bourgeoise.

Meurtres? est un film parfaitement symptomatique de la qualité française, cette « tendance du cinéma français » circonscrite par Truffaut qui a plus à voir avec la bassesse de l’inspiration de scénaristes prétentieux et confits dans leurs certitudes qu’avec l’académisme de la mise en scène (une tare universelle). En effet, Henri Jeanson se montre ici aussi mesquin que lorsqu’il écrivit Un revenant. Dramaturge médiocre, ses personnages sont d’abord des prétextes pour ses « bons » mots, en dépit de tout naturel et de toute crédibilité. Tout est sur des rails, la critique de la « bourgeoisie » est absolument arbitraire et schématique tant la conduite des personnages ne souffre aucune nuance. Aucune surprise ne viendrait introduire un peu de vie dans ce film par ailleurs étouffé par le pesant sérieux de sa mise en scène et par un montage qui se fait fort de gommer toute trace d’hésitation ou de pause dans le déroulement des dialogues. Assommant.

Les chouans (Henri Calef, 1947)

Le chef des émigrés tombe amoureux d’une agent de la République…

La révolution française, ses dilemmes cornéliens, sa complexité politique, sa violence…tout ça est réduit à un bête triangle amoureux par les recettes de Spaak et compagnie. N’ayant pas lu le roman, je ne saurais dire dans quelle mesure Balzac est trahi mais ce film constitue en tout cas un spectacle affligeant d’académisme.

Un revenant (Christian-Jaque, 1946)

A Lyon, un homme que des bourgeois croyaient avoir assassiné revient après avoir fait fortune…
Un film rendu complètement nul par l’épaisseur du trait. Les dialogues signés Jeanson sont effroyablement m’as-tu-vu et n’ont aucune espèce de crédibilité. Chacune de leurs répliques souligne la bassesse et la veulerie des bourgeois. Aucune nuance, aucune subtilité, aucune complexité donc aucun intérêt. Le milieu des tisserands lyonnais aurait pu être intéressant à pénétrer mais le contexte social n’est aucunement exploité par les auteurs et leurs personnages ne sont que des fantoches asservies à des conventions narratives éculées quand ils ne sont pas victimes du mépris sans appel de Jeanson tellement sûr de lui et de sa charge anti-bourgeoise. Ajoutons que si les acteurs plus âgés ne s’en tirent pas trop mal, François Périer est proprement insupportable. Comme beaucoup de personnages de jeunes du cinéma de qualité française, son rôle est navrant de bêtise. A vomir.