Mon oncle Antoine (Claude Jutra, 1970)

Au Québec, un adolescent chez son oncle commerçant découvre le sexe, la mort…

Récit décousu, image ingrate, caméra tremblante, zooms à tire-larigot: le soi-disant chef d’oeuvre du cinéma québécois est un film influencé par le courant alors fort à la mode du « cinéma direct ». Même si Mon oncle Antoine est une fiction, l’absence de rigueur narrative et formelle est visiblement censée accroître la vérité de l’expression. Faute de colonne vertébrale, cette vérité demeure superficielle et l’évocation de la découverte de la vie par un pré-ado à peu près ratée. Le gamin, avec sa tête de débile inexpressif, est à baffer et ne stimule pas non plus l’intérêt pour le cheminement de son personnage. Plusieurs embardées lyriques viennent parfois faire contre-point à ce morne programme. Par exemple, des zooms violents sur les visages viennent parfois rompre la continuité d’une scène pour mettre en exergue des sentiments individuels. Ce sont les meilleurs moments du film.

Maria Chapdelaine (Julien Duvivier, 1934)

Au Québec, dans un coin reculé, une belle jeune femme est courtisée par trois hommes…

Il y a une certaine finesse dans la suggestion de la naissance des sentiments amoureux, suggestion qui passe par l’originalité du découpage plutôt que par le dialogue. Les acteurs -Madeleine Renaud touchante quoique trop vieille pour le rôle et Jean Gabin dont le mythe n’était pas encore forgé- sont très bien. En revanche, ces communautés archaïques du fin fond du Canada auraient pu donner lieu, filmées par un Ford ou un Flaherty, à une évocation plus intéressante que le pittoresque respectueux mais superficiel de Julien Duvivier. Par ailleurs, certains passages -tel celui avec le cheval enfoncé dans la neige- sont malheureusement découpés (ou montés) en dépit du bon sens. L’enchaînement des plans n’est pas des plus fluides. En définitive, Maria Chapdelaine est un film qui se laisse regarder (d’autant qu’il est court) sans être vraiment réussi.

Le règne du jour (Pierre Perrault, 1967)

Documentaire sur un Québécois qui va en France découvrir le village de ses ancêtres.

Imposture du cinéma-vérité dans la mesure où le montage intempestif de Perrault fait que les plans n’ont pas le temps de s’installer dans la durée. C’est une série d’anecdotes sans intérêt pour qui ne partage pas les vues réactionnaires et nationalistes de l’auteur. L’absence de sous-titrage est également contre-productive. Si on défend son dialecte comme le fait Perrault alors on affirme sa singularité et donc cela va de soi qu’il n’est pas compréhensible par des Français métropolitains.

The 13th letter (Otto Preminger, 1951)

Remake hollywoodien du Corbeau de Clouzot se passant au Québec.

Ce film méconnu d’Otto Preminger n’est rien de plus que cette phrase qui le résume habituellement dans sa filmographie. C’est même un peu moins que ça puisque le nouvel ancrage québécois n’est quasiment pas exploité même si un carton d’introduction affirme fièrement que le tournage a eu lieu en décors naturels. The 13th letter reprend scolairement chacune des scènes emblématiques de l’original mais, dépourvu de son terreau social, dépourvu de la charge contre une certaine hypocrisie provinciale, dépourvu du cynisme bienveillant de ses auteurs, bref dépourvu de tout ce qui faisait son sel, le chef d’oeuvre de Chavance et Clouzot se trouve ici réduit à une mécanique de scénario parfaitement vaine. Il ne faut pas compter sur les acteurs pour rehausser la platitude du film: Michael Rennie n’a (évidemment) pas le charisme sardonique de Fresnay, Linda Darnell réduit l’inoubliable personnage de Suzy Delair à une conventionnelle amoureuse du héros et Charles Boyer a l’air de s’en foutre. Il n’y a guère que la grande Françoise Rosay qui, dans un rôle secondaire quoique décisif, tire son épingle du jeu.