Dance, girl, dance (Dorothy Arzner, 1940)

Une jeune danseuse essaye de vivre de son art sans pour autant se compromettre dans des spectacles de bas étage et tombe amoureuse d’un riche divorcé.

On y voit Maureen O’Hara toute jeunette avant qu’elle ne devienne l’égérie de John Ford mais c’est quand même pas terrible du tout parce que la faiblesse de l’intrigue n’a d’égale que celle des numéros musicaux, ce qui, pour un musical, est assez embêtant. Pour rendre regardables les séries B musicales de la RKO, il fallait au moins le génie d’un Fred Astaire. Et encore.

Condamné au silence (The court martial of Billy Mitchell, Otto Preminger 1955)

Dans les années 20, l’assignation en court martiale du général Mitchell coupable d’avoir publiquement critiqué le manque d’investissement de l’armée dans l’aviation.

Premier des films « à grand sujet » d’Otto Preminger, The court martial of Billy Mitchell raconte le combat d’un homme qui avait raison avant et contre tout le monde. En 1923, le général Mitchell prédit l’attaque de Pearl Harbour par les Japonais et ses compatriotes lui rirent au nez avant de le virer de l’armée. On retrouve dans la présentation de ce conflit les qualités du metteur en scène viennois: respect du point de vue adverse, absence de simplification du conflit d’idées via un conflit de personnes (pas de méchant), refus des facilités dramatiques (voir comment la fin esquive la tentation mélo), refus de la démagogie, hauteur du point de vue, grandeur conférée notamment par la solennelle rigueur du découpage en Cinémascope (format alors peu usité pour les huis-clos).

Le film est d’autant plus fort et beau que son propos ne se réduit pas à une attaque contre le rigorisme militaire. C’est l’exposition du dilemme cornélien d’un grand soldat se rendant compte que le corps dans lequel il croit depuis toujours se fourvoie dramatiquement. C’est autrement plus subtil et profond que Les sentiers de la gloire. Ce pourrait n’être qu’intelligent, n’était le jeu finement décalé de Gary Cooper qui rend sensible la façon dont sa révolte mine physiquement Mitchell. Le conflit politique se double alors d’un désastre intime et c’est discrètement émouvant.

Une vie secrète (Forbidden, Frank Capra, 1932)

Une jeune journaliste s’éprend d’un politicien marié à une infirme…

Forbidden est une réussite parfaite de Frank Capra dans un genre où on ne l’attendait guère: le mélodrame. Je ne parle pas de mélodrame familial ou de mélodrame social, je parle de mélodrame pur et dur, je parle de ce genre éternel et universel qui raconte la perdition d’une femme par amour. Le jusqu’au boutisme de la narration, la cruauté implacable des rebondissements, la sécheresse mizoguchienne de la mise en scène, le respect de Capra pour tous ses personnages y compris l’homme lâche -mais amoureux- auquel Adolphe Menjou, excellent, insuffle une gentillesse inattendue ainsi que l’absence de regard moralisateur sur l’adultère font de Forbidden un des films les plus forts et les plus justes qui soient sur son sujet canonique. Il faut voir le sang perler aux lèvres de Barbara Stanwyck venant de tuer son mari, il faut voir le tranquille renoncement final pour se rendre compte quel film d’amour fou beau et terrible a réalisé l’auteur de La vie est belle.

un autre texte enthousiaste sur cette merveille méconnue

Le détective (Gordon Douglas, 1968)

Un policier new-yorkais quinquagénaire enquête sur le meurtre d’un homosexuel en même temps que son mariage avec une jeune sociologue part à vau-l’eau.

The detective est un polar ambitieux qui se veut adulte, préoccupé par la réalité sociale de son temps. Dans l’ensemble, ces ambitions sont concrétisées. The detective est la peinture d’un monde en décrépitude face auxquel les « bonnes vieilles valeurs » incarnées par le personnage de Frank Sinatra ne peuvent rien. Celui-ci a beau se voiler la face face aux névroses de son épouse nymphomane, celle-ci n’arrêtera pas pour autant ses infidélités. La principale limite du film est que les intentions de ses auteurs sont parfois trop visibles. Par exemple, la scène entre Sinatra et les amis de sa femme après le théâtre n’est là que pour signifier la différence culturelle entre les deux amoureux. Elle se réduit à ça, les amis sont de purs faire-valoirs. Dans ce genre de scène, comme lors des discours de Sinatra sur l’incurie de la municipalité, les intentions étouffent la vie. De plus, la construction alambiquée du récit n’est pas toujours convaincante.

Gordon Douglas est excellent lorsqu’il vise l’efficacité (l’arrivée au commissariat en plan-séquences, modèle de concision) mais contestable lorsqu’il expérimente (le raccord dans l’axe des deux regards caméras au moment de la demande en mariage).
Heureusement, la sensibilité des interprètes (et les yeux sublimes de Lee Remick) aide le cinéaste à faire face à une écriture pas toujours subtile.

Derrière la classe innée de sa star, derrière les jolies couleurs de sa photo, derrière les expérimentations douteuses de son réalisateur, The detective témoigne d’une noirceur bien plus cinglante que nombre de ses successeurs des années 70. En témoignent par exemple l’exécution capitale et ce qui s’ensuit.

Bref: aussi consternante qu’y soit la coupe de cheveux de Jacqueline Bisset, ce film vaut toujours mieux qu’un Cruising.

 

L’ombre du doute (The defender, Robert Mulligan, 1957)

Deux avocats, un père et un fils, sont chargés de la défense d’un jeune homme accusé de meurtre.

Il s’agit du téléfilm dont le succès a engendré la série The defenders. C’est un banal récit de procès singularisé par la relation entre les deux avocats, un père et son fils, qui permet à Robert Mulligan d’exprimer sa sensibilité. A noter aussi l’absence de triomphalisme à la fin. Le spectateur ne sera même pas certain de l’innocence (ou non) de l’accusé. Steve McQueen à ses débuts est plutôt mauvais, son jeu plein de tics est une caricature de l’Actor’s studio.