Un homme traqué (A man alone, Ray Milland, 1955)

Dans une petite ville de l’Ouest, un étranger est pourchassé par des notables l’accusant de leur crime.

Le récit comporte des facilités et des cheveux sur la soupe mais l’exploitation visuelle, dramatique et poétique du vent, de la poussière, de la soif et de la faim insuffle un ton singulier à ce petit western. Les quinze premières minutes presque complètement muettes sont à la fois audacieuses et pertinentes (avec qui parlerait un homme seul dans le désert?).

Mara Maru (Gordon Douglas, 1952)

Un plongeur dont l’associé a été assassiné est embarqué dans une expédition pour trouver un trésor.

Un petit film d’aventures saupoudré de mystère policier avec une lumière perpétuellement sombre et donc peu dépaysante compte tenu du fait que l’action se déroule dans les mers du Sud. C’est globalement routinier, bavard et assez mou. Le cas de conscience du héros vénal est d’abord ennuyeux car c’est un poncif exposé avec force dialogues sursignifiants mais il finit par convaincre car les auteurs l’assument jusqu’au bout et montrent qu’un type poursuivi par le héros s’avère le vrai gentil. Et donc le héros avait clairement tort. C’est une entorse appréciable à la convention qui arrive cependant très tardivement.

Pitfall (Andre de Toth, 1948)

Un assureur père de famille s’amourache de la poule d’un voleur…

C’est donc un canevas de film noir a priori archi-rebattu mais c’est transcendé par une multitude de qualités. Il y a d’abord l’humour sardonique insufflé par les dialogues de William Bowers. Il y a ensuite un excellent casting mené par Dick Powell qui incarne parfaitement le père de famille aimant mais désabusé. Il y a, et c’est tout à fait inhabituel pour le genre, des scènes familiales dont la tendresse n’a d’égale que la brutalité des (rares) bagarres.

En fait, Pitfall montre l’intrusion du mal dans le foyer américain. Quel est le devoir d’un homme dans notre société civilisée lorsque, en partie par sa faute, sa famille est menacée?  C’est en abordant cette question que le film atteint des cimes assez exceptionnelles grâce à la complexité des situations et à la justesse des caractères qu’il présente. A ce titre, la fin est magnifique, loin de toute forme de convention.