Untel père et fils (Julien Duvivier, 1940)

De 1870 à 1939, l’histoire d’une famille française, les Froment.

Condenser 70 ans de guerres, de mariages et de conflits familiaux en 80 minutes (il  existerait une version de 114 minutes) ne va pas sans dilution à peu près totale de l’intérêt dramatique.  Les décors de studio et le défilé de stars accentuent l’aspect artificiel de ce projet commandé en haut lieu pendant la drôle de guerre. Au sein de ce navet officiel et insignifiant, je retiens quand même une scène: celle des retrouvailles de Raimu et Suzy Prim, portée par le talent des deux comédiens, qui trouve le temps et les répliques pour s’épanouir.

Les amoureux sont seuls au monde (Henri Decoin, 1947)

Un grand musicien heureux en mariage s’éprend d’une jeune pianiste…

Les amoureux sont seuls au monde sonne joliment faux comme pouvait sonner joliment faux, par exemple, Les enfants du Paradis. Les dialogues signés Henri Jeanson sont artificiels mais magnifiques, surtout lorsqu’ils sont dits par Louis Jouvet. Le regard sur la jeunesse est conventionnel et caricatural, bien loin de la justesse de ton des films contemporains d’un Jacques Becker, mais, grâce à la précision des comédiens, il émane une certaine vérité du couple principal. Le symbolisme de la narration est lourdaud mais une poésie mélancolique naît des beaux décors de studio éclairés par la fine lumière d’Armand Thirard.

En définitive, Les amoureux sont seuls au monde est un joli film à voir pour le grand Louis Jouvet dans un de ses meilleurs rôles au cinéma et pour quelques scènes qui, au-delà du charme suranné de l’ensemble, expriment quelque chose de vrai. Ainsi de l’ouverture dans laquelle l’artifice de la forme répond à l’artifice de la recréation du souvenir.