Le prince au masque rouge (Vittorio Cottafavi, 1953)

En Février 1793, un noble s’infiltre dans la garnison du Temple pour délivrer Marie-Antoinette…

Cette seconde adaptation de Dumas après Milady et les mousquetaires est un des meilleurs films réalisés par Vittorio Cottafavi. La variété des passions (politiques, amoureuses, amicales, familiales) animant les personnages lui permet de s’éloigner du manichéisme et de déployer ses qualités tragiques. Emblématique en est le plan où Yvette Lebon annonce à son mari que leur projet de délivrer la Reine ne l’intéresse plus face à son amour pour le chef révolutionnaire. Son hiératisme, la lenteur inéluctable de son déplacement dans l’escalier et les variations de sa distance par rapport à l’objectif traduisent sublimement l’élan d’une héroïne qui, comme chauffée à blanc, vient de se choisir un nouveau joug, un nouveau destin. Ainsi, la profusion des péripéties est-elle vivifiée par le style de Cottafavi. Outre ces séquences d’une grandeur racinienne, le metteur en scène trouve matière à déployer son sens pathétique (les retrouvailles avec le dauphin où la mère s’écroule physiquement), son sens de la liturgie (l’exécution de Marie-Antoinette dont la géométrie rappelle celle de son chef d’oeuvre: La fiamma che non si spegne) et son sens sadique (le duel au poignard avec des détails d’une violence incroyable). Bref, le budget est vraisemblablement modique mais le talent est éclatant, particulièrement dans la très prenante dernière partie où le complexe écheveau narratif trouve son unité.

La femme perdue (Jean Choux, 1942)

Se croyant abandonnée par le marin qui l’a mise enceinte, une femme épouse un bourgeois bienveillant qui, à la guerre, se liera avec le père de l’enfant adopté.

Et le découpage pléonastique aussi bien que la caricaturale direction d’acteurs renforcent la stupidité du script. La femme perdue est un mélo des plus épouvantables mais c’est aussi une des très rares films de l’Occupation à montrer des soldats de l’an 40.

Les deux orphelines (Maurice Tourneur, 1933)

Sous Louis XV, les mésaventures de deux orphelines montées à Paris et abusées par divers personnages…

Le talent visuel de Maurice Tourneur ne suffit pas pour insuffler un quelconque intérêt dramatique à ce poussiéreux mélo fait de manichéisme outrancier, de personnages caricaturaux et de coïncidences grossières. L’omniprésence du studio et l’absence de plan d’ensemble des rues de Paris accentuent l’aspect essentiellement illustratif de la mise en scène. Toutefois, une scène, d’une beauté hallucinée, surprend: celle où la marâtre berce le cadavre de son fils.

Marie-Martine (Albert Valentin, 1943)

Un romancier exploite le malheur d’une fille perdue par une riche famille pour écrire un livre.

La construction excessivement alambiquée camoufle un temps la profonde convention de l’intrigue mais le tout reste superficiel. Renée Saint-Cyr n’est pas aussi fraîche qu’Odette Joyeux ou Danièle Darrieux, Jules Berry cachetonne mais Saturnin Fabre, au cours d’une scène purement digressive, nous régale d’une composition exceptionnelle de fantaisie et de vérité humaine. C’est aussi ça la grandeur du cinéma français classique.