Drôle de jeu (Pierre Kast, 1968)

Pendant l’Occupation, un mouvement de résistance communiste est confronté à la capture d’un des siens.

Le seul intérêt du bouquin atrocement didactique de Roger Vailland résidait dans le noeud de l’intrigue qui apparentait son tract communiste aux grands mélodrames romanesques. Malheureusement, pour son adaptation, Pierre Kast a préféré retenir les tirades abondantes et ronflantes du héros que de jouer sur le potentiel tragique du récit. Probablement ce piètre metteur en scène en aurait-il été incapable, tel qu’en témoigne la platitude de son filmage, la grisaille de son image, la neutralité forcenée de ses acteurs (désastreuse influence de Bresson), l’absence totale de souffle dramatique. Pour parachever, précisons que Maurice Garrel n’est pas crédible du tout en libertin.

Our time will come (Ann Hui, 2017)

Dans Hong-Kong occupé par les Japonais, après avoir aidé son ancien professeur à fuir, une institutrice s’engage de plus en plus dans la Résistance.

Retour en forme de Ann Hui avec cette véritable épopée. Comme elle l’a dit à la Cinémathèque de Bercy: « je me sens d’autant plus hong-kongaise que l’identité hong-kongaise est aujourd’hui menacée ». Ainsi, pour exalter le combat des East River brigades contre l’envahisseur japonais, elle s’approprie délibérément un style qui ne fut pas le sien à l’époque mais qui reste -à tort ou à raison- associé à l’âge d’or du cinéma HK. Elle filme les fusillades avec un découpage heurté et stylisé visiblement inspiré de Tsui Hark et John Woo. Cette fantaisie spectaculaire peut légitimement choquer le spectateur occidental habitué, lorsqu’il s’agit de résistance au cinéma, à l’austère solennité de L’armée des ombres. La très fulgurante virtuosité de la réalisatrice est patente aussi bien dans les scènes d’action que dans les moments de suspense ou d’émotion. Très réussi dans le détail, Our time will come déçoit pourtant car la fresque, hétérogène et discontinue, n’atteint pas la profondeur romanesque que ses prémices laissaient présager. Ann Hui va jusqu’à interrompre régulièrement le récit avec des inserts pseudo-documentaires où des acteurs jouent d’anciens résistants racontant leur combat. Ce frustrant procédé paraît stérile et contre-productif jusqu’au beau panoramique final qui synthétise les deux temporalités: c’est la naissance d’une nation qui nous a été montrée.

1 homme de trop (Costa-Gavras, 1967)

Dans les Cévennes, des maquisards délivrent douze prisonniers mais un intrus s’est glissé parmi eux.

1 homme de trop n’est pas un film « sur la Résistance » mais est un film où la Résistance sert de cadre à l’exploitation de recettes d’écriture conventionnelles (le suspense autour de la botte allemande…) et de procédés spectaculaires (le film est une succession de coups de mains) qui nuisent à la crédibilité et à la justesse des situations représentées. De plus, les ambitions « westerniennes » de Costa-Gavras ne sont pas vraiment concrétisées faute de rigueur dans le découpage (l’introduction est d’une lamentable confusion). Les mouvements d’appareil abondent et ne sont pas toujours justifiés mais engendrent parfois des effets intéressants: ainsi du rapide éloignement de la caméra lorsque le camion poursuivi sort de la route de montagne qui étonne tout en précisant la topographie. Bref, 1 homme de trop est une superproduction qui se laisse regarder, notamment parce que son rythme est haletant, mais qui ne joue pas dans la même catégorie que L’armée des ombres.

La confession (Nicolas Boukhrief, 2017)

Sous l’Occupation dans un village français, une postière communiste provoque le nouveau prêtre, jeune et séduisant.

En adaptant Léon Morin prêtre, le roman de Béatrix Beck, Nicolas Boukhrief confirme que son talent ne se limite à la confection de polars. Son tact, matérialisé notamment par son sens de l’allusion et par la finesse dialectique du montage, est immense et confère une grande justesse à sa représentation des Françaises soumises à l’Occupation allemande.

Les dialogues entre le prêtre et la communiste sont toujours aussi forts mais  je ne me souviens pas que l’arrière-plan avait une telle présence dans le film de Jean-Pierre Melville. Cela rend la conversion de l’héroïne encore plus complexe et intéressante car la corrèle à son combat résistant. En effet, c’est une excellente idée que sa crise mystique soit provoquée par une messe en hommage à des otages fusillés. A ce moment, la communauté nationale se fond complètement dans l’église (dans les rues du village, il n’y a plus que les soldats allemands) et son bouleversement intime est causé autant par la liturgie catholique et le charisme du prêtre que par le drame collectif. Quant aux interprètes, la barbe va bien à Romain Duris et Marine Vacth est une révélation.

On pourra regretter l’inutilité et la fausseté de la structure en flash-backs (puisque le point de vue des séquences dans le passé n’est pas toujours celui de l’héroïne) et noter une baisse de rythme vers le milieu du film mais il n’en reste pas moins que la condescendance des critiques est déplacée: la beauté un brin affectée de la photographie n’empêche pas que la mise en scène de Boukhrief, axée autour d’une caméra très souple et évitant le champ-contrechamp malgré l’importance du dialogue, soit infiniment plus vibrante et attentive que celle de James Gray dans son dernier film, aussi encensé qu’amidonné.

Un ami viendra ce soir (Raymond Bernard, 1946)

Dans les Alpes sous l’Occupation, un chef de la Résistance se cache dans un asile…

Le manichéisme du discours, l’extrême caricature des personnages allemands, certes excusables compte tenu de l’époque du tournage, mais aussi et surtout la poussiéreuse dramaturgie reposant sur un mystère sans intérêt (« qui est le commandant parmi les fous? ») et la vaine hystérie de la mise en scène (acteurs en roue libre, contrastes saugrenus et cadrages de traviole) rendent ce film irregardable aujourd’hui.