Les héros de Télémark (Anthony Mann, 1965)

En Norvège, des résistants tentent de neutraliser une usine fournissant de l’eau lourde aux nazis.

Par rapport à La bataille de l’eau lourde, c’est l’extrême inverse. Un romanesque usé et facile au service d’une glorification de la star Kirk Douglas parasite le beau récit des faits de résistance. Heureusement, l’élégance du découpage de Anthony Mann -toujours aussi ingénieux, concis et fonctionnel- est intacte. Les poursuites à skis dans les étendues glacées norvégiennes sont aussi bien filmées que les chevauchées de naguère dans les montagnes du Colorado. La réputation calamiteuse du dernier film achevé par le grand cinéaste n’est donc pas vraiment justifiée.

La bataille de l’eau lourde (Jean Dréville, 1948)

En Norvège, des résistants tentent de neutraliser une usine fournissant de l’eau lourde aux nazis.

Faisant jouer leur propre rôle aux protagonistes de l’histoire, usant et abusant de la voix-off, insérant images d’actualité et commentaires de physiciens, Jean Dréville a réalisé un « docu-fiction » avant la lettre. D’où que le didactisme l’emporte sur le spectaculaire malgré de jolies images des montagnes norvégiennes et une séquence d’infiltration assez réussie. La plus-value par rapport à un article de journal reste minime.

Le train (John Frankenheimer, 1964)

Trois semaines avant la Libération de Paris, des cheminots se mobilisent pour empêcher qu’un train rempli de chefs d’oeuvre de la peinture française ne parte en Allemagne.

De grosses invraisemblances, quelques tirades philosophiques hors de propos et le manque de concision à certains endroits n’empêchent pas de regretter que cette célébration spectaculaire de la Résistance française ait dû attendre le bon vouloir de Hollywood pour avoir lieu. Avec ses multiples explosions, ses cadres parfaits, ses mouvements d’appareil élégants, son héros super opiniâtre et super fort (à cinquante ans, Burt Lancaster tenait à faire savoir qu’il n’avait pas perdu ses talents d’acrobate) et, surtout, son sens continu de l’action technicienne, le film de Frankenheimer n’a aucune justesse historique mais préfigure Piège de cristal avec 25 ans d’avance.

Drôle de jeu (Pierre Kast, 1968)

Pendant l’Occupation, un mouvement de résistance communiste est confronté à la capture d’un des siens.

Le seul intérêt du bouquin atrocement didactique de Roger Vailland résidait dans le noeud de l’intrigue qui apparentait son tract communiste aux grands mélodrames romanesques. Malheureusement, pour son adaptation, Pierre Kast a préféré retenir les tirades abondantes et ronflantes du héros que de jouer sur le potentiel tragique du récit. Probablement ce piètre metteur en scène en aurait-il été incapable, tel qu’en témoigne la platitude de son filmage, la grisaille de son image, la neutralité forcenée de ses acteurs (désastreuse influence de Bresson), l’absence totale de souffle dramatique. Pour parachever, précisons que Maurice Garrel n’est pas crédible du tout en libertin.

Our time will come (Ann Hui, 2017)

Dans Hong-Kong occupé par les Japonais, après avoir aidé son ancien professeur à fuir, une institutrice s’engage de plus en plus dans la Résistance.

Retour en forme de Ann Hui avec cette véritable épopée. Comme elle l’a dit à la Cinémathèque de Bercy: « je me sens d’autant plus hong-kongaise que l’identité hong-kongaise est aujourd’hui menacée ». Ainsi, pour exalter le combat des East River brigades contre l’envahisseur japonais, elle s’approprie délibérément un style qui ne fut pas le sien à l’époque mais qui reste -à tort ou à raison- associé à l’âge d’or du cinéma HK. Elle filme les fusillades avec un découpage heurté et stylisé visiblement inspiré de Tsui Hark et John Woo. Cette fantaisie spectaculaire peut légitimement choquer le spectateur occidental habitué, lorsqu’il s’agit de résistance au cinéma, à l’austère solennité de L’armée des ombres. La très fulgurante virtuosité de la réalisatrice est patente aussi bien dans les scènes d’action que dans les moments de suspense ou d’émotion. Très réussi dans le détail, Our time will come déçoit pourtant car la fresque, hétérogène et discontinue, n’atteint pas la profondeur romanesque que ses prémices laissaient présager. Ann Hui va jusqu’à interrompre régulièrement le récit avec des inserts pseudo-documentaires où des acteurs jouent d’anciens résistants racontant leur combat. Ce frustrant procédé paraît stérile et contre-productif jusqu’au beau panoramique final qui synthétise les deux temporalités: c’est la naissance d’une nation qui nous a été montrée.

1 homme de trop (Costa-Gavras, 1967)

Dans les Cévennes, des maquisards délivrent douze prisonniers mais un intrus s’est glissé parmi eux.

1 homme de trop n’est pas un film « sur la Résistance » mais est un film où la Résistance sert de cadre à l’exploitation de recettes d’écriture conventionnelles (le suspense autour de la botte allemande…) et de procédés spectaculaires (le film est une succession de coups de mains) qui nuisent à la crédibilité et à la justesse des situations représentées. De plus, les ambitions « westerniennes » de Costa-Gavras ne sont pas vraiment concrétisées faute de rigueur dans le découpage (l’introduction est d’une lamentable confusion). Les mouvements d’appareil abondent et ne sont pas toujours justifiés mais engendrent parfois des effets intéressants: ainsi du rapide éloignement de la caméra lorsque le camion poursuivi sort de la route de montagne qui étonne tout en précisant la topographie. Bref, 1 homme de trop est une superproduction qui se laisse regarder, notamment parce que son rythme est haletant, mais qui ne joue pas dans la même catégorie que L’armée des ombres.