L’escalier (Stanley Donen, 1969)

A Londres, deux vieux homosexuels vivent chez la mère de l’un deux.

Evidemment, à l’époque de sa sortie, Staircase a dû paraître audacieux et certains traits gardent une certaine justesse (la mélancolie du couple devant les enfants qu’ils ne pourront jamais avoir). Toutefois, cette adaptation d’une pièce de théâtre est sûrement le film le plus sinistre de Stanley Donen. La complaisance dans le sordide (l’appartement marronnasse, les tâches de pisse sur les draps…) rend le film très pénible à regarder. Le cabotinage de Burton et Harrisson n’amène ni la vie ni la lumière ni la gaieté ni la vérité qui font cruellement défaut au film.

Infidèlement vôtre (Preston Sturges, 1948)

Suite au malencontreux rapport d’un détective, un brillant chef d’orchestre fou amoureux soupçonne sa femme d’infidélité.

Cette comédie de Preston Sturges est basée sur une pseudo-originalité: durant son concert, le chef d’orchestre imagine trois scénarios pour faire face à l’infidélité supposée de sa femme. Le cinéaste représente ces trois scénarios. Successivement. Cette construction est nulle puisque le spectateur sait que c’est du virtuel et que pendant tout ce temps (les deux tiers du métrage), le récit n’avance donc pas. Ses rêveries ne font même pas évoluer les sentiments ou le caractère du héros, elles ne sont que prétextes à gags poussifs à base de meurtres et de suicides (actions vidées de leur potentiel dramatique puisqu’on sait que ce n’est que du fantasme). Sous-tendue par une vision du monde proche du nihilisme, l’inspiration de Sturges est souvent très sinistre, ce qui rend ses films beaucoup moins plaisants que ceux de ses collègues Hawks ou McCarey.
C’est d’autant plus dommage que l’exposition était brillante montrant avec beaucoup d’humour comment la jalousie, indissociable de l’amour, peut empoisonner les esprits les plus raffinés. Mais les sentiments n’intéressent pas Preston Sturges…

Qu’est-ce que maman comprend à l’amour? (The reluctant debutante, Vincente Minnelli, 1958)

Un couple de la haute société-londonienne reçoit la fille américaine du mari, issue d’un premier mariage, qui doit faire ses débuts dans le monde. Dès la première soirée, celle-ci s’entiche d’un batteur de jazz. La petite famille va alors écumer les réceptions dans l’espoir de faire oublier le roturier à la jeune fille…

Qu’est-ce que maman comprend à l’amour? (merveilleux titre français!) est une comédie très drôle sur les différences de conception de l’amour entre les générations, sujet éternel s’il en est. Adapté d’une pièce de William Douglas Home, le film est clairement théâtral mais son rythme est enlevé. Il se déroule sous la forme d’une succession de fêtes. L’humour y est piquant.

Sans se départir d’une réelle tendresse pour ses personnages, Minnelli met à jour l’essence conservatrice des femmes, l’importance démesurée qu’elles attachent aux apparences sociales alors que les hommes, pragmatiques, sont évidemment bien plus détachés par rapport à ce vernis. La père s’avère plus compréhensif que son épouse envers les élans du coeur de sa fille. Cette misogynie est bien vue et réjouissante. Il faut dire qu’il n’y a pas une trace d’aigreur dans ce film, qu’à l’image du champagne qui y coule à flots, le ton reste pétillant de bout en bout et que la regrettée Kay Kendall rivalise sans peine avec son brillant cabotin de mari: Rex Harrisson.

Un vrai plaisir.

La citadelle (King Vidor, 1938)


L’histoire d’une jeune médecin idéaliste qui succombe à l’appât du gain lorsqu’il s’installe à Londres.
Le film a été tourné en Angleterre avec des acteurs du cru (Donat, Harrison…). Est-ce pour cela qu’il est visuellement sans grand intérêt, est-ce pour ça que sa narration, par ailleurs schématique et prévisible, avance bien plus par le blabla que par l’action ?  
Restent quelques belles séquences comme celle du sauvetage au début suivie d’un magistral plan-séquence. Le film ne fait donc pas partie des oeuvres majeures de son auteur mais il est éminemment personnel: La citadelle finit par raconter la lutte d’un individu face à l’establishment (médical ici), lutte concrétisée dans un discours final beau et édifiant comme on en voyait souvent dans le cinéma américain d’alors (fin des années 30).