The human factor (Otto Preminger, 1979)

Un bureaucrate du MI6 marié à une noire sud-africaine est soupçonné d’envoyer des renseignements à Moscou.

L’aspect visuel ingrat (très anglais) ne doit pas abuser le spectateur: après plusieurs semi-navets, le dernier film d’Otto Preminger fut digne de son auteur. Adaptant un roman de Graham Greene, le grand cinéaste viennois a retrouvé l’intelligence, l’élégance et la hauteur de vue emblématiques de ses chefs d’oeuvre. Ces qualités lui permettent ici de clarifier l’inextricable entrelacs de causes et de conséquences d’une affaire d’espionnage et de sèchement dramatiser la dialectique entre affaires d’état et affaires intimes. Retrouvant, conformément à la promesse de son titre, l’humanité au sein des rouages les plus cyniquement bureaucratiques des services secrets, The human factor montre combien l’idéologie peut ne pas importer dans le fait de servir un camp plutôt qu’un autre.

Morning departure (Roy Ward Baker, 1950)

Pendant un exercice de routine, un sous-marin britannique coule…

Les comédiens sont bons mais l’inébranlable sobriété du ton, si elle évite tout excès de mauvais aloi, fait virer le film vers le « terne et appliqué » d’autant que l’origine théâtrale est patente (arbitraire d’une narration ne gardant dans la dernière partie que les personnages sur lesquels elles s’était focalisée au début). Pas mal mais à des années lumières d’un Men without women .

 

Les joueurs d’échecs (Satyajit Ray, 1977)

Alors que leur province est sur le point d’être annexée par l’Empire britannique, deux petits aristocrates ne cessent de jouer aux échecs.

Le parallèle entre les nobles décadents qui oublient leurs affaires et l’évolution de la situation politique ne mène pas à grand-chose d’intéressant. Il y a quelques jolies séquences qui apportent un peu d’humour et de fraîcheur, telle celles qui mettent en scène l’épouse délaissée de Mirza mais dans l’ensemble, cette énième méditation théâtrale de Ray sur le pouvoir, le colonialisme, l’aristocratie et tutti quanti est assez vaine. De plus, sa mise en scène abusant des zooms est un peu moins élégante que d’habitude.

Rosebud (Otto Preminger, 1975)

Un groupe terroriste palestinien capture les filles de quatre milliardaires occidentaux. En échange de leur libération, il exige la télé-diffusion de leurs clips de propagande aux heures de grande écoute.

A partir des années 60, le cinéma d’Otto Preminger se caractérise par une volonté de contenir l’ensemble des aspects d’une réalité donnée. Cette ambition totalisante donnera lieu aux chefs d’œuvre de complexité que sont Le cardinal ou Tempête à Washington. Le risque d’une telle approche, c’est évidemment l’éparpillement anecdotique. Grâce à une rigueur de tous les instants dans la mise en scène, cet écueil avait été brillamment évité dans les œuvres majeures du début des années 60. Malheureusement, pour cet avant-dernier film le maître n’y échappe pas. L’enquête de l’agent secret chargé de retrouver les filles, les réactions des parents, les rapports des captives avec leurs geôliers…sont autant de petites histoires qui ne dépassent jamais le stade de la convention.

C’est d’ailleurs peut-être là que le bât blesse: Rosebud, au contraire des films précédents, s’inscrit dans un genre précis. Or Preminger n’affirme jamais le sujet de son film en mettant l’accent sur l’un ou l’autre des aspects de son scénario. Ce qui permettait une observation quasi-objective d’une réalité donnée dans Tempête à Washington apparaît ici comme un détachement hautement préjudiciable à l’intérêt du thriller. En dépit de sa prestigieuse distribution, Rosebud ne vaut donc guère mieux qu’un téléfilm comme le Black sunday de Frankenheimer.