Les gladiateurs (Demetrius and the gladiators, Delmer Daves, 1954)

Sous le règne de Caligula, le chrétien qui avait récupéré la tunique du Christ est condamné à devenir gladiateur.

De la finesse dans la caractérisation des personnages secondaires (sauf l’empereur), l’opulence de la direction artistique et la précision enlevée de la mise en scène n’empêchent pas le drame de ce chrétien gladiateur d’apparaître finalement schématique et attendu.

Ils n’ont que vingt ans (A summer place, Delmer Daves, 1959)

Un couple de déclassés américains accueille dans leur résidence transformée en hôtel la famille de leur ancien maître-nageur qui a depuis fait fortune. Les deux familles ont des enfants en âge d’aimer…

Premier des quatre mélodrames sur la jeunesse écrits, réalisés et produits par Delmer Daves, A summer place accumule les péripéties feuilletonesques à la limite de l’invraisemblable mais séduit par la relative franchise avec laquelle il traite du sexe ainsi que par le lyrisme de son style. A l’image de ce que faisait Douglas Sirk à Universal, la mise en scène est ainsi somptueuse: couleurs flamboyantes, musique magnifique de Max Steiner (dont le disque cartonna), ampleur des cadrages insérant les personnages dans un décor naturel qui reflète leurs tourments à la façon de la plus belle tradition expressionniste. Avec candeur et magnificence, Delmer Daves arrive à nous faire prendre au sérieux les drames sentimentaux de ses protagonistes, insufflant même à certains endroits de son mélodrame des accents tragiques. Il rend sensible le poids de la fatalité parentale qui pèse sur les deux jeunes héros. La distribution de ce joyau du genre « mélodrame flamboyant » est dominée par l’excellent Arthur Kennedy.

Duel dans la boue (These thousand hills, Richard Fleischer, 1959)

Dans une ville du Far-West, l’ascension d’un jeune homme ambitieux.

Duel dans la boue est une fable romanesque sur l’arrivisme corrupteur qui utilise pas mal de conventions narratives mal digérées. Ainsi de la caractérisation du méchant, trop systématiquement opposé au héros pour être crédible. Il n’y a pas non plus beaucoup d’action et le récit avance plus à travers des dialogues en intérieurs qu’à travers des chevauchées.

Néanmoins, Duel dans la boue est un bon western car la mise en scène de Richard Fleischer étoffe considérablement un scénario trop souvent simpliste. Prenons pour exemple la séquence du lynchage. D’abord, la sécheresse du découpage et la brutalité des cadrages lui insufflent une force dramatique comme seuls savaient le faire les maîtres hollywoodiens de l’époque. Mais ce n’est pas tout. Fleischer nuance la grossièreté de la situation en faisant tirer un des lyncheurs sur la corde. Ce geste furtif n’influencera guère la suite de l’histoire (le lynché était en fait déjà mort) mais charge d’un poids d’humanité ce qui était écrit sur le papier. Les personnages ne sont alors plus des pantins asservis à la mécanique (pas très brillante) du scénario mais des êtres de chair et de sang dont les réactions peuvent contredire le sens général d’une scène.

A ce titre, si le héros est le réceptacle quelque peu forcé du discours des auteurs sur les méfaits de l’ambition, la prostituée interprétée par Lee Remick est un magnifique personnage. Elle est le reflet à la fois biaisé et exacerbé du drame. Le jeu détaché de l’actrice, son charme évanescent et, évidemment, le bleu insondable de ses yeux sont pour beaucoup dans la beauté de Duel dans la boue.

Esther et le roi (Raoul Walsh, 1960)

Le roi des Perses épouse une Juive.

La beauté des grands films américains, et plus spécialement ceux de Raoul Walsh, résidait dans le fait que la mise en scène de « thématiques profondes » se faisait à travers l’action, les péripéties et une trivialité qui frisait le documentaire. Dans ce péplum biblique coproduit par l’Italie à une époque où Hollywood se meurt, rien de tout cela. L’incarnation fait cruellement défaut. La statisme de la mise en scène n’a d’égal que la niaiserie de la morale et le ridicule des acteurs de deuxième zone débitant gravement leurs déclarations d’amour ou de haine. Reste la beauté de Joan Collins, ce qui n’est pas tout à fait rien.

Bungalow pour femmes (The Revolt of Mamie Stover, Raoul Walsh, 1955)

Une oeuvre assez atypique dans la pléthorique filmographie de Raoul Walsh. Le fond du film, l’histoire d’une femme avide, qui en temps de guerre aura à choisir entre son amour et ses désirs de puissance, est typique de l’auteur de La rivière d’argent. En revanche, le style est étonnamment tranquille alors qu’un tel sujet aurait pu donner lieu à un traitement plus lyrique. En dépit d’une photographie en Cinémascope aux couleurs chatoyantes qui se plaît à recréer des clichés de carte postale (décor hawaïen oblige), le film s’apparente plus à une fable morale qu’à un « mélodrame flamboyant ». L’évolution de l’héroïne est écrite de façon très juste, l’historique attaque de Pearl Harbour étant un moteur »naturel » de la dramaturgie. Les répercussions de cet évènement sur le comportement des deux amoureux permettent de révéler leur nature mais jamais la guerre n’est mise au premier plan. Il n’y a pas de surdramatisation, pas de coups de théâtre qui seraient justifiables par le contexte exceptionnel de seconde guerre mondiale. Ainsi le scénario ne nous fait jamais craindre pour la vie des personnages principaux. Jane Russell, dont les talents de comédienne ont pu être mis en doute, trouve ici ce qui restera peut-être comme son meilleur rôle. Ses généreux appas font partie intégrante de la caractérisation de son personnage d’entraîneuse. Richard Egan qui joue le romancier à succès dont elle tombe amoureuse paraît malheureusement assez fade face à elle. Au final, une belle histoire de femme de plus à l’actif du réalisateur de The man I love et La belle espionne.