Le shérif ne pardonne pas (The deadly trackers, Barry Shear, 1973)

Lorsque sa femme et son fils sont tués par des bandits, un shérif part à leur poursuite et abandonne ses principes non-violents.

C’est Samuel Fuller qui commença le tournage de ce film, adapté d’une de ses nouvelles (Rialta). Pour diverses raisons, il s’en fit déposséder par la MGM et c’est Barry Shear, son producteur, qui est crédité à la réalisation. Lorsqu’il vit le film, Fuller fut atterré. On le comprend. Le début laissait augurer un beau western tragique mais la désinvolture de la mise en scène et la nullité du scénario, à la fois répétitif et lourdement symbolique, ont vite fait d’anéantir l’intérêt pour les personnages. Parmi les défauts les plus flagrants, la musique, complètement déplacée, fait tendre ce western qui aurait mérité une dure sécheresse dans son traitement vers la parodie.

Les héros de Télémark (Anthony Mann, 1965)

En Norvège, des résistants tentent de neutraliser une usine fournissant de l’eau lourde aux nazis.

Par rapport à La bataille de l’eau lourde, c’est l’extrême inverse. Un romanesque usé et facile au service d’une glorification de la star Kirk Douglas parasite le beau récit des faits de résistance. Heureusement, l’élégance du découpage de Anthony Mann -toujours aussi ingénieux, concis et fonctionnel- est intacte. Les poursuites à skis dans les étendues glacées norvégiennes sont aussi bien filmées que les chevauchées de naguère dans les montagnes du Colorado. La réputation calamiteuse du dernier film achevé par le grand cinéaste n’est donc pas vraiment justifiée.

Le convoi sauvage (Man in the wilderness, Richard C. Sarafian, 1971)

En 1820, un trappeur quasi-mourant est abandonné par les autres membres de son expédition vers l’Ouest. Petit à petit, il va se rétablir seul dans la nature…

En dépit des grotesques plans embrumés censés figurer le regard du blessé, il y a de belles scènes « de survie » qui voient le héros se soigner, chasser et se faire à manger tout seul dans le froid de la forêt. Une séquence indéniablement touchante le voit réparer la jambe cassée d’un lapin albinos. Le problème est qu’autour de cet intéressant -et véridique- récit de survie, les auteurs ont brodé un embryon d’intrigue à partir d’une kyrielle de poncifs et de procédés éculés (flashbacks). Deux histoires sont en fait montées en alternance: celle du héros qui survit et celle des autres membres de son expédition qui continuent leur chemin.

Les quelques pistes narratives esquissées, toutes assez conventionnelles, ne sont pas développées dans la continuité. Ainsi de la relation pseudo-filiale entre le chef de l’expédition et le survivant. Un autre exemple est la scène où un pionnier halluciné abat un de ses camarades. Le climat de folie a été « dit » plusieurs fois lorsque des pionniers affirmaient avoir peur de voir le trappeur revenir les tuer mais cette crainte, absurde en soi, n’a pas été étayée par la mise en scène. Elle paraît alors ressortir de l’arbitraire des auteurs plus que de la vérité de la situation. Ce manque de continuité, ce perpétuel entre-deux, ce refus du choix des auteurs entre western romanesque et récit de survie brut de décoffrage, fait que le film est convaincant par intermittences et ennuyeux par ailleurs.