A bout de course (Running on empty, Sidney Lumet, 1988)


Un couple de militants gauchistes qui a fait sauté une usine lors de la guerre du Viet-Nam est traqué par le F.B.I. Dix-huit ans après l’attentat, ils ont eu plusieurs enfants. La cohésion de la famille en cavale est remise en question lorsque le fils aîné veut partir à l’université.

Sidney Lumet délaisse un temps sa panoplie de cinéaste engagé pour réaliser un des films les plus justes sur la famille que le cinéma américain nous ait donnés à voir ces trente dernières années. La beauté de A bout de course vient de la sobriété d’une mise en scène entièrement focalisée sur les personnages. Elle vient des petits riens très évocateurs captés par la caméra. Elle vient de la sensibilité avec laquelle Lumet raconte un moment-clé de la vie d’un adolescent. Elle vient de l’excellence des acteurs, quel que soit leur sexe, quel que soit leur génération. Elle vient de la présence de la délicieuse et trop rare Martha Plimpton. Elle vient enfin des moments de grâce inattendus qui viennent génialement suspendre le récit. A ce titre, la séquence de l’anniversaire est peut-être la plus belle séquence d’harmonie familiale depuis La vie est belle de Capra.

Explorers (Joe Dante, 1985)

Trois gamins un peu en marge de leurs camarades d’école construisent un vaisseau spatial.

J’aurais suradoré Explorers si je l’avais découvert à l’âge de 10 ans. Aujourd’hui, les clichés narratifs, le fétichisme de nerd (ha, cette fascination béate pour les ordinateurs) ou encore la dernière partie auto-complaisante et longuette sont autant de réserves que je porte à l’appréciation du film. Celui-ci n’en reste pas moins une réussite grâce à la foi de Joe Dante et son équipe dans ce qu’ils racontent. Foi qui se manifeste notamment à travers un soin artisanal apporté à tous les aspects de la réalisation de l’oeuvre: photo, musique, mouvements de caméra…Tout cela est d’une parfaite élégance.

Dante insuffle un vrai sens du merveilleux à son film et l’excitation des enfants qui s’envolent est communiquée par une mise en scène jubilatoire qui ne verse jamais dans la surenchère. Le discours de l’oeuvre n’est pas aussi immature qu’on aurait pu l’imaginer au début: le rêve doit avoir une fin et permettre de mieux affronter la réalité. C’est assez convenu mais ce n’est pas puéril. Et puis de toute façon, un film qui cite explicitement Thunder road de Bruce Springsteen est un film hautement recommandable…