Candy mountain (Robert Frank, 1988)


Un jeune musicien new-yorkais est chargé par une maison de disques de retrouver un mythique fabriquant de guitares exilé au fin fond du Canada. Il croisera toutes sortes de personnages sur sa route.

Réalisé par Robert Frank, grand photographe américain, Candy mountain est une essence de ciné indé US. On retrouve cette caractérisation des personnages qui refuse toute psychologie au profit parfois d’une  « poésie décalé » qui frise le pittoresque à deux francs six sous (le passage avec les Rangers père et fils). On croise une galerie d’icônes à faire pâlir d’envie un Jim Jarmush: Joe Strummer, Tom Waits, Dr John, Bulle Ogier… Toutefois, les auteurs arrivent à faire passer, avec une belle limpidité, quelque chose sur l’éternel appel de l’Ouest, sur le caractère illusoire des mythes américains (voir la légende de la musique qui se vend aux Japonais sans le moindre état d’âme). Des paysages routiers saisis dans toute leur âpreté, des seconds rôles avec une belle présence donnent une certaine authenticité  à ce voyage au coeur de l’Amérique profonde qui aurait pu n’être qu’une branchouillerie sans âme.

La barbe à papa (Paper moon, Peter Bogdanovich, 1973)


Pendant la Grande dépression, un escroc découvre l’existence de la fille d’une de ses anciennes maîtresses le jour de son enterrement. La famille le charge d’emmener la gamine chez une tante qui habite à l’autre bout du pays. C’est le début d’un road-movie, comme on dit. Un joli road movie mais sec, sans nostalgie apparente. Comme dans La dernière séance, l’excellent précédent film de Bogdanvitch, le style est dépouillé, montrant crûment la réalité. La gamine, pas vraiment attendrissante, apprend la vie de façon assez dure au contact de cet escroc. La séquence où elle arnaque une pauvre caissière aurait été cocasse chez un autre cinéaste, disons Chaplin. Ici, elle est dérangeante. Les deux acteurs sont excellents, aussi bien le sous-estimé Ryan O’Neal que sa fille, Tatum O’Neal qui a obtenu à l’âge de dix ans un Oscar mérité pour sa prestation.
En même temps que le chroniqueur sans fard d’une époque sombre, Bogdanovich est aussi le nostalgique d’un âge d’or fantasmé. A sa façon, il est un continuateur de Ford. C’est pourquoi La barba à papa se révèle, en filigrane, à un second degré de lecture, mélancolique. Le pathétique des tribulations des deux compères sur la route montre que l’ère des pionniers est bel et bien finie.