L’homme à la barbiche (Louis Valray, 1933)

Note dédiée à Paul Vecchiali

Un homme mystérieusement traqué porte plainte…

Dans ce premier moyen-métrage qu’il a écrit et réalisé, Louis Valray fait preuve d’une inventivité formelle qui le rapproche d’un Edmond T.Gréville. L’atmosphère énigmatique suscitée par un découpage éclaté -mais non gratuit car chaque raccord est justifié par l’action dramatique- rappelle aussi La nuit du carrefour puis la première partie du Fantomas de Fejos. L’exercice de style aurait pu sembler vain si une fantaisie discrètement comique, incarnée notamment par l’amusant personnage de Ledoux, ne venait l’irriguer. Si on ajoute que L’homme à la barbiche est un des très rares films à présenter Robert Le Vigan en vedette, on  comprendra sa relative importance dans le cinéma français de la première moitié des années 30.

Publicités

La rue sans nom (Pierre Chenal, 1934)

Un bandit en cavale s’incruste avec sa fille chez un ancien complice devenu père de famille ouvrier.

Visiblement très influencé par Pabst, Pierre Chenal a privilégié l’esthétisme à la fluidité. Force est de constater que le roman de Marcel Aymé est beaucoup plus riche d’évocations et d’émotions que son adaptation cinématographique (à propos de laquelle fut pour la première fois employée l’expression « réalisme poétique »).

La collection Ménard (Bernard Roland, 1944)

Une jeune fille indochinoise cherche son père dont elle sait qu’il s’appelle « Paul Ménard » à Paris.

Un navet pur et simple qui a le mérite d’avoir inspiré à Lucien Rebatet un brillant éreintage dans Je suis partout à une époque, le printemps 44, où les critiques de cinéma parisiens n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent.

 

Le tunnel (Kurt Bernhardt, 1933)

Tandis que son épouse se languit de lui, un ingénieur qui creuse un pont sous l’Atlantique est confronté à des sabotages…

Si le postulat peut sembler ahurissant, les ressorts dramatiques sont conventionnels  quoique vivifiés par le magnétisme du jeune Gabin et plaisamment enrobés par l’esthétisme sombre de Kurt Bernhardt.

Romarin (André Hugon, 1937)

En Provence, un épicier tente de fiancer sa fille à un pêcheur séducteur dont le père, musicien et champion de pétanque, l’aiderait à devenir maire…

Ce n’est que l’un des axes narratifs d’un film qui mélange les genres et a aussi des composante policières et musicales. Le tout est très inégal mais a un certain charme. Les dialogues (du sous-sous-Pagnol) et le cabotinage de Larquey et Le Vigan (en roue libre) amusent tandis que le folkore provençal, la sympathie des acteurs, les chansons de Scotto et les décors naturels des calanques restituent plutôt bien l’atmosphère chaleureuse d’un midi mythifié. En revanche, dès qu’il s’agit d’insuffler un peu de tension dramatique, dès qu’il s’agit d’insuffler un peu de vérité à des situations usées, la platitude du découpage de André Hugon se ressent cruellement. Le montage entre les différentes composantes du récit est également plus maladroit qu’audacieux: il y a une partie dont on se demande pourquoi elle est racontée en flashback…mais ce genre de tentative fait partie de la poésie naïve de ces petits films bricolés avec une ambition manifeste même si pas vraiment concrétisée (André Hugon, réalisateur de troisième division mais auteur complet, signe ses films comme les signait Abel Gance).

L’île perdue/La femme du bout du monde (Jean Epstein, 1937)

Sur une île près de l’Antarctique, des marins partis chercher du radium tombent sous le charme d’une femme qui tient un bar avec son mari et son fils.

Une sorte de baudruche filmique. Le film aurait été considérablement mutilé (au point de changer de titre) et cela se voit car toutes les intrigues se résorbent (plus qu’elles ne se résolvent) subitement après environ 50 minutes de projection. Le récit de ces marins qui tombent sous le charme d’une sirène des temps modernes est a priori original et intéressant mais manque singulièrement de substance. De plus, la pauvreté des décors (dont Epstein plasticien ne fait pas grand-chose) va de pair avec la pauvreté narrative et accentue l’abstraction de ce qui nous est montré. La distribution est inégale: Le Vigan en armateur avide nous gratifie d’une composition délectable mais le Parisien Paul Azaïs imite l’Alsacien Pierre Fresnay lorsqu’il imite les Marseillais et ce n’est pas très probant. Néanmoins, La femme du bout du monde garde un certain charme nostalgique, charme qui se matérialise pleinement dans les flash-backs bizarres et folkoriques insérés par Jean Epstein lorsque « la femme du bout du monde » chante des airs bretons.

Untel père et fils (Julien Duvivier, 1940)

De 1870 à 1939, l’histoire d’une famille française, les Froment.

Condenser 70 ans de guerres, de mariages et de conflits familiaux en 80 minutes (il  existerait une version de 114 minutes) ne va pas sans dilution à peu près totale de l’intérêt dramatique.  Les décors de studio et le défilé de stars accentuent l’aspect artificiel de ce projet commandé en haut lieu pendant la drôle de guerre. Au sein de ce navet officiel et insignifiant, je retiens quand même une scène: celle des retrouvailles de Raimu et Suzy Prim, portée par le talent des deux comédiens, qui trouve le temps et les répliques pour s’épanouir.