Wagon tracks (Lambert Hillyer, 1919)

Un pisteur se rend compte que le convoi qu’il emmène dans l’Ouest comprend l’assassin de son frère…

Avant La caravane vers l’OuestLa piste des géants ou Le convoi des braves, Wagon tracks est possiblement le premier représentant de ce sous-genre du western où des chariots bâchés remplis de pionniers partent vers l’Ouest. Pour une fois, William S.Hart ne joue pas un cow-boy au sombre passé mais un héros d’une candeur qui confine à la naïveté. Face à lui, il y a un méchant très méchant (et très fourbe). D’où que le manichéisme se substitue aux accents tragiques emblématiques de ses meilleurs films. Il y a bien un dilemme concernant la soeur d’un méchant mais c’est très stupidement et très facilement que le drame est dénoué. Heureusement, la mise en scène est solide. Lambert Hillyer exploite bien le décor naturel et particulièrement le désert où se déroule une séquence qui a possiblement inspiré Sergio Leone pour Le bon, la brute et le truand.

The last of the Ingrams (Walter Edwards, 1916)

Dans une ville côtière puritaine, le dernier rejeton d’une grande famille, alcoolique et paresseux, risque de voir ses biens saisis par le banquier…

Encore une fois, la merveilleuse alchimie de la Triangle de Thomas Ince transfigure un matériau bancal. Il y a quelque chose d’un peu capillotracté et démonstratif dans cette histoire de déchéance et de rédemption d’un alcoolique faisant face aux Pharisiens et épaulant une Marie-Madeleine des temps modernes. De plus, la composition de William Desmond a tendance à alourdir la sauce. Mais la netteté du découpage, le dynamisme inventif des morceaux de bravoure et, surtout, le fantastique alliage de naturel et de sophistication dramatisante dans la lumière intensifient la présence de ce qui se déroule à l’écran tout en insufflant une profonde densité à la description critique d’une communauté puritaine.

L’homme aux yeux clairs (Blue blazes rawden, William S.Hart, 1918)

Au Canada, un bandit est transfiguré par sa rencontre avec la mère d’un rival qu’il a assassiné.

En dehors du fait qu’il soit bouclé avec la ficelle artificielle et puritaine de la femme qui fait le mal parce qu’elle serait éconduite, ce nouveau drame de la rédemption par William S. Hart est une nouvelle réussite. Sa dureté réaliste et sa tendre pudeur n’empêchent pas ses scènes de violence d’être stylisées par les éclairages de Joe August pour maximiser leur impact dramatique.

La rédemption de Rio Jim (The return of Draw Egan, William S. Hart, 1916)

Un bandit en cavale accepte un poste de shérif dans une ville en proie au désordre…

De par la qualité de sa mise en scène, The return of Draw Egan fait indéniablement partie des meilleurs westerns de son temps. La sophistication d’un découpage très signifiant insuffle du poids à chaque geste de la star (le roulage d’une cigarette est aussi dramatisé qu’une fusillade) et concrétise la louable ambition des auteurs qui était de retracer l’évolution psychologique du héros plutôt que d’exciter le spectateur avec des chevauchées. En effet, à l’exception d’un début sur les chapeaux de roues, l’essentiel du film se déroule en milieu urbain. Toutefois, on ne m’empêchera pas de préférer la vive spontanéité des Cheyenne Harry de John Ford à la pesante précision des Rio Jim. L’austérité puritaine de William S. Hart aurait fait de lui un comédien idéal chez Dreyer mais rend son western quelque peu monotone. Je chicane parce que je pense que le grand air, le mouvement et la variété des registres conviennent mieux au genre que les intérieurs, les postures étudiées et le sérieux affiché mais The return of Draw Egan n’en demeure pas moins un très bon film, emblématique des génies de Hart et de la Triangle.