The racket (John Cromwell, 1951)

Un nouveau commissaire s’oppose au caïd de la corruption…

Remake de The racket, moins virevoltant et plus attendu que l’original. L’essentiel du plaisir dispensé par ce polar conventionnel provient du face-à-face entre Robert Mitchum et Robert Ryan.

Adieu mon salaud (The friends of Eddie Coyle, Peter Yates, 1973)

A Boston, un truand quinquagénaire impliqué dans un trafic d’armes veut éviter de retourner en prison…

Beau polar crépusculaire où la jolie lumière automnale s’accorde aux traits fatigués du héros magnifiquement interprété par Robert Mitchum. Son réalisme de détail (émouvante justesse de l’ancrage familial) compense le manque de souffle de la mise en scène qui peine à réaliser l’unité d’un récit foisonnant.

Ailleurs l’herbe est plus verte (Stanley Donen, 1960)

Une lady tombe dans les bras d’un millionnaire américain venu visiter le château de son mari.

Les ressorts théâtraux sont patents mais la finesse des dialogues, la classe de la distribution, la splendeur de l’enrobage Technirama et la hauteur de vue d’un récit où chaque personnage a sa dignité font qu’il serait stupide de faire la fine bouche devant cette comédie presque aussi étincelante que du Guitry circa-1936.

L’aventurier du Rio Grande (The wonderful country, Robert Parrish, 1959)

Après s’être cassé la jambe, un Américain engagé comme pistolero par un riche propriétaire mexicain songe à changer de vie…

Un des derniers grands westerns classiques et probablement le chef d’oeuvre de Robert Parrish. Thématiquement parlant, L’aventurier du Rio Grande se situe quelque part entre La cible humaine et Le jugement des flèches mais son originalité est évidente. Tout en se coltinant (aisément) les fusillades, tuniques bleues, généraux mexicains et autres guerriers Apaches propres au genre mais en se permettant des audaces tranquilles à l’intérieur de la narration (ainsi le long et beau segment consacré à la convalescence), les auteurs retracent la crise d’identité d’un héros fatigué idéalement interprété par Robert Mitchum. Le script synthétise habilement les problèmes sentimentaux, professionnels et communautaires du pistolero en un drame existentiel d’une ampleur alors exceptionnelle.

Les diverses manifestations de ce drame ne sont jamais appuyées mais souvent suggérées: le ton du film est aussi détaché que le jeu de sa vedette (qui produisit le film, fait assez rare concernant le désinvolte Mitchum pour être rappelé). Le rythme participe au charme particulier de l’oeuvre: le goût de la nonchalance n’y empêche pas de surprenantes ellipses. En bon cinéaste américain, Robert Parrish incarne physiquement et géographiquement les atermoiements de son personnage: ce sont notamment les multiples et décisifs franchissements du Rio Grande.

Ne serait-ce que pour le plan somptueux où Mitchum plonge dans le fleuve pendant la nuit tandis que le village mordoré de l’autre rive s’y reflète, le film vaut le coup d’oeil. La photographie de Floyd Crosby et Alix Phillips est de toutes façons splendide. La beauté drue des plateaux verdoyants n’a d’égale que l’audace discrète des plans quasi-monochromes qui ajoutent au sentiment de tristesse diffuse. Enfin, la fin de ce western mélancolique compte parmi les plus émouvantes du genre.

Feux croisés (Edward Dmytryk, 1947)

Un policier enquête sur un meurtre commis au sein de l’Armée…

Un « whodunit » dont l’artifice de la construction à base de flashbacks ne masque guère l’indigence dramatique. Le déroulement du récit apparaît laborieux. C’est formidable d’avoir les trois Robert dans la distribution mais leurs personnages ne sont malheureusement pas très intéressants. La dénonciation du racisme est trop vague pour apparaître comme autre chose que du bon sentiment mâtiné de prêchi-prêcha de gauche.

Les forçats de la gloire (The story of G.I Joe, William Wellman, 1945)

Du désert tunisien à l’Italie, différentes campagnes d’une unité de fantassins américains pendant la seconde guerre mondiale.

William Wellman a voulu faire un film plus réaliste que la moyenne des films de guerre. Malgré les décors de studio, il y est parvenu. Les forçats de la gloire est un précurseur des grandes oeuvres de Samuel Fuller (Les maraudeurs attaquent, Au delà de la gloire), vétéran de la Big red one qui voyait d’ailleurs dans le film de Wellman « le seul film honnête sur l’infanterie tourné pendant la guerre à Hollywood ». Les forçats de la gloire est cependant moins sec et plus didactique. On sent souvent les intentions précéder l’exécution. Par exemple, indépendamment de la beauté du noir et blanc de Russell Metty, la composition très apprêtée de plusieurs plans tranche d’avec la crudité de la représentation. Le découpage de Wellman, plus soucieux de la force de l’image que du naturel de la séquence, n’a pas l’aisance de celui de Walsh ou de Fuller. La voix-off et la musique surchargent aussi l’image de sens. Il reste enfin quelques concessions au sentimentalisme hollywoodien qui apparaissent franchement déplacées dans cet univers de boue, de violence et de sang. Ainsi du coup de foudre amoureux. Ces réserves, si elles empêchent de faire figurer Les forçats de la gloire parmi les chefs d’oeuvre du genre, ne doivent cependant pas vous induire en erreur. Le film reste très intéressant et le style elliptique du cinéaste fait plusieurs fois mouche. En témoigne par exemple la surprenante arrivée des cadavres sur le dos des mules. William Wellman allait quelques années plus tard s’intéresser à la bataille des Ardennes avec l’excellent Bastogne qui est, lui, une réussite complète.

Le Paradis des mauvais garçons (Macao, Josef Von Sternberg, 1952)

A Macao, un aventurier américain se retrouve embarqué dans une sale histoire.

Exotisme de studio, éclairages savants, mouvements de caméra sophistiqués, dialogues piquants, rapports amoureux brutaux…Von Sternberg obligé de supporter les caprices de Howard Hughes (le réalisateur sera viré avant la fin du tournage et remplacé par Nicholas Ray) recycle sa panoplie sans grande conviction. C’est parfois joli à regarder mais le scénario réussissant le tour de force d’être à la fois inconsistant et embrouillé est vraiment trop nul.

Lame de fond (Undercurrent, Vincente Minnelli, 1946)

Une vieille fille enfin mariée apprend par son époux qu’elle a un beau-frère psychopathe. Mais le psychopathe est-il celui que l’on croit?

Ce film noir psychanalytique est, en dépit d’un excellent trio d’acteurs (Katharine Hepburn, Robert Mitchum, Robert Taylor), un des ratages de Minnelli. Le récit patine, le film est bavard et le déroulement s’avère assez prévisible.

La vallée de la peur (Pursued, Raoul Walsh, 1948)

Le destin tragique d’un homme hanté par son passé.
Lecteur, je vous vois venir: avec une phrase aussi vague et passe-partout, vous vous dites que je ne me foule pas trop. Sachez justement qu’il est difficile de résumer Pursued de façon plus précise sans rentrer dans les détails d’une histoire parmi les plus abracadabrantesques jamais filmées. Une histoire qui met en scène des passions d’une force extraordinaire. Comme dans Duel au soleil (qui était adapté d’un roman écrit par Niven Busch, le scénariste de Pursued) , comme dans les grandes tragédies classiques, il n’y a pas ici d’espace entre l’amour inconditionnel et la haine farouche. Pour se réaliser, le couple central devra affronter le méchant mais aussi et surtout surmonter un passé déchirant qui fait d’eux des ennemis mortels. Apprendre à pardonner, faire face à ses tourments les plus secrets. Cela est raconté sous la forme d’une profusion romanesque qui jamais ne perd le spectateur. Les esprits chagrins n’auront même pas le temps de tiquer sur la lourdeur des symboles psychanalytiques, emportés qu’ils seront par le rythme galopant de la narration.
Rythme dont la vélocité n’a d’égal que la force lyrique de la réalisation. La musique orageuse de Steiner, les images sombres de James Wong Howe donnant des allures de film noir au western, l’utilisation oppressive du majestueux décor de Monument Valley et les éléments perpétuellement déchaînés de la mise en scène (ha, cette façon unique qu’a Walsh de filmer les chevaux lancés au triple-galop) font de Pursued une œuvre terrassante d’intensité dramatique. Plusieurs séquences se hissent à la hauteur de la célèbre fin de Colorado territory en terme de puissance romantique. Alliage monstrueux de trépidation romanesque et de grandeur tragique, Pursued est un film majeur de Raoul Walsh, un film dans lequel l’expression des sentiments de haine et d’amour touche à un paroxysme rarement atteint au cinéma.

Track of the cat (William Wellman, 1954)


Dans un ranch reculé, la traque d’une bête sauvage révèle les sentiments et les personnalités.
Western camouflé en drame familial ou drame familial camouflé en western, difficile à dire tant les deux genres communiquent dans ce film, la frontière sauvage étant le catalyseur du récit familial.
Aussi étrange que ça puisse paraître, ce film hollywoodien m’a rappelé le cinéma de Dreyer. L’histoire, la tragédie d’un foyer où l’austérité traditionaliste protestante règne en maître, avance par scènes voire par monologues. Cette écriture ouvertement théâtrale est d’ailleurs la limite de Track of the cat, le film aurait gagné à avoir des dialogues moins abondants et plus simples (je pense aux tirades quasi-métaphysiques du personnage de Robert Mitchum réfugié tout seul dans une grotte). Heureusement, les acteurs sont tous excellents, premiers comme seconds rôles, avec une mention spéciale à Beulah Bondi (la grand-mère dans Place aux jeunes!) en mère de famille d’une dureté inouïe. Wellman, comme Dreyer, parsème son film de fulgurances visuelles qui frappent par leur épure. Ainsi de la séquence d’enterrement devant laquelle il est difficile de ne pas penser au maître danois qui allait réaliser Ordet l’année suivante.
Finissons en ajoutant aux réserves une musique surdramatisante, et l’on comprendra que Track of the cat est un film qui souffre d’une dramaturgie trop lourde mais qui reste intéressant par bien des aspects. Ce n’est pas de tous les westerns que l’on se dit « tiens, il aurait pu être réalisé par Dreyer » !

L’enfer des tropiques (Fire down Below, Robert Parrish, 1957)

Deux amis aventuriers se déchirent lorsqu’ils ont pour mission de transporter Rita Hayworth sur leur bateau. Le genre d’histoire convenue que Hawks a su sublimer. Mais pas Robert Parrish, réalisateur par ailleurs très estimable (voir ses westerns). Le film est bizarrement découpé en deux parties assez distinctes, s’étendant longuement sur le sauvetage d’un des deux héros coincé dans les débris d’un cargo explosé. Le tout manque de vigueur. Et la splendeur de Rita Hayworth, de retour sur les écrans après 4 ans d’absence, avait quelque chose de fané en 1957…

Rachel et l’étranger (Norman Foster, 1948)

Un western singulier qui montre encore une fois la variété du genre. Ici, le western est un moyen de retourner à une époque archaïque et de mettre en scène des rapports humains dont la rudesse fait la beauté. On songe à Giono. Le paysan a perdu son épouse, il lui en faut une nouvelle parce qu’il faut une femme pour tenir le foyer. Quitte à ne pas l’aimer parce qu’il vit dans le souvenir de la défunte. Jusqu’à ce que l’étranger du titre, incarné par un jeune Robert Mitchum s’incruste et réveille du même coup le désir du mari pour sa nouvelle femme. La terre, la famille, le deuil, le désir. Et la frontière évidemment. Ici, le fermier est un pionnier qui doit faire face à la menace permanente constituée par les Indiens. Des situations apparemment simplissimes permettent de montrer des sentiments qui ne peuvent être que complexes. Rachel et l’étranger est autant l’histoire d’un foyer recréé que celle d’une mélancolie guérie. Le particulier et le général fusionnés dans un même mouvement. C’est le propre de nombre de chefs d’oeuvre classiques. D’un point de vue strictement formel, le budget restreint alloué par la RKO oblige les auteurs à se concentrer sur l’essentiel: la mise en scène de Norman Foster est alerte, la caméra semble semble toujours placé exactement à l’endroit où elle doit être, mettant en valeur les superbes décors naturels sans verser dans la contemplation. Les quelques chansons du film donnent lieu à des plans magnifiques où la seule composition du cadre montre que les personnages vivent des émotions différentes. Concision et beauté. Ce western élégiaque est une véritable pépite, de la même veine que Le bandit d’Ulmer.

Thunder road (Arthur Ripley, 1958)

« There was this Robert Mitchum movie… it was about these moonshine runners down South… I never saw the movie, I only saw the poster in the lobby in the theatre… I took the title and I wrote this song… »
Tout amateur de Bruce Springsteen connaît, ne serait-ce que de nom, ce petit classique du film de drive-in qui a donné son titre à la plus belle chanson du boss. Le principal intérêt du film aujourd’hui est sa star, Robert Mitchum, icônisé dès le premier plan où il apparaît. Le metteur en scène -ancien monteur de Mack Sennett- n’insuffle guère de substance à son histoire ni de rythme à son film. Les courses-poursuites apparaissent aujourd’hui très datées. On n’ose imaginer ce qu’un Raoul Walsh aurait pu tirer de cette histoire de malfrat individualiste incapable de raccrocher, histoire dont Mitchum lui-même était à l’origine.