Adieu mon salaud (The friends of Eddie Coyle, Peter Yates, 1973)

A Boston, un truand quinquagénaire impliqué dans un trafic d’armes veut éviter de retourner en prison…

Beau polar crépusculaire où la jolie lumière automnale s’accorde aux traits fatigués du héros magnifiquement interprété par Robert Mitchum. Son réalisme de détail (émouvante justesse de l’ancrage familial) compense le manque de souffle de la mise en scène qui peine à réaliser l’unité d’un récit foisonnant.

Ailleurs l’herbe est plus verte (Stanley Donen, 1960)

Une lady tombe dans les bras d’un millionnaire américain venu visiter le château de son mari.

Les ressorts théâtraux sont patents mais la finesse des dialogues, la classe de la distribution, la splendeur de l’enrobage Technirama et la hauteur de vue d’un récit où chaque personnage a sa dignité font qu’il serait stupide de faire la fine bouche devant cette comédie presque aussi étincelante que du Guitry circa-1936.

L’aventurier du Rio Grande (The wonderful country, Robert Parrish, 1959)

Après s’être cassé la jambe, un Américain engagé comme pistolero par un riche propriétaire mexicain songe à changer de vie…

Un des derniers grands westerns classiques et probablement le chef d’oeuvre de Robert Parrish. Thématiquement parlant, L’aventurier du Rio Grande se situe quelque part entre La cible humaine et Le jugement des flèches mais son originalité est évidente. Tout en se coltinant (aisément) les fusillades, tuniques bleues, généraux mexicains et autres guerriers Apaches propres au genre mais en se permettant des audaces tranquilles à l’intérieur de la narration (ainsi le long et beau segment consacré à la convalescence), les auteurs retracent la crise d’identité d’un héros fatigué idéalement interprété par Robert Mitchum. Le script synthétise habilement les problèmes sentimentaux, professionnels et communautaires du pistolero en un drame existentiel d’une ampleur alors exceptionnelle.

Les diverses manifestations de ce drame ne sont jamais appuyées mais souvent suggérées: le ton du film est aussi détaché que le jeu de sa vedette (qui produisit le film, fait assez rare concernant le désinvolte Mitchum pour être rappelé). Le rythme participe au charme particulier de l’oeuvre: le goût de la nonchalance n’y empêche pas de surprenantes ellipses. En bon cinéaste américain, Robert Parrish incarne physiquement et géographiquement les atermoiements de son personnage: ce sont notamment les multiples et décisifs franchissements du Rio Grande.

Ne serait-ce que pour le plan somptueux où Mitchum plonge dans le fleuve pendant la nuit tandis que le village mordoré de l’autre rive s’y reflète, le film vaut le coup d’oeil. La photographie de Floyd Crosby et Alix Phillips est de toutes façons splendide. La beauté drue des plateaux verdoyants n’a d’égale que l’audace discrète des plans quasi-monochromes qui ajoutent au sentiment de tristesse diffuse. Enfin, la fin de ce western mélancolique compte parmi les plus émouvantes du genre.

Feux croisés (Edward Dmytryk, 1947)

Un policier enquête sur un meurtre commis au sein de l’Armée…

Un « whodunit » dont l’artifice de la construction à base de flashbacks ne masque guère l’indigence dramatique. Le déroulement du récit apparaît laborieux. C’est formidable d’avoir les trois Robert dans la distribution mais leurs personnages ne sont malheureusement pas très intéressants. La dénonciation du racisme est trop vague pour apparaître comme autre chose que du bon sentiment mâtiné de prêchi-prêcha de gauche.

Les forçats de la gloire (The story of G.I Joe, William Wellman, 1945)

Du désert tunisien à l’Italie, différentes campagnes d’une unité de fantassins américains pendant la seconde guerre mondiale.

William Wellman a voulu faire un film plus réaliste que la moyenne des films de guerre. Malgré les décors de studio, il y est parvenu. Les forçats de la gloire est un précurseur des grandes oeuvres de Samuel Fuller (Les maraudeurs attaquent, Au delà de la gloire), vétéran de la Big red one qui voyait d’ailleurs dans le film de Wellman « le seul film honnête sur l’infanterie tourné pendant la guerre à Hollywood ». Les forçats de la gloire est cependant moins sec et plus didactique. On sent souvent les intentions précéder l’exécution. Par exemple, indépendamment de la beauté du noir et blanc de Russell Metty, la composition très apprêtée de plusieurs plans tranche d’avec la crudité de la représentation. Le découpage de Wellman, plus soucieux de la force de l’image que du naturel de la séquence, n’a pas l’aisance de celui de Walsh ou de Fuller. La voix-off et la musique surchargent aussi l’image de sens. Il reste enfin quelques concessions au sentimentalisme hollywoodien qui apparaissent franchement déplacées dans cet univers de boue, de violence et de sang. Ainsi du coup de foudre amoureux. Ces réserves, si elles empêchent de faire figurer Les forçats de la gloire parmi les chefs d’oeuvre du genre, ne doivent cependant pas vous induire en erreur. Le film reste très intéressant et le style elliptique du cinéaste fait plusieurs fois mouche. En témoigne par exemple la surprenante arrivée des cadavres sur le dos des mules. William Wellman allait quelques années plus tard s’intéresser à la bataille des Ardennes avec l’excellent Bastogne qui est, lui, une réussite complète.

Le Paradis des mauvais garçons (Macao, Josef Von Sternberg, 1952)

A Macao, un aventurier américain se retrouve embarqué dans une sale histoire.

Exotisme de studio, éclairages savants, mouvements de caméra sophistiqués, dialogues piquants, rapports amoureux brutaux…Von Sternberg obligé de supporter les caprices de Howard Hughes (le réalisateur sera viré avant la fin du tournage et remplacé par Nicholas Ray) recycle sa panoplie sans grande conviction. C’est parfois joli à regarder mais le scénario réussissant le tour de force d’être à la fois inconsistant et embrouillé est vraiment trop nul.

Lame de fond (Undercurrent, Vincente Minnelli, 1946)

Une vieille fille enfin mariée apprend par son époux qu’elle a un beau-frère psychopathe. Mais le psychopathe est-il celui que l’on croit?

Ce film noir psychanalytique est, en dépit d’un excellent trio d’acteurs (Katharine Hepburn, Robert Mitchum, Robert Taylor), un des ratages de Minnelli. Le récit patine, le film est bavard et le déroulement s’avère assez prévisible.