All is lost (J. C. Chandor, 2013)

Dans l’océan indien, un marin dont le bateau coule tente de survivre.

Attention, film à concept! Un seul acteur, quasiment pas de paroles, on suit le naufrage ainsi que la lutte désespérée du capitaine pour l’enrayer étapes par étapes. Premier problème: la maladresse d’un découpage et d’un montage inaptes à rendre sensible la durée des gestes. La suite d’images exprime alors une succession d’idées abstraites (Redford censé faire ceci, Redford censé faire cela) plus qu’une continuité dramatique correspondant à l’évolution de la situation. Ce montage introduit aussi des ellipses abusives qui truquent grossièrement les scènes censées être spectaculaires, telle celle où le bateau se retourne. Deuxième problème: le mauvais goût général avec une musique atroce et de très nombreux plans sous-marins qui ne servent strictement à rien si ce n’est à « faire joli » comme les fonds d’écran Windows peuvent « faire joli ». Pourtant, à la longue, All is lost finit par émouvoir. Sa deuxième partie, celle où Redford s’est réfugié sur le canot de survie, est un peu plus rigoureuse que la partie sur le bateau; peut-être parce que l’espace est alors plus petit donc plus facile à maîtriser pour le réalisateur. Au fur et à mesure que d’énormes cargos passent sans le voir, le drame du naufragé commence enfin à prendre de l’ampleur jusqu’à une fin qui contient plus d’idées de mise en scène que tout le reste du film et qui est pas loin d’être sublime.

Butch Cassidy et le Kid (George Roy Hill, 1969)

Au début du XXème siècle, deux bandits de l’Ouest américain s’enfuient vers l’Amérique du Sud…

En plus d’être moralement très contestable, le parti-pris qui fut celui de rendre sympathique ces deux crapules (montrées comme ne tirant jamais qu’en état de légitime défense et se souciant de la santé des caissiers qu’ils braquent) a vite fait de désamorcer tout l’intérêt dramatique du film. Cette violence montrée comme sans conséquence grave, cette absence de contre-champ au point de vue des deux hors-la-loi qui introduirait un semblant de dialectique et donc de dramaturgie, alliée à la répétitivité du récit (l’Oscar du meilleur scénario qui fut attribué à Butch Cassidy et le Kid demeure pour moi un mystère) et à la fadeur de Redford fait que la nonchalance vire rapidement à l’inconsistance.

Propriété interdite (Sidney Pollack, 1966)

Cher Raoul,

Comme promis, je te fais part de mes impressions concernant Propriété interdite maintenant que j’ai pris le temps de visionner ma k7.
Premier constat: Arte la putain dévoyée a diffusé le film en VF.
Deuxième constat -oui je précise bien deuxième constat car biberonné que j’ai été aux films du jeudi soir sur FR3, je ne considère pas qu’un doublage est mauvais par principe: cette VF est lamentable. Qu’à cela ne tienne, je me concentrerai plus sur ce qui se passe à l’image.

Le souci, c’est qu’il ne s’y passe pas grand-chose, à l’image. Sidney Pollack manque singulièrement de style et de toute évidence, le film est médiocre, lourdement pesé qu’il est par l’académisme de sa forme. Passons sur le fond d’une intrigue typiquement intello new-yorkaise qui brasse confusément préoccupations sociales, sexe et nostalgie américaine sans jamais approfondir quoi que ce soit. Bruce Springsteen, lui, en aurait fait une bonne chanson.

Mais il y a notre Natalie adorée. Natalie qui est un auteur plus intéressant que Sidney Pollack. Natalie qui, en vraie contrebandière hollywoodienne, marque tous ses films, même les plus formatés, de sa griffe. Qu’est ce donc que la griffe de Natalie Wood ? C’est le génie d’incarner la jeunesse dans ce qu’elle a de plus séduisant et donc de plus subversif. Dans tous les bons films de Natalie Wood, de La fièvre dans le sang à Love with the proper stranger en passant par La fureur de vivre il y a une séquence où elle se fritte avec ses parents, sa mère en général. Et c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans Propriété interdite: l’exposition sans fard de cette jalousie larvée, taboue mais éternelle, entre une mère et sa fille, la première refusant que la seconde ait droit au bonheur qu’elle n’a pas eu lors de sa prime jeunesse. Ha, cette séquence où la vieille maquerelle réveille sa progéniture au petit matin, Natalie nue sous son drap, ha les violentes disputes qui s’ensuivent, c’est vrai, ça renvoie directement au chef d’oeuvre de Kazan. Corrige moi d’ailleurs si je me souviens mal, lors de la scène analogue dans La fièvre dans le sang, Natalie était aussi à poil, dans son bain cette fois; ce qui est logique puisque c’est bien l’insolente beauté de ce corps qui est au centre du conflit mis en scène. Je retiendrai d’ailleurs Natalie d’abord en déshabillé blanc plutôt qu’en robe rouge. Et les couettes aussi. Ha, les couettes de Natalie Wood, tout un programme. Les couettes, le symbole de l’innocence qui peut stimuler la pire des perversions…

Enfin, j’espère ne pas avoir paru trop dur pour ce film parce qu’un film qui cite expressément One way passage ne mérite pas qu’on en dise trop de mal.

Bien amicalement,

Christophe