Bataan (Tay Garnett, 1943)

Aux Philippines, un petite patrouille empêche les Japonais de reconstruire un pont pour couvrir la retraite des Alliés.

Considérant 1945, année où est sorti Aventures en Birmanie qui posa les jalons du genre, comme l’an 0 du film de guerre, je ne peux m’empêcher d’examiner tout film avec des fantassins sorti avant lui à l’aune du classique de Raoul Walsh. En l’espèce, la comparaison a une pertinence limitée car les soldats de Bataan ne doivent pas avancer pour atteindre un objectif précis mais tenir une position. Les enjeux sont sont donc sensiblement différents et le relatif statisme du film est assez logique.

En revanche, l’artifice visible des décors de studio, le simplisme caricatural des personnages, les conventions éculées de la narration ainsi que l’épaisseur du trait sont, eux, les signes d’un ennuyeux archaïsme. Des discours propagandistes arrivant parfois comme des cheveux sur la soupe nous replacent aussi dans l’époque de la fabrication du film, une époque où la guerre est encore loin d’être terminée. Bataan a également tendance à s’éterniser en rebondissements superflus (il y a trop de soldats qui n’en finissent pas de mourir!). Ce manque de concision tranche d’avec les meilleurs films de Tay Garnett.

On retrouve cependant dans Bataan une innovation dont on a un peu vite crédité Walsh: l’invisibilité de l’ennemi pendant les trois premiers quarts du métrage. Le Japonais est caché, les balles fusent sans qu’on ne sache d’où elles viennent, la violence est soudaine. Il y aussi quelques images spectaculaires tel l’explosion d’un pont filmée en plan large. Pas indigne mais pas inoubliable non plus.

La valse dans l’ombre (Waterloo Bridge, Mervyn LeRoy, 1940)

Pendant une permission, un officier se fiance à une jeune danseuse.

Un mélodrame désolant d’académisme bourgeois. Le scénario a beau évoquer la guerre, l’attirance amoureuse plus forte que la convention sociale, la misère matérielle et même la prostitution, le film est aussi inoffensif qu’un Disney tant le style de LeRoy est plat. Voir par exemple comment la pudibonderie et l’absence d’imagination du réalisateur escamotent le drame de la fille obligée de vendre son corps pour se nourrir. Comment croire alors aux affres du remords qui suivront? On voit ainsi qu’un traitement académique appliqué au mélo n’est pas simplement l’absence de « transcendance » d’un quelconque matériau de base, c’est l’anéantissement pur et simple de ce matériau de base à force d’indifférence routinière. Avec une mise en scène aussi insipide, le sinistre ridicule de certaines péripéties est d’autant plus évident. Reste le charme de Vivien Leigh que la médiocrité du reste ne semble pas atteindre.

Savage pampas (Hugo Fregonese, 1966)

A la fin du XIXème siècle, en Argentine, un chef indien subvertit des soldats du gouvernement en leur offrant des femmes. Du coup, le chef du fort se voit chargé d’y escorter un groupe de prostituées.

Ce véritable western se déroulant, une fois n’est pas coutume, en Argentine rappelle le magnifique Convoi de femmes d’autant que l’excellent Robert Taylor joue ici aussi le rôle principal. L’époque (fin des années 60) fait que l’esthétique du film a plus à voir avec le baroque cheap des westerns italiens qu’avec la sécheresse des séries B réalisées par Hugo Fregonese lors de la décennie précédente. En témoignent la musique un peu kitsch et le sadisme de certaines scènes. Cependant, on retrouve la patte du metteur en scène argentin lorsqu’il filme les effets de l’action plutôt que l’action elle-même lors d’évènements cruciaux du scénario. Le cadre est original (pour qui a enquillé des centaines de westerns se déroulant en Amérique du Nord, c’est à dire tout cinéphile normalement constitué), le sujet intéressant et le récit dépasse les camps et idéologies préétablis pour affirmer une morale individualiste.

Lame de fond (Undercurrent, Vincente Minnelli, 1946)

Une vieille fille enfin mariée apprend par son époux qu’elle a un beau-frère psychopathe. Mais le psychopathe est-il celui que l’on croit?

Ce film noir psychanalytique est, en dépit d’un excellent trio d’acteurs (Katharine Hepburn, Robert Mitchum, Robert Taylor), un des ratages de Minnelli. Le récit patine, le film est bavard et le déroulement s’avère assez prévisible.

Small town girl (William Wellman, 1936)

Un soir de beuverie, un noceur issu d’une bonne famille épouse une douce provinciale…Un petit peu trop long par instants, pas si conventionnel que ça du fait que ça navigue entre les genres (ça part comme une comédie…et puis en fait ce n’en est pas vraiment une). La réussite du mélange des registres tient plus à la grâce de Janet Gaynor, sublime « fille de province », un plan sur son visage suffisant à faire passer une séquence du coté de l’émotion, à insuffler une gravité que l’on n’imaginait pas qu’à un scénario à grosses ficelles. A noter la présence de James Stewart à ses débuts, dans le rôle du benêt amoureux forcément déçu.