Bye bye Birdie (George Sidney, 1963)

Un chanteur pour adolescentes partant pour l’armée, la secrétaire d’un songwriter new-yorkais suggère à Ed Sullivan d’organiser une émission de télévision dans une petite ville de l’Ohio où la star embrasserait une lycéenne choisie au hasard.

Ça satirise tous azimuts: un sujet à la Embrasse moi, idiot, mâtiné d’éléments sur la Guerre froide qui rappellent La brune brûlante; le tout traité sous forme de comédie musicale pour ados. Ce n’est pas aussi brillamment écrit que le chef d’oeuvre de Billy Wilder, il y a quelques baisses de rythme notamment parce que les numéros musicaux sont inégaux, mais c’est quand même souvent drôle. Comme dans le chef d’oeuvre de George Sidney, Kiss me Kate, le caractère polyphonique du récit séduit.

Les inventions formelles (plans à la grue, split-screen, stylisation des couleurs…) foisonnent au service du mouvement, les acteurs ne brillant plus par leurs talents dansants comme ils pouvaient briller du temps de l’âge d’or du genre dix ans auparavant. La musique, elle, par contre est brillante: le rock&roll est pastiché avec une verve qui a bien plus qu’inspiré les futurs auteurs de Grease.

Ce pourquoi Bye bye Birdie ne figure pas parmi les chefs d’oeuvre de Sidney -outre les quelques relâchements du rythme- c’est sa complaisance dans le mauvais goût qui dénote une attitude trop purement ricanante vis-à-vis de son sujet; attitude qui l’empêche de s’élever vraiment au-delà des jouissances de la satire, particulièrement dans tout ce qui a trait aux adolescents. Il n’en reste pas moins un film virtuose et très divertissant.

 

Ladies and gentlemen, the fabulous Stains (Lou Adler, 1981)

Leur mère décédée, deux adolescentes et leur cousine embarquent dans le bus de tournée de rockers de passage dans leur ville et fondent leur propre groupe.

Diane Lane en bas-résille à 16 ans vaut le coup d’oeil mais le récit manque de réalisme donc le propos démystificateur, quoique pertinent, tombe à côté de la plaque.

Light of day (Paul Schrader, 1987)

Un jeune homme frère d’une rockeuse, mère d’un enfant de cinq ans et fâchée avec leur mère catholique, perd son boulot d’ouvrier…

Ce drame familial est bien charpenté et le récit traite frontalement ses thèmes (ce qu’est un lien familial, ce qu’est la foi en Dieu) mais il manque de surprises et de détails concrets. Ainsi, la mise en scène du calviniste Paul Schrader ne montre pas suffisamment les attraits d’une vie rock&roll pour que la Tentation soit vraiment séduisante.

T.A.M.I. Show (Steve Binder, 1964)

Concert filmé où se succèdent Chuck Berry, les Beach Boys, les Supremes, James Brown, les Rolling Stones…

Il y a bien sûr le plaisir de voir ces géants de la musique populaire quand ils étaient jeunes (la prestation de James Brown est particulièrement impressionnante) mais la mise en scène et le découpage sont très contestables. D’abord, les gesticulations grotesques des gogos danseur(se)s parasitent le spectacle. Ensuite, alors que les plans sur les filles hystériques du public s’accumulent, les musiciens autres que chanteurs n’apparaissent presque jamais seuls à l’écran. Le montage pendant le solo de Time is on my side en dit long sur la considération des fabricants du film pour la dimension musicale de leur projet. C’est comme si, en le présentant comme un truc de primaires gentiment débiles, ils avaient tout fait pour conforter certains parents dans leur préjugé contre le rock.

Great balls of fire! (Jim McBride, 1989)

Grâce à ses disques et concerts endiablés, le Killer est à deux doigts de détrôner le King mais son mariage avec sa cousine de 13 ans provoque un scandale…

L’interprétation outrancière de Dennis Quaid désarçonne avant de s’avérer au diapason d’une oeuvre joyeuse et colorée où Jim McBride reconstitue avec un enthousiasmant talent visuel le sud américain des années 50: ses bouges, ses églises, ses belles bagnoles, ses diners, ses collégiennes et, évidemment, son rock&roll qui est l’accompagnateur parfait de toutes les dépenses d’énergie libidinale (le sexe mais aussi la consommation matérielle tel qu’en témoigne le fabuleux travelling suivant Winona Ryder entrain d’essayer les lits).

Le lien entre prédication évangélique et musique du Diable est rendu évident par la discrète mise en parallèle de l’ascension du Killer avec les prêches de son cousin révérend. Le chromo est vivifié par des passages de pure comédie musicale et par les galvanisantes reconstitutions de concert où le génie de Jerry Lee Lewis, synchronisé en play-back avec un Dennis Quaid survolté, est éclatant (le film est clairement à la gloire de son objet).

East punk memories (Lucile Chaufour, 2016)

D’anciens punks hongrois racontent leur vie avant et après la chute du mur de Berlin.

Je me demandais pourquoi le dernier film de la réalisatrice du très beau Violent days tardait tant à sortir. Maintenant que je l’ai vu, j’ai une hypothèse qui me semble expliquer la frilosité des distributeurs: la place de ce documentaire des plus banals n’est pas dans une salle de cinéma mais sur Arte en deuxième partie de soirée. En effet, Lucile Chaufour a manifestement abandonné toute ambition esthétique. Tout ce qui poétisait son précédent exposé sociologique a disparu.

East punk memories se cantonne à présenter des interviews d’anciens punks filmés en plans fixes entrecoupées d’archives de concert. La musique étant des plus médiocres et les propos de ces vieux cramés sur la politique (la seule préoccupation de Chaufour) n’étant pas plus intéressants que ceux de n’importe qui ayant vécu pendant et après le joug communiste, j’ai eu vite fait de décrocher malgré la relative brièveté du métrage. J’en suis navré tant son premier film m’avait laissé un bon souvenir.

Good morning England (Richard Curtis, 2009)

Dans les années 60, l’histoire d’une radio pirate qui diffuse du rock&roll en Angleterre depuis un bateau…

Caricaturale et démagogique publicité pour « la musique des jeunes » qui serait tout à fait insupportable sans la présence de deux actrices parmi les plus gracieuses de leur génération: Talulah Riley et January Jones. Evidemment, les chansons qui composent la bande-son sont magnifiques mais leur utilisation est d’une désolante platitude. Parmi cette 135 minutes (!) de mise en images illustrative voire pléonastique, une belle idée de cinéma à retenir: le sauvetage du père par le fils avec les disques qui se « noient ».