Light of day (Paul Schrader, 1987)

Un jeune homme frère d’une rockeuse, mère d’un enfant de cinq ans et fâchée avec leur mère catholique, perd son boulot d’ouvrier…

Ce drame familial est bien charpenté et le récit traite frontalement ses thèmes (ce qu’est un lien familial, ce qu’est la foi en Dieu) mais il manque de surprises et de détails concrets. Ainsi, la mise en scène du calviniste Paul Schrader ne montre pas suffisamment les attraits d’une vie rock&roll pour que la Tentation soit vraiment séduisante.

T.A.M.I. Show (Steve Binder, 1964)

Concert filmé où se succèdent Chuck Berry, les Beach Boys, les Supremes, James Brown, les Rolling Stones…

Il y a bien sûr le plaisir de voir ces géants de la musique populaire quand ils étaient jeunes (la prestation de James Brown est particulièrement impressionnante) mais la mise en scène et le découpage sont très contestables. D’abord, les gesticulations grotesques des gogos danseur(se)s parasitent le spectacle. Ensuite, alors que les plans sur les filles hystériques du public s’accumulent, les musiciens autres que chanteurs n’apparaissent presque jamais seuls à l’écran. Le montage pendant le solo de Time is on my side en dit long sur la considération des fabricants du film pour la dimension musicale de leur projet. C’est comme si, en le présentant comme un truc de primaires gentiment débiles, ils avaient tout fait pour conforter certains parents dans leur préjugé contre le rock.

Great balls of fire! (Jim McBride, 1989)

Grâce à ses disques et concerts endiablés, le Killer est à deux doigts de détrôner le King mais son mariage avec sa cousine de 13 ans provoque un scandale…

L’interprétation outrancière de Dennis Quaid désarçonne avant de s’avérer au diapason d’une oeuvre joyeuse et colorée où Jim McBride reconstitue avec un enthousiasmant talent visuel le sud américain des années 50: ses bouges, ses églises, ses belles bagnoles, ses diners, ses collégiennes et, évidemment, son rock&roll qui est l’accompagnateur parfait de toutes les dépenses d’énergie libidinale (le sexe mais aussi la consommation matérielle tel qu’en témoigne le fabuleux travelling suivant Winona Ryder entrain d’essayer les lits).

Le lien entre prédication évangélique et musique du Diable est rendu évident par la discrète mise en parallèle de l’ascension du Killer avec les prêches de son cousin révérend. Le chromo est vivifié par des passages de pure comédie musicale et par les galvanisantes reconstitutions de concert où le génie de Jerry Lee Lewis, synchronisé en play-back avec un Dennis Quaid survolté, est éclatant (le film est clairement à la gloire de son objet).

East punk memories (Lucile Chaufour, 2016)

D’anciens punks hongrois racontent leur vie avant et après la chute du mur de Berlin.

Je me demandais pourquoi le dernier film de la réalisatrice du très beau Violent days tardait tant à sortir. Maintenant que je l’ai vu, j’ai une hypothèse qui me semble expliquer la frilosité des distributeurs: la place de ce documentaire des plus banals n’est pas dans une salle de cinéma mais sur Arte en deuxième partie de soirée. En effet, Lucile Chaufour a manifestement abandonné toute ambition esthétique. Tout ce qui poétisait son précédent exposé sociologique a disparu.

East punk memories se cantonne à présenter des interviews d’anciens punks filmés en plans fixes entrecoupées d’archives de concert. La musique étant des plus médiocres et les propos de ces vieux cramés sur la politique (la seule préoccupation de Chaufour) n’étant pas plus intéressants que ceux de n’importe qui ayant vécu pendant et après le joug communiste, j’ai eu vite fait de décrocher malgré la relative brièveté du métrage. J’en suis navré tant son premier film m’avait laissé un bon souvenir.

Good morning England (Richard Curtis, 2009)

Dans les années 60, l’histoire d’une radio pirate qui diffuse du rock&roll en Angleterre depuis un bateau…

Caricaturale et démagogique publicité pour « la musique des jeunes » qui serait tout à fait insupportable sans la présence de deux actrices parmi les plus gracieuses de leur génération: Talulah Riley et January Jones. Evidemment, les chansons qui composent la bande-son sont magnifiques mais leur utilisation est d’une désolante platitude. Parmi cette 135 minutes (!) de mise en images illustrative voire pléonastique, une belle idée de cinéma à retenir: le sauvetage du père par le fils avec les disques qui se « noient ».

Bagarres au King Creole (Michael Curtiz, 1958)

A la Nouvelle-Orléans, un jeune et brillant chanteur est harcelé par le caïd qui tient la quasi-totalité des cabarets de la ville.

Parce que Michael Curtiz, aidé par le grand Russell Harlan qui lui a concocté un noir&blanc aussi chiadé que du temps de la Warner, a su mêler pittoresque sudiste, réalisme social et archétypes du film noir avec son élégance et sa vivacité coutumières, parce que la dureté du marché du travail américain y est évoquée avec une précision surprenante, parce que, juste avant son fatal départ pour l’armée, Elvis y livre des interprétations chaudes, sensuelles et poisseuses de plusieurs chansons devenues des standards, parce que, autour de la star, la part belle est faite à d’excellents seconds rôles en tête desquelles figure Carolyn Jones qui incarne avec une stupéfiante justesse la nostalgie amère de la fille revenue de tout, Bagarres au King Creole s’avère un très bon film.

L’amour en quatrième vitesse (Viva Las Vegas, George Sidney, 1964)

A Las Vegas, deux coureurs automobiles tombent amoureux d’une maître-nageuse…

George Sidney ne se donne pas la peine de faire croire aux niaiseries qu’on lui a demandé de raconter (le scénario est particulièrement nul)  mais cadre bien les scènes de danse et concocte de jolies couleurs. Evidemment, il y a de bonnes chansons (excellente interprétation de What I’d say) mais Elvis ne se révèle pas un grand acteur.