L’homme noir/Le manoir de la peur (Alfred Machin et Henry Wulschleger, 1924)

Dans un village, un étranger achète un manoir prétendûment hanté et des évènements mystérieux s’ensuivent.

L’expressionisme allemand est comme francisé via sa dilution dans une intrigue rationnelle et son insertion dans un village provincial. Le manoir de la peur tire sa singularité de l’équilibre entre une tonalité fantastique assumée avec des images habilement composées et un réalisme fondamental non dénué de pointes satiriques (sur les superstitions de la foule notamment). Alfred Machin et Henry Wulschleger affirment également leur maîtrise de la mise en scène dans une séquence ferroviaire des plus spectaculaires. Bref, belle découverte.

Mademoiselle de la Seiglière (André Antoine, 1921)

Entre la Révolution et la Restauration, une famille noble et la famille de ses fermiers, se dispute un domaine.

L’exposition, où quinze minutes d’images dénuées d’action condensent trente ans de péripéties, démontre une rare inintelligence du rythme cinématographique. La suite n’a pas plus d’intérêt tant il est impossible de se passionner pour ces histoires répétitives d’exil, de retour et d’appropriation matérialisées par des images monotones de comédiens perruqués.

Les travailleurs de la mer (André Antoine et Léonard Antoine, 1918)

Pour la main de la fille de l’armateur, un pêcheur solitaire s’en va renflouer une épave échouée dans un écueil.

Les images, qu’elles soient de criques, de pitons rocheux, de quais, de travail menuisier, ou de maisons portuaires sont superbes. Parce que Romuald Joubé est filmé comme un personnage de péplum méditerranéen, j’ai songé à Hercule à la conquête de l’Atlantide. Héroïque, réaliste et tragique, Les travailleurs de la mer selon Antoine est un joyau du film d’aventures.

Mathias Sandorf (Henri Fescourt, 1921)

Un conspirateur hongrois trahi par ses amis s’évade de prison et revient, vingt ans après, pour se faire justice.

Jules Verne s’est inspiré du Comte de Monte-Cristo. Henri Fescourt a tiré de cet hommage un des rares fleurons du film d’aventures à la Française. Sa volonté de tourner en décors naturels (mers, montagnes, gorges, grottes et villages méditerranéens se succèdent à l’écran), son ingéniosité (il a utilisé les talents d’un graveur pour construire des images impossibles à enregistrer en maintenant l’illusion réaliste, a gratté la pellicule pour figurer les éclairs…) et sa remarquable utilisation de la plastique au service de la dramaturgie dans une séquence d’anthologie font de Mathias Sandorf un film varié, dynamique et spectaculaire. Initialement, ça durait 6 heures et deux tiers sont perdus donc il y a un peu de confusion dans la narration mais ça reste compréhensible. Peut-être même que ces disparitions ont renforcé la vivacité du rythme.

Le miracle des loups (Raymond Bernard, 1924)

Louis XI et Charles le Téméraire se disputent la France.

Seuls d’étonnants détails gores viennent épicer cette fresque académique dont le rythme narratif est particulièrement boiteux. A commencer par la scène éponyme, la platitude des morceaux de bravoure fait pâle figure face au lyrisme merveilleux d’un Stiller ou d’un Griffith.