Le mouton enragé (Michel Deville, 1974)

Sur les conseils d’un ami écrivain, un fade employé de banque gravit l’échelle sociale en séduisant de belles femmes.

L’artifice très alambiqué du postulat et l’absence de crédibilité de ses développements rendent tout ça assez vain (ainsi la dimension « satirique » évoquée par certains commentateurs est nulle) malgré l’évidente et parfois grisante virtuosité du réalisateur dont la fantaisie apparaît ici moins plaquée que dans Le paltoquet ou L’ours et la poupée.

 

Le combat dans l’île (Alain Cavalier, 1962)

Tandis qu’un jeune militant d’extrême-droite radicalise son engagement et part en cavale, sa femme s’éloigne de lui.

Ce premier film d’Alain Cavalier laisse une impression mitigée. L’absence de jugement sur la conduite du personnage principal déroute d’autant que la fin éminemment ambiguë donne raison à la violente morale qui est la sienne. Cela ne veut pas dire que le film soit expressément fasciste mais on peut se demander où est l’intérêt de raconter froidement et objectivement l’itinéraire d’un tel personnage. La réflexion sur la violence, la loi et le mal* qui semble avoir été ambitionnée par l’auteur est pour le moins vague. Elle n’est pas incarnée d’une façon aussi évidente et claire qu’elle peut l’être dans de bons westerns (le propos est proche de celui de L’homme qui tua Liberty Valance, sorti la même année).

Le problème est peut-être que les actions d’un personnage aussi borné, aussi unidimensionnel, que celui de Trintignant filmées avec une telle neutralité et insérés dans un contexte aussi abstrait n’ont guère de signification -dramatique ou morale. Il y a quelque chose d’absurde dans un tel récit. Heureusement, à partir du moment où le film cesse de suivre ce personnage, Le combat dans l’île devient intéressant car, enfin, un drame se noue, drame qui plus est bien servi par un metteur en scène talentueux.

*dans un entretien donné vingt ans après la réalisation du film, Cavalier a affirmé vouloir montrer qu’il faut se salir les mains pour en finir avec un fasciste

Fantôme d’amour (Dino Risi, 1981)

A Milan, Nino, un célèbre avocat paie le ticket de bus d’une femme misérable. Le soir, elle le rappelle et se présente comme étant son grand amour de jeunesse, Anna Brigatti. Nino est troublé. Il cherche à revoir son ancienne maîtresse. Il la retrouve aussi jeune et belle que celle qu’il a connu. Cette Anna lui dit que la femme du bus était une vieille cousine à elle, à moitié-folle. Mais il apprend ensuite qu’Anna est morte quelques années auparavant. Sombre t-il dans la folie ou les fantômes existent-ils ?

Fantôme d’amour un film amer dans lequel le fantôme symbolise l’obsession de Nino.  C’est une oeuvre étouffante dans laquelle la mise en scène ne réussit pas tout à fait à transcender le caractère artificiel du concept.

Le cardinal (Otto Preminger, 1963)

Intelligence du traitement, ampleur du récit, émotion indéniable, ce joyau est un des tout meilleurs films du grand Otto Preminger, quelque part entre Laura et Tempête à Washington. Nommé à l’Oscar en son temps, je me demande pourquoi il est quasi-oublié aujourd’hui. Acteur principal inconnu ? certes, mais Tom Tryon est parfait dans le rôle. Et puis la distribution comporte quelques grands noms, à commencer par Romy Schneider, aussi ravissante lorsqu’elle incarne la jeune étudiante autrichienne idéaliste qu’émouvante lorsqu’elle prend conscience de l’horreur nazie à ses propres dépends. Sujet austère ? a priori, l’ascension d’un cardinal ne devrait passioner qu’un nombre restreint d’initiés mais la dramaturgie romanesque la rend captivante tandis que le regard distancié et pondéré de Preminger élève le film, en fait une oeuvre capable de parler à chacun, une oeuvre sur l’accomplissement personnel face au monde.

Chef d’oeuvre.