Milady et les mousquetaires (Vittorio Cottafavi, 1952)

A force d’intrigues et de séductions, l’ascension d’une servante de couvent qui sera connue sous le nom de Milady de Winter.

Les trois mousquetaires revisité du point de vue de Milady. Pour une fois, le roman de Dumas n’est pas réduit à une enfilade de guillerettes cabrioles. Il devient la matière d’une tragédie féminine de la même famille que Ambre ou Le démon de la chair. Vittorio Cottafavi ignore le manichéisme mais présente des personnages mus par des passions (vénalité, vengeance ou amour sincère). Pour confectionner cette pellicule à budget réduit, le montage semble avoir prédominé sur le découpage; caractéristique qui fait de ce film-fétiche de Michel Mourlet une œuvre assez peu conformes aux canons baziniens du mac-mahonisme. Du stupéfiant pré-générique à l’amer plan final, Milady et les mousquetaires est une succession d’acmés. La vivacité des mouvements de caméra grâce auxquels l’Histoire semble filmée par un reporter de guerre, la brutalité elliptique des raccords et la dilection du cinéaste pour les scènes de cruauté font que l’intensité dramatique ne faiblit pas une seule seconde. Grand petit film.

Amours italiennes (Rome Adventure, Delmer Daves, 1962)

Une jeune bibliothécaire quitte son poste dans une école guindée de la Nouvelle-Angleterre et part en Italie pour, s’imagine t-elle, profiter de l’amour…

Dernier film du cycle de films sur la jeunesse de Delmer Daves avec Troy Donahue, Rome adventure se distingue de ses trois prédécesseurs de par son ton: apaisé, contemplatif, réflexif et donc à l’opposé de la flamboyance mélodramatique qui caractérisait Susan Slade, Parrish et A summer place. On est ici plus proche d’Eric Rohmer que de Douglas Sirk. Visuellement, le cinéaste s’en donne en coeur joie dans le registre touristique et filme avec gourmandise les monuments romains dans la lumière du soir aussi bien que les lacs du Nord de l’Italie. Le point de vue étant celui d’une touriste, on ne saurait lui en faire grief.

Ces délicieuses déambulations dans la ville éternelle pourraient même passer pour le nec plus ultra de la modernité tant il est vrai que le récit n’avance quasiment pas pendant les trois premiers quarts d’heure. Entre conversation dans une librairie avec sa future patronne et bagarre dans un club de jazz, ce sont de petites touches qui dessinent peu à peu le portrait d’une jeune femme découvrant les divers aspects de l’amour.

Un récit aussi ténu dans un cadre aussi somptueux fait qu’on n’est pas très loin du roman-photo mais, grâce notamment à la franchise de son traitement et à la jolie présence de Suzanne Pleshette, Delmer Daves parvient à restituer ces questionnements d’adolescente dans toute leur fraîcheur virginale. On regrettera simplement que la résolution de la confrontation de l’héroïne à ces différents types d’amour soit conventionnelle, aussi bien dramatiquement que moralement parlant. Le personnage d’Angie Dickinson est ainsi tristement sacrifié sur l’autel de la facilité scénaristique.

Les amants de Salzbourg (Interlude, Douglas Sirk, 1957)

Une vieille fille américaine découvre le grand amour en  la personne d’un chef d’orchestre italien lors d’un voyage en Autriche.

Pourquoi ce qui fonctionnait dans d’autres mélos du maître, à savoir la vérité et l’émotion qui naissent de situations de roman-photo, ne fonctionne plus du tout ici ? La première raison qui vient à l’esprit, c’est la médiocrité des acteurs mais celle-ci n’explique pas tout. D’abord, la qualité d’un comédien dépend aussi du metteur en scène qui le dirige; or June Allyson était parfaite dans les films conjugaux d’Anthony Mann.  Ensuite, Rock Hudson était loin d’être la star du siècle mais cela n’empêche pas nombre de films dans lesquels il est apparu en vedette de figurer parmi les oeuvres majeures de Douglas Sirk.

Non, ce qui plombe gravement ce film, c’est l’absence de contexte social digne de ce nom. Alors que c’est la tension entre les aspirations individuelles et les convenances d’une société américaine finement mise en scène qui créait le déchirement émotionnel dans Demain est un autre jour ou Le mirage de la vie, la représentation de l’Autriche dans Les amants de Salzbourg ne dépasse jamais celle d’une carte postale. Salzbourg n’est là que pour permettre aux auteurs de débiter tous les clichés possibles et imaginables sur le romantisme allemand. L’émotion, c’est le mouvement, pour qu’il y ait mouvement, il faut qu’il y ait différence de potentiel donc tension. Ici, il n’y a même pas les sublimes aberrations du Secret magnifique qui permettaient à Sirk d’atteindre des sommets stylistiques. A la nullité de la dramaturgie répond donc celle de la mise en scène d’un film affreusement bavard et dénué de toute espèce de mouvement.

Bluette insipide et niaise, Les amants de Salzbourg est donc un authentique navet. Au cinéphile intéressé par un film qui ausculterait les sentiments d’une vieille fille américaine lors de son printemps dans une Europe de carte postale, on conseillera Vacances à Venise de David Lean, film autrement plus subtil.