Juge et hors-la-loi (The life and times of judge Roy Bean, John Huston, 1972)

L’histoire de Roy Bean, ancien bandit qui s’autoproclama juge dans une petite ville à l’Ouest du Pecos.

Pendant les trois quarts du film, le ton est ironique et John Huston ne prend pas l’histoire qu’il raconte au sérieux. Du coup, le spectateur non plus. Si le parti-pris de faire une comédie, parti-pris impliquant notamment une rigueur scénaristique dont Juge et hors-la-loi est dépourvu, avait été clairement assumé, l’ennui aurait peut-être été moindre. Malheureusement, il s’agit plus pour l’auteur d’afficher son incrédulité par rapport aux conventions du genre en revêtant sa mise en scène de l’apparat de la modernité (les adresses à la caméra, complètement incongrues) que de divertir le public.

Cependant, après cette première partie stérile, le ton devient plus sérieux, le véritable sujet se dessine. C’est le portrait d’un rêveur dépassé par la réalité. Cela donne lieu à quelques jolies séquences dans lesquelles l’impuissance de Roy Bean est amèrement montrée mais on regrette d’autant plus qu’elles n’aient pas été portées par une dramaturgie plus étoffée.

Le cavalier du désert (The westerner, William Wyler, 1940)

Un western à la fois archaïque et audacieux. L’archaïsme se ressent dans le caractère très figé de la mise en scène de Wyler. Pas de lyrisme, pas de mouvement, pas de vitalité, beaucoup de bavardages dans ce western aride aux cadres très composés. La mise en scène est à l’image d’un héros monolithique qui véhicule une vision d’une rare naïveté. Héros idéalement incarné par l’icône absolue qu’est Gary Cooper. On ne croit pas à ce personnage mais on s’y attache comme à un héros de BD. L’audace se manifeste dans les expérimentations plastiques de Wyler et de son mythique chef opérateur, Gregg Toland. Audaces qui ne brillent pas toujours par leur pertinence. On a notamment droit au plan subjectif d’un mourant.
Bref, c’est comme si Wyler, réalisateur habitué aux prestigieux mélodrames et aux grandes fresques, s’était complètement désintéressé de son sujet et avait élaboré sa mise en scène sans se soucier le moins du monde de sa narration et du genre. Pas de souffle, pas de sous-propos politique ni de morale comme c’était souvent le cas dans les grands westerns, mais un terrain de jeu pour le réalisateur et son chef opérateur. Plutôt que leurs expérimentations surranées, on appréciera la beauté naïve qui émane de ce livre d’images et de son héros hiératique.