Deux hommes dans l’Ouest (Wild rovers, Blake Edwards, 1971)

Deux cow-boys, un jeune et un vieux, braquent une banque dans l’espoir de se la couler douce au Mexique.

L’originalité de Deux hommes dans l’Ouest vient du fait que les braqueurs de la banque sont présentés comme de braves types. Ce sont la lassitude, la peur de mourir et l’absence de perspective dans leur boulot, sentiments cristallisés par la mort soudaine d’un de leurs collègues durant une tâche de routine qui les décident à passer à l’acte, à transgresser la loi. Ceci est montré sans tambour révolutionnaire ni trompette sursignifiante. Le cinéaste se focalise sur le tranquille désenchantement des deux protagonistes. C’est fort bien vu d’autant que le duo formé par William Holden et Ryan O’Neal est convaincant.

Malheureusement, le film ne tient pas les belles promesses de son début à cause d’une mise en scène kitsch (abus de soleils couchants et de ralentis), d’une caractérisation des personnages qui restera superficielle, d’un rythme qui s’alanguit (était-il nécessaire par exemple de faire durer à ce point la partie de cartes fatale?) et de cadrages en Cinémascope qui sont loin d’être aussi harmonieusement composés que ceux des illustres prédecesseurs de Blake Edwards dans le genre tel Anthony Mann ou Delmer Daves.

Bref, encore un film victime de ce laisser-aller formel si emblématique du cinéma américain des années 70…

La barbe à papa (Paper moon, Peter Bogdanovich, 1973)


Pendant la Grande dépression, un escroc découvre l’existence de la fille d’une de ses anciennes maîtresses le jour de son enterrement. La famille le charge d’emmener la gamine chez une tante qui habite à l’autre bout du pays. C’est le début d’un road-movie, comme on dit. Un joli road movie mais sec, sans nostalgie apparente. Comme dans La dernière séance, l’excellent précédent film de Bogdanvitch, le style est dépouillé, montrant crûment la réalité. La gamine, pas vraiment attendrissante, apprend la vie de façon assez dure au contact de cet escroc. La séquence où elle arnaque une pauvre caissière aurait été cocasse chez un autre cinéaste, disons Chaplin. Ici, elle est dérangeante. Les deux acteurs sont excellents, aussi bien le sous-estimé Ryan O’Neal que sa fille, Tatum O’Neal qui a obtenu à l’âge de dix ans un Oscar mérité pour sa prestation.
En même temps que le chroniqueur sans fard d’une époque sombre, Bogdanovich est aussi le nostalgique d’un âge d’or fantasmé. A sa façon, il est un continuateur de Ford. C’est pourquoi La barba à papa se révèle, en filigrane, à un second degré de lecture, mélancolique. Le pathétique des tribulations des deux compères sur la route montre que l’ère des pionniers est bel et bien finie.