Hard, fast and beautiful (Ida Lupino, 1951)

Une femme ambitieuse pousse sa fille à devenir championne de tennis…

Hard, fast and beautiful n’est certes pas une tornade dramatique et humaniste comme l’étaient les précédents films d’Ida Lupino: Avant de t’aimer, Never Fear et Outrage. Il a plus à voir avec le réalisme critique de The bigamist. Personne dans les années 50 n’avait filmé les classes moyennes de banlieue avec une telle lucidité. En une poignée de séquences, la réalisatrice révèle avec une tranchante acuité tout ce que l’american way of life charrie de rêves frelatés et de rancœurs malsaines. Mettre à jour la dialectique infinie de la frustration et de l’ambition permet à la cinéaste de garder une certaine hauteur de vue et de préserver son récit des facilités mélodramatiques; en d’autres termes, le personnage de la mère « a ses raisons » et c’est heureux pour la vérité dramatique. La justesse de l’interprétation de Sally Forrest et Claire Trevor concourt également à cette vérité dramatique. Au sein d’un film au découpage plus sage que ses réalisations antérieures, plusieurs plans montrent le génie d’Ida Lupino, un génie de la condensation et de la fulgurance. Outre la célèbre fin, je songe à cette terrible image des deux époux séparés par une tête de lit, la femme se faisant les ongles pendant que l’homme déclare son amour en s’excusant piteusement d’être ce qu’il est.

Avant de t’aimer (Not wanted, Elmer Clifton et Ida Lupino, 1949)

Une jeune fille fuit sa famille et se retrouve enceinte…

Pour se rendre compte que Not Wanted, d’abord seulement produit par Ida Lupino avant le décès de Elmer Clifton en cours de tournage, est bien la première oeuvre de l’auteur de Outrage, il n’y a qu’à voir comment la réalisatrice transforme une convention mal digérée par le scénario en final beau à en pleurer. L’amour et l’humanité retrouvés dans un même mouvement. Grand.

Never fear/The young lovers (Ida Lupino, 1949)

Un couple de danseurs voit leur vie remise en question lorsque la jeune femme attrape la polio.

Sublime film d’Ida Lupino. De jeunes Américains promis à un avenir radieux subissent soudain une rude épreuve. Peu à peu, ils devront réapprendre à vivre, à marcher, à aimer, à s’aimer, à croire. C’est simple, c’est droit, c’est beau. La franchise du regard de l’auteur va de pair avec sa tendresse. Devant les chefs d’oeuvre d’Ida Lupino, on songe à du Fuller féminisé: il y a le même mélange de lucidité sociale et de foi dans les schémas narratifs les plus naïfs,  un style aussi heurté (les mouvements de caméra qui accélèrent la narration au détriment de l’harmonie de l’ensemble), la brûlante conviction des indépendants qui œuvraient dans la série B. En revanche, à la charge politique de l’auteur de Shock Corridor, Lupino substitue un humanisme infini. Son actrice, Sally Forrest, est magnifique. Les visions insolites de la cinéaste sont intégrés de façon naturelle au cours du récit: ainsi le bal folklorique avec les handicapés en fauteuil roulant. La déchirante noblesse qui est celle des deux dernières séquences réunissant le couple est la même que celle des clous de l’oeuvre de Leo McCarey. Tout à fait bouleversant.

La vallée de la vengeance (Richard Thorpe, 1951)

Le fils adoptif et le fils légitime d’un rancher amoureux de la même femme se déchirent.

Cet argument dramatique principal est enrobé de beaucoup de pistes narratives accessoires. La vallée de la vengeance est un surwestern; c’est donc un western qui met l’accent sur la psychologie plutôt que sur l’action. Le déroulement de l’intrigue n’en reste pas moins simpliste et sans surprise. Quoique traitant de thématiques similaires (on songe à L’homme de la plaine et aux Affameurs), le scénario est très loin d’avoir la finesse des scripts de Philip Yordan ou Borden Chase pour Anthony Mann. Le découpage de Richard Thorpe est quant à lui désolant de platitude. Même ses scènes de convoyage de vaches n’ont aucune ampleur. Les intentions documentaires manifestées par la direction artistique (les costumes sont ainsi anti-glamour au possible) sont ravalées au rang de simples velléités par de regrettables restes de convention hollywoodienne (tel le maquillage de Joanne Dru). Enfin, il faut préciser que le Technicolor est un des plus hideux jamais vus dans le cinéma américain (à moins que ce ne soit le DVD). Bref, La vallée de la vengeance est un mauvais film.