L’espion Kakita Akanishi (Mansaku Itami, 1936)

Au XVIIème siècle, un samouraï s’infiltre chez un seigneur ennemi…

Le mélange d’humanisme et de ludisme avec lequel l’histoire de samouraï est racontée donne déjà un certain prix à L’espion Kakita Akanishi. Outre les qualités de bravoure et de furtivité de son héros, Mansaka Itami met l’accent sur l’amitié, la santé et les sentiments qui enrayent la trajectoire programmée d’une mission. La retenue infiniment suggestive du dénouement est d’une grande beauté qui auréole l’oeuvre d’une dimension supplémentaire.

La caméra est fluide et précise. Pour filmer une lettre d’amour, Itami utilise la surimpression comme le fera François Truffaut trente-cinq ans plus tard dans Les deux Anglaises et le continent. Le lyrisme est presque aussi puissant (il manque quand même Delerue).

De plus, la seule séquence de combat du film est mise en scène avec un véritable génie. L’invention dans les cadres, les mouvements d’appareil et le montage confère une urgence, une gravité et un dynamisme épatants à la séquence. Le seul problème de l’oeuvre, par ailleurs parfaitement concise, est que cette séquence qui représente l’incident Date soit assez décorrélée du reste. Mais un cinéphile aurait tort de bouder son plaisir.

Le mont Fuji et la lance ensanglantée (Tomu Uchida, 1955)

Des samouraï accompagnent leur maître alcoolique à travers le Japon.

Cela aurait pu donner lieu à un aimable récit picaresque si les péripéties n’avaient été prétextes à discours humaniste gluant mollement mis en scène. Le mont Fuji et la lance ensanglantée vaut cependant d’être vu pour un excellent morceau de bravoure final où le film révèle à travers l’action, enfin, une profondeur dialectique insoupçonnée.

Les 47 ronins (Kenji Mizoguchi, 1941)

Leur maître condamné à se faire hara-kiri pour avoir levé le sabre sur un autre noble à la cour du shogun, ses vassaux s’interrogent sur la conduite à adopter. Négocier avec le pouvoir ou adopter une attitude jusqu’au-boutiste?

Les 47 ronins est un fait quasi-mythique de l’histoire japonaise qui fut porté une centaine de fois à l’écran. L’adaptation de Mizoguchi intervient dans un contexte très particulier: celui de l’attaque de Pearl Harbour. La première partie est sortie avant le 7 décembre 1941; la seconde après. A une époque où les films devaient obtenir l’aval du bureau de propagande pour être présentés, on aurait pu craindre une version ultra-fasciste exaltant les valeurs sacrificielles des samouraï. Kenji Mizoguchi n’étant pas le dernier des ânes, ce n’est pas tout à fait ça.
Certes, on nous présente des héros obsédés par l’honneur et la vengeance dont la pureté morale est infaillible. Mais le regard de Mizoguchi est suffisamment distant pour que le spectateur reste libre de juger ce qui lui est montré. A un spectateur normalement éveillé, l’odyssée de ces ronins paraîtra absurde mais le cinéaste ne souligne pas la bêtise de ses personnages. Il les montre dignes et valeureux. Parce qu’ils sont bel et bien dignes et valeureux (en plus d’être bêtes, c’est toute la complexité du film). C’est le système et l’éthique qu’il charrie qu’il faut remettre en question.

Ainsi, Les 47 ronins n’est pas un film épique. Un seul sabre est brandi: celui de la scène d’introduction. Le film est en fait très théâtral (c’est l’adaptation d’une pièce): le récit avance avec des commentaires de l’action plus qu’avec l’action elle-même. Délayé sur 3h40, c’est parfois ennuyeux. Il faut bien le dire. De toute évidence, le film aurait gagné à être élagué mais il recèle suffisamment de beauté dans la mise en scène pour ne pas être considéré comme un supplice cinéphilique réservé aux seuls exégètes de Mizoguchi. Toutes les séquences de rituels notamment sont magnifiques. L’évocation de la mort du seigneur à travers les cheveux coupés de son épouse, c’est sublime. De même que les rares plans d’extérieur. La beauté des 47 ronins n’a rien d’apprêté ou de décoratif car la caméra, très mobile et capable de changer d’objet au cours d’un même plan, suit les personnages et vivifie considérablement la narration.

Les trois samouraïs hors-la-loi (Hideo Gosha, 1964)

Des paysans affamés séquestrent la fille de leur seigneur pour faire entendre leurs revendications. Au cours de leur lutte, plusieurs samouraï errants vont prendre leur parti…

Le cadre du chambara (film de sabre japonais) sert ici à parler de la violence des rapports de classe. C’est cependant bien raconté, l’évolution des personnages -notamment la façon dont chaque samouraï est amené à prendre le parti des paysans renégats- est classique mais bien amenée. La vision est pessimiste car si les méchants à la solde du maître sont trucidés, il n’y aura pas de lendemain qui chante. Le film est sanglant sans être complaisant puisque, dans la grande tradition du chambara, les morts sont soudaines. La mise en scène est maîtrisée de bout en bout. Premier film d’Hideo Gosha, Les trois samouraïs hors-la-loi est une parfaite réussite.